Le Forum d’affaires algéro-russe, tenu récemment à Alger, a marqué une étape concrète dans le renforcement des relations économiques entre l’Algérie et la Russie. Organisé sous l’égide du ministère algérien du Commerce et de la Promotion des exportations, en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie algérienne (CACI) et son homologue russe, cet événement a réuni plus de 200 entreprises des deux pays. Selon El Moudjahid, les discussions ont porté sur des secteurs clés comme l’énergie, l’agriculture, les technologies et les infrastructures.
Les échanges ont abouti à la signature de plusieurs protocoles d’accord, dont un partenariat entre Sonatrach et Gazprom pour l’exploration de nouveaux gisements gaziers dans le sud algérien. D’après l’APS, ce projet vise à augmenter les capacités de production de gaz naturel, dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier ses partenariats énergétiques. Le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, a souligné que cette collaboration s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des ressources hydrocarbures, tout en renforçant la position de l’Algérie comme fournisseur fiable pour l’Europe.
Un autre accord notable concerne le secteur agricole. La société algérienne Groupe Cevital et le russe Rosagroleasing ont convenu d’un projet de modernisation des équipements agricoles en Algérie, avec un investissement estimé à plus de 500 millions de dollars. Selon TSA, ce partenariat prévoit la livraison de machines agricoles et la formation de techniciens locaux, dans le cadre du plan gouvernemental visant à réduire la dépendance aux importations alimentaires.
Les participants ont également abordé les opportunités dans les énergies renouvelables. La Russie, via sa société Rosatom, a proposé des solutions pour le développement de centrales nucléaires civiles en Algérie. Bien que ce projet reste en phase d’étude, il reflète la volonté des deux pays d’élargir leur coopération au-delà des hydrocarbures. Le ministre russe de l’Énergie, Nikolaï Choulguinov, a déclaré à l’agence Interfax que Moscou était prêt à accompagner Alger dans sa transition énergétique, tout en respectant les normes internationales de sécurité.
Sur le plan commercial, les échanges entre l’Algérie et la Russie ont atteint 3,2 milliards de dollars en 2024, selon les données de la Douane algérienne. Les exportations algériennes, composées principalement de gaz, de pétrole et de produits agricoles, ont représenté 2,1 milliards de dollars, tandis que les importations, dominées par les machines, les équipements et les produits pharmaceutiques, se sont élevées à 1,1 milliard de dollars. Le Forum a mis en lumière les déséquilibres persistants dans ces échanges, incitant les entreprises algériennes à diversifier leurs exportations vers le marché russe.
Les discussions ont aussi porté sur les obstacles logistiques et financiers. Les participants ont évoqué la nécessité de faciliter les transactions en devises locales, afin de contourner les contraintes liées aux sanctions internationales contre la Russie. Selon El Watan, plusieurs banques algériennes, dont la Banque extérieure d’Algérie (BEA), ont exprimé leur volonté de renforcer les mécanismes de paiement en dinars et en roubles, pour sécuriser les échanges commerciaux.
Des opportunités pour les PME algériennes
Un accord-cadre a été signé entre l’ANDI et la Chambre de commerce et d’industrie de Russie pour faciliter l’accès des PME algériennes aux marchés russes. Selon Liberté, cet accord prévoit des missions commerciales régulières, des formations et un accompagnement juridique pour les entrepreneurs algériens souhaitant s’implanter en Russie.
Un partenariat géopolitique en évolution
La Russie, de son côté, a salué le rôle de l’Algérie dans la stabilisation du Sahel et son engagement en faveur d’une solution pacifique en Libye. Selon Sputnik, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a déclaré que Moscou et Alger travaillaient ensemble pour promouvoir la sécurité et le développement en Afrique, en coordination avec d’autres partenaires comme la Chine et l’Iran.
Défis et perspectives
Un autre enjeu concerne la formation des cadres algériens. Plusieurs universités et instituts techniques des deux pays ont signé des conventions pour échanger des étudiants et des chercheurs. Le recteur de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB), Djamel Eddine Akretche, a indiqué que ces partenariats visaient à renforcer les compétences locales dans les secteurs stratégiques, comme l’énergie et les technologies.
Le Forum d’affaires algéro-russe a confirmé la volonté des deux pays de passer d’une relation historique à un partenariat économique structurant. Les accords signés et les projets annoncés devraient, s’ils sont concrétisés, diversifier les échanges et renforcer la souveraineté économique de l’Algérie. Pour les observateurs, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Algérie, qui cherche à équilibrer ses alliances tout en consolidant son rôle de puissance régionale.