Algérie-Turquie visent 10 milliards de dollars d’échanges

L’Algérie et la Turquie ont récemment franchi une étape dans leur partenariat économique en annonçant un objectif de 10 milliards de dollars d’échanges commerciaux. Selon Just-InfoDZ, cette ambition s’inscrit dans un contexte de refonte des relations bilatérales, marquée par des ajustements dans la structure des échanges et des investissements. Les deux pays, déjà liés par un accord d’association signé en 2006, cherchent à diversifier leurs flux commerciaux au-delà des secteurs traditionnels comme l’énergie et la construction.

Les chiffres actuels placent la Turquie parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Algérie. En 2023, les échanges entre les deux pays ont atteint 5,3 milliards de dollars, selon les données de la Douane algérienne. Les exportations algériennes vers la Turquie sont dominées par les hydrocarbures, qui représentent près de 90 % du total. À l’inverse, les importations algériennes en provenance de Turquie couvrent une gamme plus large : produits manufacturés, textiles, équipements industriels et matériaux de construction. Cette asymétrie explique en partie la volonté des deux gouvernements de rééquilibrer les échanges.

La refonte des relations économiques s’appuie sur plusieurs leviers. D’abord, une diversification des exportations algériennes. Le ministre du Commerce, Tayeb Zitouni, a évoqué en août 2026 la possibilité d’exporter davantage de produits agricoles, comme les dattes et les agrumes, ainsi que des produits transformés, notamment dans l’agroalimentaire. Ensuite, une augmentation des investissements turcs en Algérie. Les entreprises turques, déjà présentes dans des secteurs comme le BTP (avec des groupes comme Limak ou Rönesans), pourraient étendre leur activité à l’industrie légère, la logistique ou les énergies renouvelables.

Un autre volet concerne les facilités accordées aux entrepreneurs. Les deux pays ont récemment simplifié les procédures pour les visas d’affaires, réduisant les délais de traitement à moins de 48 heures. Par ailleurs, la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et des institutions financières turques étudient la création de lignes de crédit dédiées aux PME algériennes souhaitant importer des équipements turcs. Ces mesures visent à encourager les partenariats entre entreprises des deux pays, notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

Les opportunités pour les entrepreneurs algériens sont multiples. D’abord, l’accès à des technologies et des équipements turcs à des coûts compétitifs. La Turquie, avec son industrie manufacturière développée, peut fournir des machines-outils, des systèmes de production automatisés ou des solutions logistiques adaptées aux besoins des PME algériennes. Ensuite, la possibilité de s’associer à des entreprises turques pour exporter vers d’autres marchés, notamment en Afrique subsaharienne, où la Turquie a étendu son influence économique ces dernières années.

Pour la diaspora algérienne, ces développements ouvrent des perspectives intéressantes. Les entrepreneurs installés en Turquie, notamment dans les secteurs du textile, de la restauration ou des services, pourraient jouer un rôle de pont entre les deux économies. Certains membres de la diaspora ont déjà créé des entreprises de négoce ou de conseil pour faciliter les échanges entre les deux pays. Par ailleurs, les Algériens résidant en Turquie pourraient bénéficier de nouvelles opportunités d’investissement en Algérie, notamment dans les zones franches ou les parcs industriels en cours de développement.

Les défis restent cependant importants. Le déséquilibre commercial persistant entre les deux pays pourrait freiner les ambitions affichées. L’Algérie, qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, devra accélérer sa diversification économique pour exporter davantage de produits non pétroliers. Par ailleurs, la concurrence des produits turcs sur le marché algérien, notamment dans les secteurs du textile et de l’électroménager, pourrait susciter des tensions avec les industriels locaux. Enfin, la bureaucratie et les lenteurs administratives, souvent citées comme des obstacles par les entrepreneurs, devront être surmontées pour concrétiser les projets annoncés.

À l’échelle régionale, ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large. La Turquie, qui a multiplié les accords économiques avec des pays africains ces dernières années, voit en l’Algérie un partenaire clé pour renforcer sa présence en Afrique du Nord. Pour Alger, cette coopération s’aligne avec sa stratégie de diversification des partenariats économiques, après des années de dépendance aux relations avec l’Europe. Les deux pays partagent également une vision commune sur des enjeux géopolitiques, comme la crise en Libye ou la question du Sahara occidental, ce qui pourrait faciliter leur coopération économique.

À retenir pour les entrepreneurs
L’objectif de 10 milliards de dollars d’échanges offre des opportunités pour les PME algériennes, notamment dans l’agroalimentaire, les équipements industriels et les énergies renouvelables. Les facilités de visa et les lignes de crédit en discussion pourraient réduire les coûts d’accès aux technologies turques. La diaspora algérienne en Turquie peut jouer un rôle clé dans le développement de ces partenariats.

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