L’ENSM de Sidi Abdellah forme les élites des mathématiques

L’École nationale supérieure de mathématiques (ENSM) de Sidi Abdellah, près d’Alger, s’impose comme un acteur clé dans la formation des compétences algériennes en sciences exactes. Son directeur, le professeur Ahmed Medeghri, a récemment détaillé les ambitions de cette institution lors d’un entretien accordé à El Moudjahid. L’ENSM, créée en 2019 sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, vise à répondre aux besoins croissants de l’Algérie en experts capables de soutenir son économie du savoir.

Un modèle pédagogique axé sur l’excellence
L’ENSM se distingue par un recrutement sélectif, réservé aux meilleurs bacheliers en mathématiques du pays. « Nous sélectionnons les 50 premiers lauréats du baccalauréat scientifique, explique Ahmed Medeghri. Ces étudiants bénéficient d’un encadrement personnalisé, avec des enseignants-chercheurs de haut niveau, dont plusieurs docteurs formés à l’étranger. » Le cursus, d’une durée de cinq ans, combine théorie et applications pratiques, avec des partenariats industriels pour des stages en entreprise. Parmi les secteurs ciblés : l’énergie, la finance, l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

Des débouchés concrets pour l’économie algérienne
L’école mise sur des collaborations avec des acteurs économiques majeurs. SONATRACH, par exemple, a signé un accord avec l’ENSM pour former des ingénieurs spécialisés en modélisation mathématique appliquée à l’exploration pétrolière. « Ces compétences sont rares en Algérie, souligne Medeghri. Nous voulons réduire la dépendance aux experts étrangers. » D’autres entreprises, comme Algérie Télécom ou des start-up locales, recrutent déjà les diplômés de l’ENSM pour des postes en data science et en optimisation des processus.

La recherche comme levier de développement
L’ENSM ne se limite pas à la formation. Son laboratoire de recherche, le Laboratoire d’Analyse Mathématique et Applications (LAMA), travaille sur des projets financés par l’Agence nationale de développement de la recherche universitaire (ANDRU). Parmi les thèmes étudiés : les équations différentielles appliquées à la physique des matériaux et les algorithmes de cryptographie post-quantique. « Nos chercheurs publient dans des revues internationales à comité de lecture, précise le directeur. En 2025, nous avons obtenu trois brevets pour des outils mathématiques utilisés dans l’industrie. »

Un rayonnement régional et international
L’école attire des étudiants de toute l’Afrique. Des partenariats avec des universités françaises, comme l’École polytechnique ou l’Université Paris-Dauphine, permettent des échanges d’étudiants et de professeurs. « Nous organisons aussi des écoles d’été avec des intervenants de renom, comme le médaillé Fields Cédric Villani, qui a donné une conférence à Sidi Abdellah en 2024 », rappelle Ahmed Medeghri. Ces collaborations renforcent la visibilité de l’ENSM et offrent à ses étudiants une ouverture sur les standards internationaux.

Des défis à relever
Malgré ses succès, l’ENSM fait face à des obstacles. Le manque de locaux adaptés limite son expansion. « Nous avons besoin d’un nouveau bâtiment pour accueillir plus d’étudiants et de laboratoires modernes », indique Medeghri. Le financement de la recherche reste aussi un enjeu, avec des budgets souvent insuffisants pour les projets ambitieux. Enfin, la fuite des cerveaux persiste : certains diplômés choisissent de poursuivre leur carrière à l’étranger, attirés par des salaires plus élevés.

Un avenir lié aux priorités nationales
L’ENSM s’aligne sur les orientations du gouvernement algérien, notamment le plan « Algérie 2030 » qui mise sur l’innovation et la diversification économique. « Notre objectif est de former des mathématiciens capables de résoudre des problèmes concrets, comme l’optimisation des réseaux électriques ou la modélisation climatique », affirme le directeur. L’école participe aussi à des projets nationaux, comme le développement de logiciels de simulation pour le secteur des énergies renouvelables.

Un exemple à suivre ?
L’ENSM illustre le potentiel des institutions algériennes spécialisées. Son modèle, basé sur la rigueur académique et l’ancrage industriel, pourrait inspirer d’autres filières scientifiques. « Nous ne voulons pas être une tour d’ivoire, conclut Ahmed Medeghri. Nos étudiants doivent comprendre que les mathématiques sont un outil pour transformer l’Algérie. » Si les défis persistent, l’école de Sidi Abdellah montre que l’excellence est possible, à condition de miser sur la qualité et les partenariats stratégiques.

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