Le journaliste algérien Abdewakil Blamm a été placé sous mandat de dépôt en janvier 2025, selon un article publié par Jeune Afrique. Son arrestation intervient après plusieurs mois d’enquêtes sur des affaires de corruption impliquant des responsables locaux dans la wilaya de Tlemcen. Blamm, connu pour ses investigations sur les détournements de fonds publics, travaillait pour le média en ligne El Khabar El Youmi avant son interpellation.
Les autorités judiciaires n’ont pas encore communiqué officiellement sur les motifs exacts de cette incarcération. Cependant, des sources proches du dossier évoquent des accusations de « diffusion de fausses informations » et « atteinte à l’unité nationale », des charges souvent utilisées contre les journalistes critiques en Algérie. Le Syndicat national des journalistes algériens (SNJ) a dénoncé une « atteinte à la liberté de la presse » et appelé à sa libération immédiate.
Blamm avait déjà été convoqué à plusieurs reprises par les services de sécurité pour ses reportages sur les marchés publics truqués dans l’Ouest du pays. Ses travaux avaient révélé des irrégularités dans l’attribution de contrats de construction, notamment pour des projets liés aux infrastructures touristiques à Ghazaouet. Ces révélations avaient provoqué des remous au sein de l’administration locale, conduisant à la suspension de plusieurs fonctionnaires.
La détention de Blamm s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre les médias indépendants et les institutions. En 2024, plusieurs journalistes ont été poursuivis pour des motifs similaires, comme le cas de Mustapha Bendjama, condamné pour « outrage à corps constitué » après avoir couvert une manifestation à Oran. Reporters sans frontières (RSF) classe l’Algérie au 136e rang sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse en 2024, soulignant les restrictions imposées aux reporters.
Des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont exprimé leur préoccupation. Dans un communiqué récent, l’ONG a appelé les autorités algériennes à « respecter le droit à l’information » et à « cesser les poursuites abusives contre les journalistes ». Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a également réagi, qualifiant l’incarcération de Blamm de « coup porté à la liberté d’expression en Algérie ».
Les avocats de Blamm ont annoncé leur intention de contester la légalité de sa détention. Me Samir Benissad, l’un de ses défenseurs, a déclaré à la presse que « les charges retenues contre lui sont infondées et politiquement motivées ». Il a ajouté que son client n’avait fait qu’exercer son métier en toute transparence, conformément à la loi algérienne.
À Tlemcen, des rassemblements de soutien ont eu lieu devant le tribunal où Blamm a été présenté. Des militants de la société civile, des étudiants et des collègues journalistes ont brandi des pancartes réclamant sa libération. Parmi eux, le collectif Djazairouna a lancé une pétition en ligne, recueillant déjà plusieurs milliers de signatures.
L’affaire Blamm soulève des questions sur l’avenir du journalisme d’investigation en Algérie. Les médias indépendants, déjà fragilisés par des restrictions administratives et financières, voient leur marge de manœuvre se réduire. Les experts estiment que cette situation pourrait dissuader les jeunes journalistes de s’engager dans des enquêtes sensibles, par crainte de représailles.
Pourtant, des voix s’élèvent pour rappeler l’importance de la presse dans la lutte contre la corruption. Le sociologue Nacer Djabi, interrogé par El Watan, a souligné que « les journalistes jouent un rôle crucial dans la transparence démocratique ». Il a appelé à une réforme du cadre juridique pour protéger les reporters et garantir leur indépendance.
En attendant, Abdewakil Blamm reste détenu dans une prison de Tlemcen. Ses proches et ses collègues espèrent une issue rapide à cette affaire, mais les précédents judiciaires en Algérie laissent peu de place à l’optimisme. Son cas pourrait devenir un symbole de la résistance des médias face aux pressions institutionnelles.