Revue de presse : Football algérien, Énergie renouvelable Algérie, Algérie Afrique subsaharienne…

**L’Algérie à l’épreuve de ses doubles visages**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les ambitions géostratégiques, les fractures sociales et les résurgences autoritaires. Les dix fils d’actualité qui traversent ce pays en cette année 2025 dessinent une cartographie contradictoire : d’un côté, une nation qui se rêve en puissance énergétique et militaire incontournable en Afrique ; de l’autre, un État en proie à des crises de légitimité, où la jeunesse, la culture et les libertés individuelles deviennent les variables d’ajustement d’un système en quête de survie. Ces tensions ne sont pas nouvelles, mais elles s’exacerbent dans un contexte régional instable, où l’Algérie joue une partition à la fois offensive et défensive – entre soft power africain et répression intérieure.

La cohérence de ces actualités ne réside pas dans leur apparente dispersion, mais dans leur capacité à révéler les lignes de faille d’un modèle algérien en mutation. Un modèle où l’investissement dans les infrastructures (eau, énergie, armée) coexiste avec l’étouffement des contre-pouvoirs (médias, musique, ONG), où la diplomatie économique (PME, partenariats africains) se heurte à l’archaïsme judiciaire (affaires de corruption, arrestations arbitraires), et où la modernisation technocratique (désalinisation, formation professionnelle) bute sur l’immobilisme politique. L’Algérie est un pays en tension permanente entre le rêve d’une renaissance continentale et la réalité d’un autoritarisme qui se durcit.

**L’État hydraulique : quand la survie écologique sert de légitimité politique**

L’Algérie a fait de la sécurité hydrique un pilier de sa communication d’État. Les annonces du ministre Lounès Bouzegza – 43 nouveaux projets de dessalement couvrant 40 % des besoins, approvisionnement « sécurisé pour l’été » – s’inscrivent dans une stratégie plus large : transformer la crise écologique en opportunité de contrôle social. Le dessalement, présenté comme une prouesse technologique, est aussi un outil de gouvernance. En maîtrisant l’eau, l’État maîtrise les corps – une logique qui rappelle les grands travaux coloniaux, où l’infrastructure servait à domestiquer les populations.

Pourtant, cette politique cache une autre réalité : celle d’une dépendance accrue aux technologies étrangères (les usines de dessalement sont souvent construites par des entreprises espagnoles ou chinoises) et d’un modèle économique qui reste extractiviste. L’Algérie mise sur les énergies renouvelables, mais son budget dépend encore à 90 % des hydrocarbures. Le paradoxe est saisissant : le pays qui se présente comme un leader africain des énergies vertes est aussi celui qui, en 2025, continue de subventionner massivement les carburants fossiles, creusant un déficit écologique et financier.

La formation des journalistes sur ces enjeux, annoncée par le secteur de l’hydraulique, relève moins de la transparence que de la pédagogie autoritaire. Il s’agit d’encadrer le récit médiatique pour éviter que la crise de l’eau ne devienne un catalyseur de contestation, comme ce fut le cas en 2021 avec les manifestations contre les coupures d’eau dans le Sud. L’État algérien a compris que la pénurie était un risque politique majeur – mais sa réponse reste technocratique, voire technicienne, évitant soigneusement la question démocratique : qui décide de la répartition de l’eau ? Qui en est exclu ?

**L’armée et l’Afrique : le hard power comme exutoire diplomatique**

L’incursion de l’armée algérienne en Mauritanie – confirmée par plusieurs sources, bien que minimisée par Alger – révèle une nouvelle phase dans la stratégie régionale du pays. Après des années de prudence, l’Algérie assume désormais une posture interventionniste, justifiée par la lutte contre le terrorisme et la sécurisation de ses frontières. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de rivalité croissante avec le Maroc, dont les F-16 sont perçus comme une menace directe, malgré les dénégations officielles.

Pourtant, cette militarisation du discours cache mal une faiblesse structurelle : l’Algérie dépense des milliards dans son armée (les Su-57, les drones turcs, les blindés russes), mais peine à projeter une influence politique durable en Afrique subsaharienne. Son soft power reste limité – contrairement au Maroc, qui mise sur les investissements religieux et éducatifs. Les affaires de corruption qui secouent les élites algériennes (comme celle de Mahieddine Tahkout, condamné à 16 ans de prison) sapent par ailleurs la crédibilité du pays sur le continent. Comment convaincre les partenaires africains de la rigueur algérienne quand les propres oligarques du régime sont traînés devant les tribunaux ?

L’industrie militaire algérienne, présentée comme un fleuron de l’innovation nationale, est en réalité un secteur largement dépendant des transferts de technologie étrangers (Russie, Chine, Turquie). Le discours sur l’ »intégration nationale » masque mal le fait que l’Algérie reste un client, pas un producteur autonome. Cette dépendance stratégique est d’autant plus problématique que le pays cherche à se positionner comme un acteur indépendant dans les crises sahéliennes – alors même que sa marge de manœuvre est limitée par ses alliances avec Moscou et Pékin.

