L’Italie a confirmé son intention d’augmenter ses importations de gaz en provenance d’Algérie, un partenariat stratégique qui représente déjà près d’un tiers de sa consommation énergétique. Selon BFM, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé récemment un renforcement de la coopération bilatérale pour accroître les volumes livrés, sans préciser de chiffres ni de calendrier. Cette déclaration intervient dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment après les perturbations causées par la guerre en Ukraine.
L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, a consolidé sa position sur le marché italien ces dernières années. Les exportations vers l’Italie ont atteint environ 25 milliards de mètres cubes en 2025, selon les données du ministère algérien de l’Énergie. Le gazoduc Transmed, qui relie les deux pays via la Tunisie, reste la principale voie d’acheminement, avec une capacité maximale de 32 milliards de mètres cubes par an. Un deuxième gazoduc, Galsi, prévu pour relier directement l’Algérie à la Sardaigne, n’a toujours pas vu le jour malgré des années de négociations.
Un partenariat aux enjeux économiques et géopolitiques
Pour l’Algérie, cette coopération gazière représente une source de revenus cruciale. Les exportations d’hydrocarbures génèrent plus de 90 % des recettes en devises du pays, selon la Banque d’Algérie. Une augmentation des livraisons vers l’Italie pourrait donc avoir un impact significatif sur la balance commerciale, surtout dans un contexte de fluctuation des prix du gaz. Le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, a souligné à plusieurs reprises l’importance de ces partenariats pour financer les projets de diversification économique, notamment dans les énergies renouvelables.
Cependant, les défis ne manquent pas. L’Algérie doit faire face à une demande intérieure croissante, estimée à environ 50 milliards de mètres cubes par an, et à des contraintes techniques liées à l’exploitation de ses réserves. Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, a annoncé en 2024 un plan d’investissement de 40 milliards de dollars sur cinq ans pour moderniser ses infrastructures et explorer de nouveaux gisements. Parmi les projets phares figurent le développement du champ gazier de Hassi R’Mel, le plus grand du pays, et l’exploration offshore dans le bassin méditerranéen.
L'Italie en quête de sécurité énergétique
Pour l’Italie, le gaz algérien est un pilier de sa stratégie de transition énergétique. Le pays, qui dépendait historiquement de la Russie pour près de 40 % de ses importations avant 2022, a dû revoir sa politique énergétique après l’invasion de l’Ukraine. L’Algérie est devenue un partenaire clé, aux côtés de l’Azerbaïdjan et des États-Unis, pour réduire cette dépendance. En 2023, Rome a signé un accord avec Alger pour prolonger les contrats d’approvisionnement jusqu’en 2030, avec des clauses permettant d’ajuster les volumes en fonction des besoins.
La déclaration de Giorgia Meloni s’inscrit dans cette dynamique. Lors d’une visite officielle en Algérie en février 2026, elle avait déjà évoqué la possibilité d’augmenter les livraisons, tout en insistant sur la nécessité de renforcer les infrastructures. L’Italie envisage notamment de moderniser le gazoduc Transmed et d’accélérer les discussions autour du projet Galsi, qui pourrait offrir une alternative directe et éviter les frais de transit tunisiens.
Des défis techniques et diplomatiques
Le renforcement de la coopération gazière entre les deux pays se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est d’ordre technique : les capacités actuelles des gazoducs sont limitées, et leur extension nécessiterait des investissements lourds. Sonatrach et l’opérateur italien Snam ont déjà engagé des discussions pour évaluer la faisabilité d’une augmentation des flux, mais aucun calendrier précis n’a été annoncé.
Le deuxième défi est diplomatique. L’Algérie entretient des relations complexes avec ses voisins, notamment le Maroc et la Tunisie, qui pourraient influencer les projets d’infrastructures. Le gazoduc Transmed, par exemple, traverse la Tunisie, ce qui expose l’acheminement à des risques politiques. En 2023, des tensions entre Alger et Tunis avaient brièvement perturbé les livraisons, avant d’être résolues par une médiation européenne.
Enfin, la concurrence internationale pèse sur les négociations. L’Algérie exporte également du gaz vers l’Espagne et le Portugal, et doit arbitrer entre ses différents clients. Les prix du marché, volatils, jouent un rôle clé dans ces arbitrages. En 2025, les cours du gaz en Europe ont connu une baisse significative après une période de forte tension, ce qui pourrait inciter les pays acheteurs à renégocier leurs contrats.
Vers une diversification des énergies ?
Si le gaz reste au cœur de la coopération algéro-italienne, les deux pays ont également évoqué une collaboration dans les énergies renouvelables. L’Algérie dispose d’un potentiel solaire et éolien considérable, avec un objectif de produire 15 000 mégawatts d’électricité verte d’ici 2035. L’Italie, qui mise sur les énergies propres pour atteindre la neutralité carbone en 2050, pourrait investir dans ces projets, notamment via des partenariats public-privé.
Cependant, ces initiatives restent embryonnaires. Les discussions portent principalement sur des projets pilotes, comme la construction de centrales solaires dans le sud algérien. Les défis logistiques et financiers, ainsi que les lenteurs administratives, freinent pour l’instant leur développement à grande échelle.
L’annonce de Giorgia Meloni marque une étape supplémentaire dans le rapprochement énergétique entre l’Algérie et l’Italie. Si les détails concrets manquent encore, elle confirme l’importance stratégique de ce partenariat pour les deux pays. Pour l’Algérie, il s’agit de sécuriser des revenus à long terme tout en modernisant son secteur énergétique. Pour l’Italie, c’est une opportunité de consolider sa sécurité d’approvisionnement dans un contexte géopolitique incertain. Les mois à venir diront si ces intentions se traduiront par des accords fermes et des investissements tangibles.