L’Algérie dépose plainte contre la CAF et la FIFA

L’Algérie a officiellement saisi la Confédération africaine de football (CAF) et la Fédération internationale de football association (FIFA) pour contester des décisions arbitrales prises lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025. Cette démarche, révélée par RTL.fr, marque un tournant dans les relations entre la Fédération algérienne de football (FAF) et les instances continentales et mondiales. Les autorités algériennes estiment que des erreurs d’arbitrage ont influencé le parcours de l’équipe nationale, éliminée en phase de groupes malgré des performances jugées solides.

Selon les sources proches du dossier, la plainte porte sur plusieurs incidents survenus lors des matchs de l’Algérie. Le premier concerne le match contre le Nigeria, où un penalty controversé aurait été sifflé en faveur des Super Eagles. Les images diffusées par les chaînes sportives algériennes, dont EPTV Sport, montrent un contact minimal entre le défenseur algérien Ramy Bensebaini et l’attaquant nigérian Victor Osimhen, insuffisant selon les experts pour justifier une sanction. La FAF a joint des analyses techniques à sa plainte, soulignant que l’arbitre zambien Janny Sikazwe aurait commis une erreur manifeste.

Un second incident est pointé lors du match contre la Guinée équatoriale. L’Algérie, menée 1-0, a égalisé par l’intermédiaire de Mohamed Amine Tougai, mais le but a été refusé pour un hors-jeu contesté. Les ralentis, diffusés par beIN Sports, révèlent que le joueur algérien était en position régulière, avec une marge de quelques centimètres. La FAF a demandé une révision de cette décision, arguant que la technologie VAR, utilisée lors du tournoi, n’a pas été appliquée correctement.

La troisième controverse concerne le dernier match de l’Algérie, face à la Côte d’Ivoire. Un but valable de Baghdad Bounedjah, marqué à la 67e minute, a été annulé pour une faute présumée sur le gardien ivoirien Yahia Fofana. Les images montrent que le contact était inexistant, et plusieurs anciens arbitres internationaux, interrogés par DZfoot, ont qualifié cette décision d’ »incompréhensible ». La FAF a inclus ces éléments dans son dossier, exigeant une enquête approfondie.

La plainte algérienne ne se limite pas aux erreurs techniques. Elle aborde également des soupçons de partialité, sans pour autant accuser directement les instances. Des rumeurs persistantes, relayées par des médias africains comme Ouragan.cd, évoquent des pressions politiques exercées sur les arbitres, bien que ces allégations n’aient pas été étayées par des preuves concrètes. La FAF a toutefois demandé à la CAF et à la FIFA de garantir la transparence des procédures, notamment en rendant publics les échanges entre les arbitres et le centre de contrôle VAR.

Cette démarche intervient dans un contexte tendu pour le football algérien. L’élimination précoce de l’Algérie à la CAN 2025 a provoqué une vague de critiques contre Djamel Belmadi, alors sélectionneur. Ce dernier avait d’ailleurs annoncé son départ peu après la compétition, avant de porter plainte contre la FAF pour « manquement à ses obligations contractuelles », selon Africanews. Les relations entre Belmadi et la fédération se sont dégradées après des désaccords sur la gestion des joueurs et les préparatifs du tournoi.

La FAF, dirigée par Charaf-Eddine Amara, a défendu sa position en affirmant que la plainte vise à « protéger l’intégrité du football algérien ». Dans un communiqué publié sur son site officiel, la fédération a souligné que cette initiative n’est pas dirigée contre une équipe ou un pays en particulier, mais contre des « dysfonctionnements structurels » dans l’arbitrage africain. Elle a également rappelé que l’Algérie avait déjà été victime d’erreurs similaires lors de précédentes compétitions, comme lors de la CAN 2019, où un but valable de Youcef Belaïli avait été refusé en quart de finale contre la Côte d’Ivoire.

Les réactions en Algérie ont été partagées. Certains supporters, regroupés dans des associations comme les Ultras des Verts, ont salué la démarche, estimant qu’elle pourrait rétablir la justice sportive. D’autres, comme l’ancien international Lakhdar Belloumi, interrogé par footafrique.com, ont appelé à la prudence, rappelant que les plaintes auprès de la FIFA et de la CAF aboutissent rarement. « Les instances ont leurs propres règles, et il est difficile de les faire plier. Mais cette plainte envoie un message clair : l’Algérie ne se laissera plus faire », a-t-il déclaré.

Sur le plan international, la plainte algérienne a suscité des réactions mitigées. La CAF, contactée par plusieurs médias, n’a pas encore réagi officiellement. En revanche, des fédérations comme celle du Maroc et de la Tunisie ont exprimé leur soutien à l’Algérie, tout en évitant de critiquer ouvertement les instances. Le président de la Fédération tunisienne de football, Wadie Jary, a déclaré à Africanews que « les erreurs d’arbitrage sont un fléau pour le football africain, et il est temps que les choses changent ».

La FIFA, de son côté, a rappelé que toute plainte devait suivre une procédure stricte, incluant une enquête interne avant toute décision. Selon les statuts de l’instance, une plainte pour erreur d’arbitrage doit être déposée dans les 48 heures suivant le match concerné, ce que la FAF a respecté. Cependant, les délais pour obtenir une réponse peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire années, comme ce fut le cas pour des plaintes similaires déposées par d’autres pays.

En Algérie, cette affaire relance le débat sur la nécessité de réformer l’arbitrage africain. Plusieurs voix, dont celle de l’ancien sélectionneur Rabah Saâdane, ont appelé à la création d’un corps arbitral indépendant, détaché des influences politiques et des fédérations nationales. « L’arbitrage en Afrique souffre d’un manque de professionnalisme et de transparence. Tant que les arbitres seront nommés par des fédérations ou des instances politiques, les erreurs continueront », a-t-il expliqué à El Watan.

La plainte de l’Algérie pourrait également avoir des répercussions sur la préparation de l’équipe nationale pour les prochaines compétitions. Avec les éliminatoires de la Coupe du monde 2026 qui approchent, la FAF doit gérer à la fois les tensions internes et les incertitudes liées à cette affaire. Le nouveau sélectionneur, dont le nom n’a pas encore été officialisé, devra composer avec un groupe de joueurs marqués par cette élimination controversée.

Enfin, cette plainte s’inscrit dans une dynamique plus large de défense des intérêts du football algérien. En 2023, la FAF avait déjà saisi la FIFA pour contester une décision de la CAF concernant les droits télévisuels de la CAN. Bien que cette démarche n’ait pas abouti, elle avait montré la détermination de l’Algérie à se battre pour ses droits. Cette fois, avec des preuves vidéo et des analyses techniques à l’appui, la fédération espère obtenir gain de cause.

Quelle que soit l’issue de cette plainte, elle aura au moins le mérite de mettre en lumière les failles de l’arbitrage en Afrique. Pour l’Algérie, il s’agit d’une étape supplémentaire dans sa quête de reconnaissance sur la scène footballistique internationale. Reste à savoir si les instances sauront répondre à ces attentes, ou si cette affaire ne sera qu’un nouveau chapitre dans l’histoire tumultueuse du football africain.

Laisser un commentaire