Le gouvernement algérien a annoncé l’interdiction des transactions immobilières en espèces à partir de 2025, une mesure destinée à lutter contre l’économie informelle et le blanchiment d’argent. Selon un décret publié récemment par le ministère des Finances, cité par TSA, cette décision s’appliquera à l’achat, la vente et la location de biens immobiliers, qu’ils soient résidentiels, commerciaux ou fonciers.
Un tournant pour le marché immobilier
Jusqu’ici, une grande partie des transactions immobilières en Algérie se réglaient en liquide, échappant ainsi au contrôle des autorités fiscales. D’après les estimations de la Banque d’Algérie, près de 60 % des opérations dans ce secteur se faisaient sans trace bancaire, alimentant l’économie souterraine. Le nouveau texte impose désormais le recours exclusif aux moyens de paiement électroniques – virements bancaires, chèques certifiés ou cartes de crédit – pour toute transaction dépassant 500 000 dinars (environ 3 300 euros).
Les notaires et les agences immobilières, qui jouent un rôle central dans ces opérations, seront tenus de vérifier la conformité des paiements. Un système de traçabilité sera mis en place, avec des sanctions prévues pour les contrevenants, incluant des amendes et la nullité des contrats non conformes.
Réactions des professionnels et des citoyens
Les acteurs du secteur immobilier réagissent avec prudence. La Fédération nationale des agences immobilières (FNAIM) a salué la mesure, estimant qu’elle « professionnalisera le marché » et « réduira les risques de fraude ». Cependant, certains agents craignent une baisse temporaire des transactions, le temps que les clients s’adaptent aux nouvelles règles. « Beaucoup de gens, surtout les petits propriétaires, préfèrent le cash pour éviter les frais bancaires ou les contrôles fiscaux. Ils vont devoir changer leurs habitudes », explique un agent immobilier à Alger, sous couvert d’anonymat.
Du côté des citoyens, les avis sont partagés. Certains y voient une avancée vers plus de transparence, tandis que d’autres s’inquiètent des complications administratives. « Je comprends l’objectif, mais si les banques ne facilitent pas les virements, ça va devenir compliqué pour les gens qui n’ont pas l’habitude », confie un jeune couple cherchant à acheter un appartement à Oran.
Un outil contre l’évasion fiscale
Cette mesure s’inscrit dans une série de réformes visant à moderniser l’économie algérienne et à réduire l’économie informelle, qui représenterait près de 30 % du PIB selon la Banque mondiale. En 2023, le gouvernement avait déjà interdit les paiements en espèces pour les transactions commerciales dépassant 1 million de dinars. L’immobilier, secteur particulièrement opaque, était le prochain sur la liste.
Le ministère des Finances a précisé que cette interdiction s’accompagnera d’une campagne de sensibilisation pour informer les citoyens et les professionnels. Des guichets dédiés seront mis en place dans les banques pour faciliter les démarches, et un délai de grâce pourrait être accordé pour les transactions en cours.
Quels impacts sur les prix ?
Les experts s’interrogent sur les conséquences de cette mesure sur les prix de l’immobilier. Certains anticipent une baisse des prix, car les vendeurs ne pourront plus surévaluer leurs biens pour justifier des paiements en cash. D’autres, en revanche, craignent une hausse des coûts liés aux frais bancaires, qui pourraient être répercutés sur les acheteurs.
« Le marché va se réguler naturellement. Les prix pourraient baisser dans un premier temps, car les vendeurs ne pourront plus exiger des surprix en liquide. Mais à long terme, cela dépendra de la demande et de l’offre de logements », analyse un économiste spécialisé dans l’immobilier, contacté par El Watan.
Prochaines étapes
Le décret entrera en vigueur le 1er janvier 2025, mais les préparatifs sont déjà en cours. Les banques algériennes ont commencé à former leurs employés pour gérer l’afflux de demandes de virements liés aux transactions immobilières. Par ailleurs, le ministère des Finances travaille sur un système de déclaration en ligne pour simplifier les démarches.
Cette réforme s’ajoute à d’autres mesures récentes, comme la réglementation des chambres d’hôtes touristiques (annoncée en octobre 2024) et les projets de numérisation des titres fonciers. L’objectif est clair : assainir le secteur immobilier, l’un des piliers de l’économie algérienne, et le rendre plus attractif pour les investisseurs locaux et étrangers.
Pour les Algériens, cette transition représente un défi, mais aussi une opportunité de moderniser un marché longtemps marqué par l’opacité. Reste à voir comment les acteurs s’adapteront à ces nouvelles règles dans les mois à venir.