Le 18 mars 2025, la wilaya d’Oran a marqué un tournant dans la stratégie technologique algérienne avec l’annonce officielle du lancement d’un data center entièrement dédié à l’intelligence artificielle. Ce projet, révélé par El Watan, positionne l’Algérie parmi les rares pays africains dotés d’une infrastructure spécialisée pour le développement de l’IA. Le centre, dont la localisation exacte n’a pas été précisée, sera géré en partenariat avec des acteurs publics et privés, selon les déclarations du ministre des Technologies de l’Information et de la Communication.
Une infrastructure stratégique pour l’économie numérique
Le data center d’Oran ne se limite pas à un simple espace de stockage de données. Il intègre des serveurs haute performance capables de traiter des algorithmes complexes, essentiels pour des applications dans des secteurs comme la santé, l’agriculture ou l’industrie. D’après des sources proches du projet, le centre disposera d’une capacité de calcul de plusieurs pétaflops, comparable à celle des infrastructures européennes dédiées à la recherche en IA. Cette puissance permettra notamment de former des modèles locaux, réduisant la dépendance aux solutions étrangères.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du plan national « Algérie 2030 », qui vise à faire du numérique un levier de diversification économique. Le ministre a souligné lors d’une conférence de presse que ce projet répondait à un double enjeu : « D’une part, sécuriser nos données sensibles en les hébergeant localement. D’autre part, créer un écosystème favorable à l’innovation, avec des start-ups et des chercheurs algériens. » Le centre servira également de plateforme pour les entreprises publiques comme Sonelgaz ou Algérie Télécom, qui pourront y développer des outils d’optimisation énergétique ou de maintenance prédictive.
Des retombées concrètes pour l’enseignement et la recherche
L’Université des Sciences et de la Technologie d’Oran (USTO) sera l’un des premiers bénéficiaires de cette infrastructure. Ses laboratoires de recherche en informatique et en robotique auront accès aux ressources du data center pour tester des prototypes et former des étudiants en IA. Un partenariat similaire est en discussion avec l’Université d’Ouargla, dont un modèle d’IA a récemment été adopté par une plateforme internationale, comme l’a rapporté l’APS en juin 2026.
Le recteur de l’USTO a expliqué que ce projet permettrait de « combler le retard accumulé dans la formation en deep learning ». Actuellement, moins de 5 % des ingénieurs algériens maîtrisent les techniques avancées d’IA, selon une étude du Centre de Recherche sur l’Information Scientifique et Technique (CERIST). Le data center offrira des formations certifiantes et des ateliers pratiques, en collaboration avec des universités étrangères comme l’École Polytechnique de Paris ou l’Université de Montréal.
Un modèle économique encore à préciser
Si les ambitions sont claires, le modèle économique du data center reste flou. Plusieurs options sont envisagées : une gestion entièrement publique, un partenariat public-privé (PPP) avec des entreprises locales comme Condor ou CEVITAL, ou une hybridation des deux. Des discussions seraient en cours avec des investisseurs émiratis et chinois, attirés par le potentiel du marché algérien.
Un enjeu de souveraineté numérique
L’Algérie dépend encore largement des géants américains et européens pour ses besoins en cloud et en IA. En 2024, plus de 80 % des données des administrations algériennes étaient hébergées à l’étranger, selon un rapport du ministère de la Défense nationale. Le data center d’Oran pourrait inverser cette tendance en offrant une alternative locale, sécurisée et conforme aux lois algériennes sur la protection des données.
Des défis techniques et humains à relever
La réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, la formation de techniciens spécialisés en gestion de data centers, un métier encore rare en Algérie. Ensuite, l’approvisionnement en énergie, car ces infrastructures consomment d’importantes quantités d’électricité. Le ministère de l’Énergie a assuré que le centre serait alimenté par des sources renouvelables, via un partenariat avec la société SKTM (Sharikat Kahraba wa Taket Moutadjadida).
Enfin, la connectivité reste un point faible. Malgré les progrès réalisés avec le câble sous-marin ORVAL, l’Algérie accuse un retard en termes de débit internet par rapport à des pays comme le Maroc ou la Tunisie. Le data center devra donc s’appuyer sur des liaisons fibre optique redondantes pour garantir une disponibilité permanente.
Un projet parmi d’autres dans une dynamique nationale
Le data center d’Oran s’inscrit dans une série d’initiatives récentes visant à moderniser l’économie algérienne. En septembre 2025, El Watan révélait qu’Alger était classée huitième ville intelligente d’Afrique, grâce à des projets comme la généralisation des compteurs intelligents ou la numérisation des services municipaux. Par ailleurs, des start-ups algériennes ont brillé au salon LEAP 2025 en Arabie Saoudite, où elles ont présenté des solutions en fintech et en e-santé.
Pour les observateurs, ces avancées montrent que l’Algérie mise sur l’innovation pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Reste à savoir si ces projets parviendront à passer à l’échelle industrielle, comme les six prototypes présentés par le Centre de Recherche en Technologies Industrielles (CRTI) en mars 2026, « prêts pour l’industrialisation » selon L’Algérie Aujourd’hui. Le data center d’Oran pourrait bien être le catalyseur de cette transition, à condition de surmonter les obstacles logistiques et financiers.