Tebboune rompt les relations avec Rabat en 2021

Le 24 août 2021, le président algérien Abdelmadjid Tebboune annonce la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc. Cette décision, officialisée par le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, marque un tournant dans les tensions entre Alger et Rabat. Selon l’Agence Presse Service (APS), la mesure intervient après une série d’accusations mutuelles, notamment sur le dossier du Sahara occidental et le soutien présumé du Maroc à des mouvements hostiles à l’Algérie.

Les raisons invoquées par Alger
Lamamra, lors d’une conférence de presse, énumère trois motifs principaux. D’abord, le Maroc aurait soutenu le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé comme organisation terroriste par l’Algérie. Ensuite, Rabat est accusé d’avoir utilisé le logiciel espion Pegasus contre des responsables algériens, une allégation reprise par le journal El Watan en septembre 2021. Enfin, la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en décembre 2020, est perçue comme une provocation par Alger, qui soutient le Front Polisario.

Le Sahara occidental, pomme de discorde
Le conflit au Sahara occidental reste le cœur des tensions. En septembre 2021, l’Algérie et le Maroc s’affrontent à l’ONU, où leurs représentants échangent des accusations. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dénonce l’ingérence algérienne dans ce qu’il qualifie de « question nationale ». De son côté, l’ambassadeur algérien à l’ONU, Nadir Larbaoui, réaffirme le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, citant les résolutions onusiennes.

Conséquences immédiates
La rupture des relations entraîne la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions marocains, une mesure annoncée par le ministre des Transports, Ammar Belhimer. Les liaisons ferroviaires entre les deux pays, déjà suspendues depuis 1994, ne sont pas rétablies. Les échanges commerciaux, estimés à 200 millions de dollars par an avant la crise, chutent drastiquement. Selon les douanes algériennes, les exportations vers le Maroc passent de 120 millions de dollars en 2020 à moins de 10 millions en 2022.

Réactions internationales
La France, via son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, appelle au dialogue, tandis que les États-Unis adoptent une position neutre. L’Union africaine (UA), dont le Maroc est membre, évite de prendre parti. En revanche, l’Afrique du Sud et le Nigeria, alliés traditionnels de l’Algérie, expriment leur soutien à Alger. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, se dit « préoccupé » par l’escalade et propose ses bons offices, une offre rejetée par Rabat.

Impact sur les populations
Les Algériens et les Marocains résidant dans les deux pays subissent les conséquences. Les familles séparées par la frontière, notamment dans la région de Tlemcen et Oujda, doivent emprunter des voies détournées via la Tunisie ou l’Espagne. Les étudiants marocains en Algérie, estimés à 5 000 avant 2021, voient leurs visas non renouvelés. À l’inverse, les Algériens au Maroc, principalement des commerçants, quittent le pays en masse.

Renforcement militaire à la frontière
En avril 2026, des images satellites publiées par Hespress Français révèlent un déploiement accru de troupes algériennes près de la frontière marocaine. Le ministère de la Défense algérien ne commente pas ces informations, mais des sources militaires citées par El Khabar confirment des exercices militaires réguliers dans la région de Béchar. Le Maroc, de son côté, renforce ses positions à Dakhla et Laâyoune, selon des rapports de l’ONG International Crisis Group.

Stratégies économiques divergentes
L’Algérie mise sur une autonomie accrue, notamment dans le secteur énergétique. La Sonatrach annonce en 2023 un partenariat avec l’Italie pour la construction d’un gazoduc sous-marin, contournant le Maroc. Rabat, quant à lui, développe des projets d’énergie renouvelable et signe des accords avec Israël pour l’exploitation des ressources du Sahara occidental. Ces choix économiques reflètent une volonté de réduire la dépendance mutuelle.

Aucun signe de détente
Malgré des appels au dialogue, comme celui du chercheur marocain Bilal Talidi dans Quid.ma en décembre 2025, les positions restent figées. Tebboune, lors d’un discours en juillet 2023, réaffirme que « l’Algérie ne négociera pas sous la pression ». Bourita, de son côté, déclare que le Maroc « ne fera pas le premier pas ». Les médiations proposées par la Tunisie ou l’Espagne n’aboutissent à aucune avancée concrète.

Un Maghreb divisé
La crise algéro-marocaine s’inscrit dans un contexte régional tendu. La Tunisie, sous la présidence de Kaïs Saïed, adopte une position neutre, tandis que la Libye reste divisée entre factions soutenues par Alger et Rabat. Selon l’Institut Montaigne, cette fragmentation affaiblit le projet d’intégration maghrébine, déjà moribond depuis la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA) en 1989.

Les Algériens face à la crise
Les citoyens algériens expriment des avis partagés. Certains, comme les habitants de Tindouf, où vivent des réfugiés sahraouis, soutiennent la fermeté d’Alger. D’autres, notamment les commerçants de l’Ouest, regrettent la fermeture des frontières. Une enquête menée par El Moudjahid en 2023 révèle que 62 % des Algériens estiment que la rupture était nécessaire, mais 55 % souhaitent un retour au dialogue.

L’avenir incertain
Aucun scénario ne se dégage clairement. Les analystes, comme ceux d’Orient XXI, soulignent que la crise pourrait durer des années, à l’image des tensions entre l’Algérie et le Maroc dans les années 1990. Les prochaines échéances, comme les élections présidentielles algériennes prévues en 2024, pourraient influencer la donne. Pour l’instant, les deux pays campent sur leurs positions, sans perspective de réconciliation.

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