Cette semaine, l’opérateur télécoms Djezzy a marqué un tournant dans l’écosystème des startups algériennes en organisant l’hackathon national d’innovation « TECH INNOV ». L’événement, annoncé par Algerie Eco, s’est déroulé sur trois jours et a réuni plus de 300 participants, dont des développeurs, des designers et des entrepreneurs venus de 12 wilayas du pays. Objectif : stimuler l’innovation technologique et identifier des solutions locales pour répondre aux défis économiques et sociaux de l’Algérie.
Selon Algerie Eco, TECH INNOV a mis l’accent sur quatre axes principaux : la fintech, l’e-commerce, l’intelligence artificielle et les smart cities. Les équipes participantes ont travaillé sur des prototypes concrets, encadrés par des experts locaux et internationaux. Parmi les projets retenus, une application de paiement mobile destinée aux petits commerçants, un système de gestion intelligente des déchets pour les municipalités et une plateforme de mise en relation entre agriculteurs et distributeurs.
Djezzy n’a pas agi seul. L’opérateur a collaboré avec plusieurs acteurs clés de l’écosystème numérique algérien, dont l’Agence nationale de promotion et de développement des parcs technologiques (ANPT), le Centre de développement des technologies avancées (CDTA) et des incubateurs privés comme IncubMe et Startup Algeria. Cette synergie entre le secteur public et privé illustre une volonté croissante de structurer un environnement favorable aux startups, comme l’a souligné un responsable de Djezzy lors de la cérémonie de clôture.
Les lauréats de TECH INNOV ont reçu des dotations financières et un accompagnement pour développer leurs projets. Le premier prix, attribué à une équipe d’Oran, a consisté en un chèque de 2 millions de dinars et un accès à l’incubateur de Djezzy pour une durée de six mois. Les deuxième et troisième places ont respectivement obtenu 1,5 million et 1 million de dinars, ainsi qu’un mentorat personnalisé. Ces récompenses s’inscrivent dans une logique de soutien concret, au-delà des simples discours incitatifs.
L’événement a également mis en lumière les défis persistants auxquels font face les startups algériennes. Plusieurs participants ont pointé du doigt les difficultés d’accès au financement, la lenteur des procédures administratives et le manque de visibilité sur le marché local. Un entrepreneur basé à Alger a déclaré à Algerie Eco : « Nous avons des idées, mais sans fonds et sans réseau, c’est difficile de passer à l’échelle. Les hackathons comme TECH INNOV sont utiles, mais il faut un écosystème plus solide pour que ces projets survivent. »
Du côté des institutions, des signaux encourageants se multiplient. En juin 2025, le ministre des Startups et de l’Économie numérique, Yacine Oualid, avait annoncé la création d’un fonds public de capital-risque doté de 10 milliards de dinars pour soutenir les jeunes pousses. Ce fonds, géré par la Banque extérieure d’Algérie (BEA), vise à financer des projets innovants dans les secteurs de la tech, de l’agritech et des énergies renouvelables. TECH INNOV s’inscrit donc dans cette dynamique, en offrant une vitrine aux porteurs de projets et en facilitant leur accès aux financements.
L’impact de tels événements dépasse le cadre purement économique. En réunissant des talents de différentes régions, Djezzy a contribué à briser les barrières géographiques qui freinent souvent l’innovation en Algérie. Un participant de Tamanrasset a ainsi expliqué : « Avant, je pensais que les opportunités étaient réservées à Alger ou Oran. Ici, j’ai pu présenter mon projet à des investisseurs et nouer des partenariats avec des développeurs d’autres wilayas. » Cette dimension fédératrice est essentielle pour un pays où les disparités régionales restent marquées.
Les retombées de TECH INNOV ne se limitent pas aux lauréats. Plusieurs projets non primés ont suscité l’intérêt d’investisseurs présents lors de l’événement. Une startup spécialisée dans les solutions logistiques pour les e-commerçants a ainsi signé un accord de partenariat avec une entreprise de transport basée à Blida. Ces collaborations spontanées démontrent que l’écosystème algérien commence à gagner en maturité, même si des efforts restent à faire pour attirer davantage de capitaux privés.
L’Algérie n’est pas la seule à miser sur les hackathons pour dynamiser son secteur technologique. Au Maroc, l’opérateur Inwi organise chaque année le « Inwi Challenge », tandis qu’en Tunisie, l’événement « Startup Weekend » attire des centaines de participants. Ces initiatives régionales montrent que la compétition pour attirer les talents et les investissements s’intensifie. Pour l’Algérie, TECH INNOV représente une étape importante, mais il faudra multiplier les actions concrètes pour rattraper son retard face à des pays comme le Kenya ou le Nigeria, où l’écosystème startup est déjà bien structuré.
Djezzy a annoncé que TECH INNOV deviendrait un rendez-vous annuel. Une décision saluée par les acteurs du secteur, qui y voient une opportunité de pérenniser les efforts engagés. Pour que cet événement ne reste pas un simple coup d’éclat, il faudra cependant que les engagements pris lors des éditions futures se traduisent par des résultats tangibles : des startups financées, des emplois créés et des solutions locales déployées à grande échelle.
En parallèle, les autorités algériennes doivent accélérer les réformes pour simplifier la création d’entreprises et faciliter l’accès au marché. La loi sur les startups, adoptée en 2023, prévoit des mesures incitatives comme des exonérations fiscales et des visas pour les investisseurs étrangers, mais son application reste inégale. Comme l’a rappelé un expert du secteur lors d’une table ronde organisée dans le cadre de TECH INNOV : « Les textes existent, mais il faut maintenant les faire vivre sur le terrain. »
L’Algérie dispose d’atouts indéniables pour devenir un hub technologique en Afrique : une jeunesse diplômée, une diaspora dynamique et des infrastructures télécoms en constante amélioration. Des événements comme TECH INNOV montrent que le potentiel est là. Reste à transformer ces initiatives ponctuelles en un écosystème durable, capable de rivaliser avec les géants du continent.