Alger et Ankara unissent leurs voix pour des élections en Libye

L’Algérie et la Turquie ont réaffirmé récemment leur position commune sur la crise libyenne, appelant à l’organisation d’élections dans les plus brefs délais. Cette prise de position, relayée par le média espagnol Atalayar, intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les factions rivales du pays voisin, où l’instabilité politique et sécuritaire menace la stabilité régionale.

Selon Atalayar, les deux pays ont souligné la nécessité d’un processus électoral inclusif et transparent, condition sine qua non pour une sortie de crise durable. L’Algérie, représentée par son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a insisté sur le respect de la souveraineté libyenne et le rejet de toute ingérence étrangère. La Turquie, de son côté, a réitéré son soutien à un dialogue interlibyen sous l’égide des Nations unies.

Cette coordination algéro-turque n’est pas nouvelle. Depuis le début de la crise libyenne en 2011, Alger et Ankara ont souvent adopté des positions convergentes, bien que motivées par des intérêts distincts. Pour l’Algérie, la stabilité de la Libye est une priorité stratégique, compte tenu des risques de contagion sécuritaire et migratoire. La Turquie, quant à elle, cherche à préserver ses intérêts économiques et énergétiques dans la région, tout en consolidant son influence géopolitique.

Une médiation algérienne active

Plus récemment, Alger a multiplié les contacts avec les acteurs libyens, ainsi qu’avec les partenaires internationaux concernés, comme l’Égypte, la Tunisie et les Nations unies. Le ministre Ahmed Attaf a effectué plusieurs visites dans la région, dont une en Turquie en décembre 2022, où il a rencontré son homologue turc, Mevlüt Çavuşoğlu. Les deux hommes avaient alors réitéré leur appel à des élections, tout en condamnant les tentatives de division du pays.

Les défis d’un processus électoral

L’Algérie et la Turquie ont toutefois insisté sur la nécessité de surmonter ces blocages. Dans une déclaration conjointe, les deux pays ont appelé à la formation d’un gouvernement d’union nationale capable de superviser le processus électoral. Ils ont également souligné l’importance de la sécurité pendant les élections, condition indispensable pour garantir la participation de tous les Libyens.

Une position alignée sur les Nations unies

L’Algérie, qui entretient des relations étroites avec les Nations unies, a salué ces efforts. Le président Tebboune a réaffirmé, lors d’un entretien avec Abdoulaye Bathily en 2023, l’engagement de l’Algérie à soutenir toute initiative visant à rétablir la stabilité en Libye. Cette position reflète la volonté d’Alger de jouer un rôle constructif dans la résolution des crises régionales, conformément à sa doctrine de non-ingérence et de dialogue.

Les enjeux pour l’Algérie

Sur le plan économique, la stabilité de la Libye est également cruciale pour l’Algérie. Les deux pays partagent des infrastructures énergétiques, comme le gazoduc reliant Hassi R’Mel à la ville libyenne de Zwara. Une reprise des échanges commerciaux et des investissements entre les deux pays dépend largement d’un retour à la normale en Libye.

Une coopération renforcée avec la Turquie

En 2023, l’Algérie et la Turquie ont conclu un partenariat dans le secteur de l’énergie, avec la signature d’un protocole d’accord entre la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures, Sonatrach, et des entreprises turques. Ce partenariat vise à développer des projets communs dans l’exploration et la production de gaz et de pétrole, ainsi que dans les énergies renouvelables.

Sur le plan militaire, les deux pays ont également renforcé leur coopération. En 2022, l’Algérie a acquis des drones turcs de type Bayraktar TB2, une première pour l’armée algérienne. Cette acquisition s’inscrit dans une modernisation plus large des forces armées algériennes, qui cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en matériel militaire.

Vers une solution durable ?

Pourtant, l’engagement d’Alger et d’Ankara pourrait contribuer à relancer les discussions entre les parties libyennes. Les deux pays ont déjà démontré leur capacité à influencer positivement le cours des événements, comme en témoigne leur rôle dans la signature de l’accord de Skhirat en 2015, qui avait permis la formation d’un gouvernement d’union nationale en Libye.

Reste à savoir si cette nouvelle initiative portera ses fruits. Une chose est certaine : l’Algérie et la Turquie semblent déterminées à jouer un rôle clé dans la résolution de la crise libyenne, au nom de la stabilité régionale et de leurs intérêts stratégiques.

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