Un projet d’accord énergétique entre les États-Unis et l’Union européenne, évalué à 750 milliards de dollars, suscite des interrogations quant à sa faisabilité. Selon 7sur7.be, ce partenariat, qui devait renforcer la sécurité énergétique des deux blocs, se heurte à des obstacles structurels et géopolitiques. Pour l’Algérie, ce dossier illustre les défis persistants des partenariats énergétiques internationaux, alors que le pays cherche à diversifier ses alliances dans un marché en mutation.
Des ambitions pharaoniques, des contraintes techniques
D’abord, les capacités portuaires européennes restent limitées pour absorber un afflux massif de GNL américain. Les terminaux de regazéification, concentrés en Espagne, en France et aux Pays-Bas, atteignent déjà des niveaux de saturation pendant les pics de demande hivernaux. Selon 7sur7.be, les investissements nécessaires pour doubler ces capacités dépasseraient les 100 milliards d’euros, un montant difficile à mobiliser dans un contexte de ralentissement économique.
Ensuite, les coûts logistiques du GNL américain, plus élevé que le gaz russe ou algérien en raison des frais de transport et de liquéfaction, posent un problème de compétitivité. L’Europe, qui a réduit sa dépendance au gaz russe de 40 % à 8 % entre 2021 et 2024, reste soumise aux fluctuations des prix sur le marché spot. Les industriels européens, déjà fragilisés par la hausse des coûts énergétiques, pourraient hésiter à s’engager sur des contrats longs avec les États-Unis.
L’Algérie, un partenaire énergétique incontournable mais sous tension
Cependant, les défis internes limitent sa capacité à répondre à une demande accrue. La production algérienne stagne depuis 2020 en raison d’un sous-investissement dans l’exploration et la maintenance des champs gaziers. Sonatrach, la compagnie nationale, a annoncé en 2023 un plan de relance de 40 milliards de dollars sur cinq ans, mais les retards dans les appels d’offres et les lenteurs administratives freinent les projets. Par ailleurs, la consommation domestique, en hausse de 5 % par an, réduit les volumes disponibles pour l’export.
Les partenariats avec des firmes étrangères, comme l’américaine ExxonMobil ou l’italienne Eni, pourraient accélérer la production, mais les négociations traînent en raison de désaccords sur les conditions fiscales et les parts de profit. L’Algérie, qui a nationalisé ses ressources en 2005, reste méfiante à l’égard des contrats de partage de production, préférant les accords de service moins avantageux pour les investisseurs.
Les États-Unis face à leurs propres limites
De plus, les régulations environnementales aux États-Unis compliquent les projets d’exportation. Plusieurs terminaux de liquéfaction, comme celui de Calcasieu Pass en Louisiane, ont été retardés par des recours juridiques de groupes écologistes, qui dénoncent les émissions de méthane liées à la fracturation hydraulique. L’administration Biden, sous pression des militants climatiques, a gelé en 2024 les autorisations pour de nouveaux terminaux GNL, limitant les capacités futures.
Un accord symbolique plus que concret
Pour l’Algérie, cette situation confirme la nécessité de renforcer ses propres infrastructures et d’attirer des investissements étrangers, sans dépendre exclusivement des marchés américain ou européen. Le pays mise sur le développement de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables, avec un objectif de 15 000 mégawatts d’électricité solaire d’ici 2030. Cependant, ces projets, encore embryonnaires, ne suffiront pas à compenser les lacunes du secteur gazier à court terme.
Les alternatives européennes et leurs limites
L’Algérie, malgré ses contraintes, reste un partenaire privilégié. En 2025, Sonatrach a signé un accord avec l’Italie pour augmenter les livraisons via le gazoduc Transmed, avec un objectif de 10 milliards de mètres cubes supplémentaires par an. Mais ces engagements dépendent de la capacité de l’Algérie à moderniser ses champs gaziers, comme celui de Hassi R’Mel, vieillissant et en déclin.
L’échec probable de l’accord UE-USA rappelle que la sécurité énergétique ne se décrète pas. Pour l’Algérie, c’est une opportunité de consolider sa position, mais aussi un rappel des réformes nécessaires pour attirer les investissements et moderniser son secteur. Dans un marché mondialisé et concurrentiel, les promesses ne suffisent plus : il faut des infrastructures, des contrats stables et une volonté politique sans faille.