Bernard Lugan et la réécriture controversée de l’histoire algérienne

Bernard Lugan, historien français souvent associé aux cercles conservateurs et monarchistes, fait à nouveau parler de lui en Algérie. Selon Algerie Patriotique, ses travaux récents s’inscrivent dans une démarche qualifiée de « liquidation méthodique » de l’histoire nationale algérienne. L’article, publié en juin 2026, met en lumière les thèses de cet universitaire, accusé de servir les intérêts du Makhzen marocain en déformant les récits historiques liés aux dynasties et royaumes du Maghreb.

Un historien au cœur des polémiques

L’historien français, qui a enseigné à l’Université de Lyon et dirigé la revue L’Afrique réelle, est également critiqué pour ses prises de position sur la guerre d’indépendance algérienne. Ses travaux, souvent cités dans les milieux conservateurs français, tendent à relativiser la légitimité des revendications indépendantistes, une approche qui suscite l’indignation en Algérie.

La question des dynasties maghrébines

Les dynasties zianides de Tlemcen, par exemple, sont décrites par Lugan comme une simple « province » du royaume mérinide, une assertion qui ignore les travaux d’historiens comme Rachid Bellil ou Mohamed El-Korso, qui ont documenté leur autonomie politique et culturelle. De même, les Hammadides de la Kalâa des Béni Hammad sont présentés comme une « création artificielle », une vision qui occulte leur rôle dans l’essor de la civilisation maghrébine au XIe siècle.

Enjeux mémoriels et géopolitiques

Les autorités algériennes, ainsi que des intellectuels et universitaires, dénoncent régulièrement ce qu’ils qualifient de « révisionnisme historique » soutenu par des cercles marocains. En 2023, le ministère des Moudjahidine avait déjà réagi aux propos de Lugan, les qualifiant de « falsification éhontée » de l’histoire. Cette fois, Algerie Patriotique enfonce le clou en accusant l’historien de servir de « plume » au Makhzen, un terme péjoratif désignant l’establishment marocain.

Réactions et contre-arguments

En Algérie, la réponse à ces thèses prend plusieurs formes. Des colloques universitaires sont organisés pour réaffirmer la légitimité des dynasties algériennes, tandis que des documentaires et des ouvrages grand public sont produits pour contrer ces narrations. Le ministère de la Culture a également lancé des projets de numérisation des archives historiques pour rendre accessible au grand public les preuves de la souveraineté algérienne à travers les siècles.

Un débat qui dépasse les frontières

Pour l’Algérie, cette bataille mémorielle est cruciale. Elle touche à la fois à la construction de l’identité nationale et à la légitimité de l’État postcolonial. Les autorités algériennes voient dans ces tentatives de réécriture une menace pour la cohésion sociale et la stabilité politique. C’est pourquoi les réactions sont aussi vives, mêlant indignation populaire et mobilisation institutionnelle.

Vers une histoire apaisée ?

En attendant, l’Algérie semble déterminée à défendre sa version de l’histoire, comme en témoignent les récentes déclarations du président de la République, qui a réaffirmé l’importance de « préserver la mémoire nationale contre toute tentative de falsification ». Dans ce contexte, les travaux de Lugan, qu’ils soient académiques ou politiques, restent un sujet de vigilance pour les autorités et les citoyens algériens.

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