Alger rompt son accord aérien avec les Émirats arabes unis

Cette semaine, l’Algérie a officiellement notifié aux Émirats arabes unis (EAU) la suspension de l’accord aérien bilatéral qui régissait les vols entre les deux pays. La décision, confirmée par le ministère des Transports algérien, intervient dans un contexte de tensions diplomatiques récurrentes entre Alger et Abou Dhabi, et soulève des interrogations sur ses conséquences immédiates pour les voyageurs et les compagnies aériennes.

Selon l’Agence de presse algérienne (APS), la rupture de l’accord a été actée le 9 février 2026, sans préavis prolongé. Les autorités algériennes n’ont pas communiqué de motifs officiels, mais des sources proches du dossier, citées par El Watan, évoquent une « détérioration des relations politiques » et des « désaccords persistants » sur des dossiers régionaux, notamment la question du Sahara occidental et le soutien présumé des Émirats au Maroc. Les EAU, via leur ambassade à Alger, n’ont pas réagi publiquement à cette annonce.

Impact sur les liaisons aériennes

L’accord aérien, signé en 2013, permettait aux compagnies Emirates et Air Algérie d’exploiter des vols directs entre Dubaï, Abou Dhabi et plusieurs villes algériennes, dont Alger, Oran et Constantine. Avec cette suspension, les vols opérés par Emirates, qui desservaient Alger trois fois par semaine, sont immédiatement interrompus. Air Algérie, qui proposait des liaisons vers Dubaï et Abou Dhabi, a également annulé ses rotations jusqu’à nouvel ordre.

Pour les voyageurs, cette décision complique les déplacements entre les deux pays. Les Algériens souhaitant se rendre aux Émirats devront désormais transiter par des hubs européens ou turcs, comme Istanbul ou Paris, avec des temps de trajet et des coûts accrus. Les expatriés algériens résidant aux EAU, estimés à plus de 50 000 selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), sont particulièrement touchés. « C’est un coup dur pour les familles qui comptaient sur ces vols pour les vacances ou les visites », explique un responsable d’une agence de voyage à Alger, contacté par TSA.

Réactions des acteurs du secteur

Les compagnies aériennes et les professionnels du tourisme expriment leur inquiétude. Le Syndicat national des agences de voyages (SNAV) a appelé le gouvernement à « trouver une solution rapide » pour éviter un préjudice économique. « Les Émirats sont une destination prisée pour le tourisme médical et les affaires. Cette suspension va pénaliser tout un secteur », souligne un membre du SNAV.

Du côté des transporteurs, Air Algérie a indiqué dans un communiqué qu’elle « étudiait des alternatives » pour maintenir une connectivité minimale, sans préciser si des vols indirects seraient proposés. Emirates, de son côté, n’a pas encore commenté la décision, mais des rumeurs évoquent une possible suspension de ses activités en Algérie, comme ce fut le cas en 2020 lors d’une précédente crise diplomatique.

Contexte géopolitique tendu

Cette rupture s’inscrit dans une série de tensions entre Alger et Abou Dhabi, qui se sont accentuées depuis 2020. Les autorités algériennes accusent régulièrement les Émirats de soutenir le Maroc dans le conflit du Sahara occidental, une allégation démentie par les EAU. En 2021, l’Algérie avait déjà réduit ses échanges commerciaux avec les Émirats, avant de les reprendre partiellement en 2023.

La décision intervient également dans un contexte où l’Algérie cherche à renforcer ses alliances avec d’autres partenaires régionaux. Récemment, Alger a signé des accords de coopération énergétique avec l’Angola et intensifié ses relations avec la Turquie, comme en témoigne la visite du président Recep Tayyip Erdoğan en Algérie en octobre 2025. « Cette suspension envoie un signal clair : l’Algérie ne tolérera plus les interférences dans ses affaires intérieures », analyse un diplomate algérien sous couvert d’anonymat.

Conséquences économiques et diplomatiques

Sur le plan économique, la suspension de l’accord aérien pourrait affecter les échanges commerciaux entre les deux pays. Les Émirats sont le troisième investisseur arabe en Algérie, avec des projets dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier et des technologies. Selon la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), les échanges bilatéraux ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2025, un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes.

Diplomatiquement, cette décision risque d’isoler davantage l’Algérie sur la scène régionale. Certains observateurs, comme ceux cités par L’Express, y voient un « double revers » pour Alger, qui peine à concilier ses positions fermes sur le Sahara occidental avec la nécessité de maintenir des relations stables avec ses voisins et partenaires. « L’Algérie joue un jeu dangereux en multipliant les ruptures unilatérales. À terme, cela pourrait se retourner contre elle », estime un analyste politique basé à Paris.

Que faire pour les voyageurs ?

Pour les Algériens souhaitant se rendre aux Émirats, les alternatives restent limitées. Les vols via la Turquie (Turkish Airlines) ou l’Europe (Air France, Lufthansa) sont les plus fréquents, mais impliquent des escales et des surcoûts. Les agences de voyage recommandent de vérifier les conditions de transit, notamment les exigences en matière de visas pour les pays de correspondance.

Les autorités algériennes n’ont pas indiqué si des négociations étaient en cours pour rétablir l’accord. « Tout dépendra de l’évolution des relations politiques. Si les tensions persistent, cette suspension pourrait durer », estime un expert en droit aérien interrogé par Liberté.

En attendant, les voyageurs et les entreprises sont invités à anticiper les perturbations et à explorer d’autres destinations pour leurs déplacements. Pour l’Algérie, cette décision marque un nouveau chapitre dans une diplomatie de plus en plus assertive, mais dont les conséquences économiques et humaines restent à mesurer.

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