Le gazoduc transsaharien relance l’ambition énergétique de l’Algérie

Le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), qui doit relier le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, a franchi une étape décisive récemment. Une réunion tenue à Alger en février 2025 a permis de lever plusieurs obstacles techniques et financiers, selon des sources officielles citées par RFI. Ce chantier, en discussion depuis plus de deux décennies, pourrait transformer le rôle de l’Algérie dans le marché énergétique mondial.

Le TSGP, long de 4 128 kilomètres, transporterait jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an depuis les réserves nigérianes vers l’Europe, en passant par le Niger et l’Algérie. Son coût est estimé à 13 milliards de dollars, un investissement colossal qui implique plusieurs acteurs, dont la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), la Sonatrach algérienne et des partenaires internationaux. D’après les déclarations rapportées par RFI, les trois pays concernés ont validé un calendrier prévisionnel, avec un début des travaux envisagé d’ici 2026.

Pour l’Algérie, ce projet représente une opportunité stratégique. Le pays, déjà premier fournisseur de gaz de l’Europe en 2023, cherche à diversifier ses débouchés et à sécuriser ses revenus énergétiques. La Sonatrach, qui gère les infrastructures gazières algériennes, a confirmé son engagement dans le projet, tout en soulignant les défis logistiques. « Le tracé traverse des zones désertiques et instables, ce qui nécessite des garanties de sécurité et des accords transfrontaliers solides », a expliqué un responsable de l’entreprise à l’APS.

Le contexte géopolitique joue en faveur de l’Algérie. La guerre en Ukraine a accéléré la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement pour l’Europe, qui cherche à réduire sa dépendance au gaz russe. Le TSGP pourrait ainsi devenir un complément aux gazoducs Medgaz et Galsi, déjà opérationnels ou en projet. « Ce gazoduc offrirait une alternative crédible pour l’Europe, tout en renforçant la position de l’Algérie comme hub énergétique régional », analyse Mourad Preure, expert en énergie, dans une interview accordée à L’Algérie Aujourd’hui.

Cependant, le projet n’est pas sans risques. Les tensions sécuritaires au Sahel, notamment au Niger, pourraient retarder les travaux. De plus, la concurrence des autres projets énergétiques, comme le gazoduc EastMed ou les terminaux GNL, pourrait limiter l’attractivité du TSGP. « L’Algérie doit convaincre ses partenaires européens de la viabilité économique du projet, malgré les coûts élevés et les délais », souligne un rapport de la Banque mondiale publié en 2024.

Sur le plan technique, les avancées sont notables. Les études de faisabilité, menées par des cabinets internationaux, ont confirmé la rentabilité du projet à moyen terme. La Sonatrach a également annoncé la modernisation de ses infrastructures pour accueillir le gaz nigérian, notamment la construction de nouvelles stations de compression et la rénovation du gazoduc Hassi R’Mel-Arzew.

Le volet financier reste un point sensible. Les trois pays impliqués (Nigeria, Niger, Algérie) ont convenu de partager les coûts, mais le financement international reste à finaliser. Des discussions sont en cours avec la Banque africaine de développement (BAD) et des investisseurs privés pour boucler le budget. « Le retour de BP en Algérie, évoqué par Mourad Preure, pourrait faciliter l’accès à des capitaux étrangers », estime un analyste économique cité par El Watan.

Le projet suscite aussi des espoirs en Afrique. Le Nigeria, premier producteur de gaz du continent, voit dans le TSGP une opportunité de valoriser ses réserves, actuellement sous-exploitées en raison du manque d’infrastructures. Pour le Niger, ce gazoduc pourrait générer des revenus significatifs via les droits de transit. « C’est un projet intégrateur pour l’Afrique, qui pourrait réduire la dépendance aux exportations vers l’Asie », explique un expert de l’Union africaine.

En Algérie, le TSGP s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique. Le gouvernement de Tebboune mise sur les énergies renouvelables et les infrastructures gazières pour préparer l’après-pétrole. La construction du gazoduc créerait des milliers d’emplois locaux, notamment dans les wilayas du Sud, où le chômage reste élevé. « Ce projet pourrait dynamiser les régions sahariennes, à condition que les retombées économiques soient équitablement réparties », souligne un syndicaliste interrogé par Liberté.

Les prochains mois seront cruciaux. Une réunion tripartite est prévue avant la fin de l’année pour finaliser les accords juridiques et financiers. Si les engagements sont tenus, le TSGP pourrait entrer en service d’ici 2030, marquant une nouvelle ère pour l’industrie énergétique algérienne. « L’Algérie a les moyens de devenir un acteur incontournable du marché gazier mondial, mais cela dépendra de sa capacité à mener ce projet à terme », conclut un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Pour l’instant, les signaux sont encourageants. Les partenaires européens, notamment l’Italie et l’Espagne, ont exprimé leur intérêt pour le gaz nigérian via le TSGP. La Commission européenne a même évoqué un possible soutien financier, dans le cadre de sa stratégie de diversification énergétique. « Ce projet pourrait redessiner la carte énergétique de la Méditerranée », résume un diplomate européen en poste à Alger.

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