Enseignants algériens en grève contre leur statut

Cette semaine, des centaines d’enseignants ont manifesté devant le ministère de l’Éducation nationale à Alger pour dénoncer le nouveau statut particulier qui leur est imposé. Selon Jeune Afrique, le texte, entré en vigueur en février 2025, suscite une vive opposition dans les rangs du corps enseignant. Les syndicats indépendants, comme le Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNAPEST), appellent à une grève illimitée depuis le 10 février, paralysant partiellement les établissements scolaires.

Les enseignants reprochent au statut plusieurs points. D’abord, une reclassification des grades qui, selon eux, réduit leurs perspectives de carrière. Le SNAPEST affirme que le nouveau système supprime des échelons intermédiaires, limitant les promotions à seulement trois niveaux au lieu de cinq auparavant. Ensuite, les grévistes dénoncent une augmentation des charges horaires sans compensation salariale. Le texte prévoit en effet un passage de 18 à 20 heures de cours hebdomadaires pour les professeurs du secondaire, sans ajustement des salaires.

Le ministère de l’Éducation nationale, dirigé par Abdelhakim Belabed, a tenté de désamorcer la crise en organisant des réunions avec les syndicats. D’après l’Agence presse service (APS), le ministre a assuré que le statut visait à « moderniser la gestion des ressources humaines » et à « valoriser le métier d’enseignant ». Pourtant, ces déclarations n’ont pas convaincu les syndicats, qui exigent le retrait pur et simple du texte.

Sur le terrain, les conséquences se font déjà sentir. Dans plusieurs wilayas, comme Alger, Oran et Constantine, des écoles ont été fermées ou fonctionnent au ralenti. Les parents d’élèves, inquiets pour l’année scolaire, ont organisé des sit-in devant les inspections académiques. À Blida, une mère de famille a déclaré à TSA : « Nos enfants perdent des semaines de cours, et personne ne nous donne de solutions. On ne peut pas sacrifier leur avenir. »

Le mouvement de protestation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sociales en Algérie. Depuis 2020, plusieurs secteurs, comme la santé et les transports, ont connu des mouvements de grève récurrents. Les enseignants, eux, avaient déjà manifesté en 2023 contre le gel des salaires et la dégradation de leurs conditions de travail. Cette fois, la colère semble plus profonde, avec des appels à une mobilisation nationale.

Les autorités algériennes ont jusqu’ici adopté une position ferme. Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a qualifié les grèves d’ »illégales » et menacé de sanctions contre les enseignants absents. Pourtant, les syndicats maintiennent la pression. Le SNAPEST a annoncé une marche nationale pour le 25 février, avec l’appui d’autres organisations comme le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement primaire (CNAPEP).

En coulisses, des négociations discrètes auraient lieu entre le gouvernement et les syndicats. Selon des sources proches du dossier citées par El Watan, une commission mixte aurait été mise en place pour réexaminer certains articles du statut. Mais pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été faite, et les enseignants restent mobilisés.

La crise révèle aussi les limites du dialogue social en Algérie. Les syndicats indépendants, souvent marginalisés, peinent à se faire entendre face aux structures officielles comme l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA). Pourtant, leur capacité à mobiliser montre une société civile de plus en plus déterminée à défendre ses droits.

Pour les élèves, la situation est critique. Avec plusieurs semaines de grève, le risque de voir l’année scolaire compromise grandit. À Alger, des lycéens ont même organisé des manifestations de soutien à leurs professeurs, brandissant des pancartes « Non à l’injustice ». Un élève de terminale a confié à Liberté : « On ne veut pas d’un bac blanc. On veut des profs motivés et des conditions dignes pour étudier. »

Le gouvernement algérien se trouve face à un dilemme. Céder aux revendications des enseignants pourrait ouvrir la voie à d’autres mouvements sociaux. Mais maintenir le statu quo risque d’aggraver la crise et de fragiliser un secteur déjà sous tension. Une chose est sûre : sans solution rapide, le conflit pourrait s’étendre et peser sur l’ensemble du système éducatif.

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