Cette semaine, les ministres algériens du Commerce, Tayeb Zitouni, et des Finances, Laaziz Faid, ont rencontré des représentants de la diaspora algérienne en Suisse pour promouvoir les opportunités d’investissement en Algérie. L’événement, organisé à Genève, visait à renforcer les liens économiques entre l’Algérie et sa communauté expatriée, estimée à plus de 50 000 personnes dans ce pays.
Selon AL24 News, la délégation algérienne a présenté un panel de projets dans des secteurs clés comme l’énergie, l’agroalimentaire et les technologies. Tayeb Zitouni a insisté sur les avantages fiscaux et les garanties offertes aux investisseurs étrangers, y compris ceux issus de la diaspora. « L’Algérie a simplifié les procédures pour les Algériens de l’étranger, avec des incitations spécifiques comme des exonérations douanières sur les équipements importés pour les projets industriels », a-t-il déclaré.
Laaziz Faid a quant à lui mis en avant les réformes récentes du secteur bancaire, facilitant les transferts de fonds et les investissements directs. « Les banques algériennes sont désormais autorisées à ouvrir des comptes en devises pour les membres de la diaspora, avec des taux préférentiels pour les projets productifs », a-t-il précisé. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à mobiliser les ressources financières de la diaspora, évaluées à plusieurs milliards de dollars annuels.
Parmi les projets présentés, la création d’une zone franche industrielle près d’Oran a retenu l’attention des participants. Ce parc, destiné aux entreprises exportatrices, bénéficiera d’une exonération totale d’impôts pendant cinq ans. Plusieurs entrepreneurs suisses-algériens ont exprimé leur intérêt pour ce projet, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables et de la logistique.
D’après les chiffres du ministère des Affaires étrangères, la diaspora algérienne en Suisse envoie chaque année environ 200 millions de dollars en Algérie, principalement sous forme de transferts familiaux. Cependant, ces flux restent majoritairement orientés vers la consommation plutôt que l’investissement. « Notre objectif est de canaliser une partie de ces fonds vers des projets structurants, capables de créer des emplois et de dynamiser l’économie locale », a expliqué un conseiller du ministre Zitouni.
Des obstacles persistants
Le gouvernement algérien a récemment lancé une agence dédiée à l’accompagnement des investisseurs, mais son efficacité reste à prouver. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2024, l’Algérie se classe 157e sur 190 pays en termes de facilité à faire des affaires, un classement qui freine l’attractivité du pays.
Un potentiel sous-exploité
Le ministère du Commerce a indiqué que des discussions étaient en cours avec des institutions financières suisses pour faciliter le cofinancement de projets. « Nous explorons des partenariats avec des banques comme UBS ou Credit Suisse pour offrir des prêts à taux préférentiels aux investisseurs de la diaspora », a révélé une source proche du dossier.
Vers une mobilisation accrue
Pour Tayeb Zitouni, la clé du succès réside dans la confiance. « Nous devons montrer que l’Algérie est un pays stable, avec un cadre juridique protecteur pour les investisseurs. La diaspora a un rôle crucial à jouer dans cette dynamique », a-t-il affirmé. Des rencontres similaires sont prévues en Allemagne et au Canada dans les prochains mois, avec un accent particulier sur les secteurs de l’innovation et des énergies vertes.
Un impact déjà visible
La rencontre de Genève a également permis de mettre en lumière des success stories. Plusieurs entrepreneurs algériens installés en Suisse ont partagé leurs expériences, comme celle d’un pharmacien qui a ouvert une usine de médicaments génériques à Sétif, ou d’un ingénieur qui a lancé une start-up spécialisée dans les énergies solaires à Ghardaïa.
Des attentes concrètes
Le gouvernement algérien a indiqué qu’une task force serait mise en place pour répondre à ces attentes. Composée de représentants des ministères concernés et d’experts de la diaspora, cette équipe aura pour mission de proposer des réformes concrètes d’ici la fin de l’année. « Nous voulons aller vite, car le potentiel est énorme », a déclaré Laaziz Faid.
Cette mobilisation de la diaspora intervient dans un contexte économique difficile pour l’Algérie, marquée par une baisse des revenus pétroliers et une dépendance accrue aux importations. Selon les prévisions du FMI, la croissance du pays devrait atteindre 2,5 % en 2025, un taux insuffisant pour absorber le chômage des jeunes, estimé à plus de 20 %. Dans ce contexte, les investissements de la diaspora pourraient jouer un rôle clé pour relancer l’économie.