**La jeunesse algérienne : entre colère et résignation**

Les « journées de colère » des chômeurs, les dénonciations des jeunes des cités populaires contre « l’injustice » du système, ou encore l’arrestation de Cheb Fayçal pour une chanson critiquant la police, dessinent le portrait d’une génération en rupture. Le chômage des jeunes (officiellement à 30 %, probablement bien plus) n’est pas seulement un problème économique : c’est une bombe sociale. L’Algérie a l’une des populations les plus jeunes du monde, mais son modèle de développement reste verrouillé par une élite vieillissante.

La formation professionnelle, présentée comme une solution, est en réalité un leurro. Les partenariats « intelligents » vantés par les officiels (comme ceux évoqués dans la révolution industrielle africaine) se heurtent à la réalité d’un système éducatif sclérosé et d’un marché du travail dominé par l’informel. Les PME algériennes, malgré les discours sur la compétitivité, sont étouffées par la bureaucratie et la corruption. Le cas d’Amine Boutalbi, président du CAAID et ambassadeur de l’IATF, illustre cette schizophrénie : un entrepreneur qui promeut les PME algériennes à l’international, mais dont les pairs, sur le terrain, se plaignent des tracasseries administratives et des passe-droits.

La musique, enfin, devient un exutoire – et une cible. L’arrestation de Cheb Fayçal pour une chanson contre la police rappelle les pires heures de la répression culturelle sous Bouteflika. Le raï, autrefois symbole de résistance, est désormais instrumentalisé par le pouvoir (comme en témoigne le tube de Cheb Bilal, produit et diffusé sous contrôle étatique) ou réprimé quand il dérange. La nostalgie de « l’âge d’or » du raï, évoquée dans les compilations, est aussi une manière de regretter une époque où la contestation pouvait encore s’exprimer – fût-ce dans les marges.

**Droits humains et diplomatie : le grand écart algérien**

L’Algérie se présente comme un acteur clé dans les relations Afrique-Europe, courtisant les États-Unis tout en maintenant des liens étroits avec la Russie et la Chine. Pourtant, cette diplomatie ambitieuse se heurte à la réalité de sa gouvernance intérieure. Les rapports des ONG sur les droits humains, présentés en 2025, sont accablants : restrictions des libertés religieuses (comme le souligne l’appel au pape Léon XIV), répression des opposants, et un système judiciaire aux ordres du pouvoir.

L’affaire Boualem Sansal, écrivain algérien harcelé par les autorités et instrumentalisé dans les tensions Alger-Rabat-Paris, est symptomatique de cette hypocrisie. L’Algérie dénonce l’ingérence étrangère quand il s’agit de sa souveraineté, mais n’hésite pas à interférer dans les affaires de ses voisins (comme en témoigne l’incursion en Mauritanie). Elle exige le respect du droit international pour la question du Sahara occidental, mais bafoue allègrement les droits fondamentaux sur son propre territoire.

Cette contradiction est d’autant plus frappante que l’Algérie cherche à se positionner comme un médiateur dans les crises africaines (Libye, Sahel). Comment convaincre les partenaires internationaux de sa neutralité quand son propre système judiciaire est utilisé pour éliminer les adversaires politiques ? La suspension du maire d’El Biar dans l’affaire du neveu de Bouteflika montre que la lutte contre la corruption, quand elle a lieu, est sélective – réservée aux rivaux du régime, jamais à ses piliers.

**Football : le miroir grossissant des dysfonctionnements algériens**

Le scandale du match arrangé à la Coupe du monde 2026, les violences lors du match Safi-USM Alger, ou encore l’absence de carton rouge pour Lionel Messi (symptomatique d’une FIFA de plus en plus soumise aux pressions politiques) révèlent une vérité crue : le football algérien est le reflet déformé de la société. Corruption, clientélisme, violence institutionnalisée – tout y est.

L’ex-patron du football algérien traîné dans une affaire de corruption n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le football, en Algérie, est un secteur où se concentrent les pires travers du système : détournements de fonds, matches truqués, clubs contrôlés par des oligarques proches du pouvoir. Pourtant, il reste un exutoire pour une jeunesse en mal de rêves. Les polémiques autour de l’USM Alger ou de la sélection nationale sont autant de métaphores des frustrations sociales : un pays qui ne parvient pas à offrir à ses jeunes autre chose que la colère ou l’exil.

Le football algérien est aussi un enjeu géopolitique. Les tensions avec le Maroc se jouent sur les terrains autant que dans les arènes diplomatiques. La rivalité entre les deux pays est une guerre par procuration, où chaque victoire sportive est interprétée comme une victoire politique. Dans ce contexte, le scandale du match arrangé prend une dimension symbolique : il révèle que même le sport, censé être un espace de pureté, est gangrené par les calculs du pouvoir.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2025 est un pays en équilibre précaire. D’un côté, elle dispose d’atouts majeurs : des ressources naturelles abondantes, une position géostratégique clé, une armée puissante, et une jeunesse nombreuse et créative. De l’autre, elle est minée par des contradictions structurelles : un modèle économique dépendant des hydrocarbures, un système politique verrouillé

Laisser un commentaire