La diplomatie algérienne a franchi cette semaine une étape symbolique et stratégique avec la confirmation de la visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en France. Après des mois de reports et de spéculations, l’Élysée a finalement annoncé la tenue de ce déplacement, initialement prévu en 2023, puis reporté à plusieurs reprises en raison de divergences politiques et de tensions bilatérales. Selon des sources proches du palais de la Présidence, citées par l’Agence Presse Service (APS), cette visite, qui devrait durer trois jours, marquera un tournant dans les relations entre Alger et Paris, notamment sur les dossiers économiques, migratoires et mémoriels.
Un agenda chargé entre symboles et contrats
La visite de Tebboune à Paris s’inscrit dans une dynamique de réchauffement des relations franco-algériennes, entamée depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 et renforcée par la signature, en août 2022, du traité d’amitié et de coopération entre les deux pays. D’après Le Monde, qui a eu accès à des éléments de l’agenda provisoire, le président algérien devrait rencontrer son homologue français à l’Élysée, avant de s’adresser à la communauté algérienne de France lors d’un discours au Palais des Congrès. Parmi les sujets prioritaires figurent la relance des investissements français en Algérie, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des technologies vertes.
Un point d’orgue de cette visite sera la signature de plusieurs accords économiques, dont un partenariat entre Sonatrach et TotalEnergies pour l’exploration de gisements gaziers offshore dans le bassin méditerranéen. Selon El Watan, qui cite des sources au ministère de l’Énergie, ce projet, évalué à plus de 2 milliards de dollars, vise à renforcer les capacités d’exportation de l’Algérie vers l’Europe, dans un contexte de diversification des approvisionnements énergétiques du Vieux Continent. Par ailleurs, la question des visas, source de tensions récurrentes, devrait être abordée, avec la possibilité d’un assouplissement des procédures pour les hommes d’affaires et les étudiants algériens.
La mémoire au cœur des discussions
Au-delà des enjeux économiques, le volet mémoriel occupera une place centrale dans les échanges. Depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron, en 2022, des « responsabilités accablantes » de la France dans la colonisation et la guerre d’Algérie, les deux pays tentent de tourner la page tout en apaisant les contentieux historiques. Selon Jeune Afrique, Tebboune pourrait exiger des avancées concrètes sur la question des archives coloniales, toujours partiellement inaccessibles aux chercheurs algériens, ainsi que sur la restitution des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans des musées français.
Un autre dossier sensible concerne les essais nucléaires français dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. D’après Liberté, qui cite des sources diplomatiques, Alger souhaite obtenir une indemnisation supplémentaire pour les victimes de ces essais, ainsi qu’un engagement de la France à participer à la dépollution des sites contaminés. Ces demandes s’appuient sur un rapport parlementaire français de 2021, qui avait reconnu les « conséquences sanitaires et environnementales » de ces tests, sans pour autant proposer de mesures concrètes.
Une visite sous haute surveillance politique
Si cette visite est présentée comme un succès diplomatique pour Tebboune, elle suscite aussi des critiques en Algérie. Des voix au sein de l’opposition, comme celle du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), dénoncent un « alignement » sur la France, estimant que les concessions mémorielles de Macron ne suffisent pas à effacer les séquelles de la colonisation. Selon El Khabar, qui a recueilli les déclarations du député RCD Mohcine Belabbas, « l’Algérie ne doit pas troquer sa souveraineté contre des contrats économiques ». Ces critiques reflètent une méfiance persistante d’une partie de la classe politique et de la société civile envers Paris, perçue comme un partenaire inconstant.
Du côté français, la visite de Tebboune intervient dans un contexte de repositionnement de la France en Afrique, où son influence est de plus en plus contestée par d’autres puissances, comme la Russie, la Chine ou la Turquie. Selon Les Échos, qui cite un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay, « l’Algérie est un partenaire clé pour la stabilité du Sahel et la sécurité énergétique de l’Europe ». Cette visite pourrait donc servir de levier pour renforcer la coopération sécuritaire, notamment dans la lutte contre le terrorisme et les trafics illicites en Libye et au Sahel.
Des retombées économiques attendues
Sur le plan économique, les attentes sont élevées. Selon la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), les entreprises françaises représentent près de 30 % des investissements étrangers en Algérie, avec des secteurs comme l’agroalimentaire, la pharmacie et les énergies renouvelables en première ligne. D’après La Tribune, qui cite des chiffres de la Banque d’Algérie, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 8,5 milliards d’euros en 2024, un record depuis l’indépendance. La visite de Tebboune pourrait accélérer la conclusion de nouveaux contrats, notamment dans le domaine des énergies propres, où l’Algérie ambitionne de devenir un acteur majeur en Méditerranée.
Un autre sujet brûlant est celui de la dette algérienne envers la France, estimée à environ 1,5 milliard d’euros. Selon Le Figaro, qui cite des sources au ministère français des Finances, Paris pourrait proposer un rééchelonnement de cette dette en échange d’engagements algériens sur des réformes structurelles, comme la libéralisation du secteur bancaire ou la lutte contre la corruption. Cette question divise cependant au sein du gouvernement algérien, où certains ministres, comme celui des Finances, Laaziz Faid, y voient une opportunité, tandis que d’autres, comme le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, craignent une ingérence dans les affaires intérieures.
Une visite aux enjeux régionaux
Enfin, cette visite intervient dans un contexte régional marqué par des tensions croissantes, notamment en Libye et au Sahel. Selon Middle East Eye, qui cite des analystes géopolitiques, l’Algérie et la France pourraient coordonner leurs positions sur la crise libyenne, où Alger joue un rôle de médiateur entre les différentes factions. Par ailleurs, la question du Mali et du Niger, où la junte militaire au pouvoir a rompu ses accords avec la France, sera probablement abordée. D’après Algerie360, qui cite des sources diplomatiques, Tebboune pourrait proposer à Macron une médiation algérienne pour rétablir le dialogue entre Paris et les régimes militaires de la région.
En définitive, cette visite officielle à Paris s’annonce comme un test pour la diplomatie algérienne, qui doit concilier des intérêts économiques pressants avec des exigences mémorielles et politiques non négociables. Si les résultats concrets tardent à se matérialiser, le simple fait que ce déplacement ait lieu après des années de tensions est déjà perçu comme une victoire pour Tebboune. Reste à savoir si les promesses se traduiront en actes, ou si cette visite ne sera qu’un nouvel épisode dans une relation aussi complexe que nécessaire.