Revue de presse : Presse algérienne, Céréales Algérie, Agriculture Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits : entre souveraineté affichée et contradictions intimes**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux forces : d’un côté, une volonté farouche de souveraineté économique, culturelle et géopolitique, incarnée par des projets pharaoniques (tramways, mosquées, festivals) et une rhétorique de résilience agricole ; de l’autre, des fractures internes qui révèlent une société en quête d’un nouveau contrat social. Les actualités de ces dix domaines ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’un système où le symbole prime souvent sur la substance, où l’urgence écologique et sociale se heurte à des structures rigides, et où la mémoire historique sert autant à légitimer le présent qu’à en masquer les failles.

Ce qui frappe, c’est la répétition de schémas : l’État algérien, comme un metteur en scène obsessionnel, rejoue sans cesse les mêmes scènes – la bataille pour l’autosuffisance alimentaire, la célébration de l’identité nationale, la modernisation des infrastructures – mais avec des décors qui se fissurent. Derrière les annonces triomphales (tramway de Mostaganem, mosquée d’Alger, festival de BD), percent les questions qui fâchent : pourquoi les eurodéputés français s’en prennent-ils à Boualem Sansal ? Pourquoi le maraîchage remplace-t-il les céréales à Mascara ? Pourquoi le cinéma algérien, malgré son héritage glorieux, peine-t-il à exister hors des cercles militants ?

Pour comprendre cette Algérie en mouvement, il faut accepter une vérité dérangeante : le pays est engagé dans une course contre lui-même. Ses réussites (une diplomatie maghrébine active, une jeunesse créative, des ressources naturelles stratégiques) sont contrebalancées par des blocages structurels (dépendance aux hydrocarbures, bureaucratie étouffante, éducation en crise). Et surtout, par une difficulté à penser le futur autrement qu’à travers le prisme du passé – qu’il s’agisse de la guerre d’indépendance, des années Boumediene, ou des traumatismes des années 1990.

**1. La souveraineté alimentaire : entre pluie et poudre aux yeux**

L’agriculture algérienne est un cas d’école de cette dialectique entre ambition et réalité. Les pluies de 2024 ont relancé la production céréalière, et le ministre de l’Agriculture, Youcef Oualid, promet de doubler la production. Belle promesse, mais qui se heurte à deux écueils majeurs :

L’eau, ou l’illusion de la maîtrise : La réutilisation des eaux usées traitées (évoquée par l’AFD) est une piste sérieuse, mais elle reste marginale. L’Algérie, pays semi-aride, dépend encore des aléas climatiques – et des importations massives de blé (50 % des besoins). À Mascara, le recul des céréales au profit du maraîchage n’est pas un choix, mais une adaptation forcée : moins gourmand en eau, plus rentable, mais aussi plus vulnérable aux caprices du marché.
Le privé, ce mal-aimé : Le FDA (Fonds de développement de l’agriculture) encourage l’investissement privé, mais dans un secteur où l’État garde la mainmise sur les terres et les subventions. Résultat ? Les grands projets (comme ceux annoncés au Togo) restent des vitrines, tandis que les petits agriculteurs peinent à accéder au crédit.

Fils rouges :
– Cette quête d’autosuffisance renvoie à un traumatisme historique : l’embargo des années 1990, où l’Algérie avait dû importer jusqu’au lait en poudre. Aujourd’hui, la peur de la dépendance est un moteur politique, mais elle se traduit par des solutions court-termistes (subventions massives, barrières douanières) plutôt que par une vraie révolution agrotechnique.
– Le paradoxe est criant : l’Algérie a les moyens de nourrir sa population (terres fertiles, main-d’œuvre, savoir-faire), mais elle reste prisonnière d’un modèle où l’agriculture est un secteur secondaire, subordonné aux hydrocarbures.

**2. Les infrastructures : des tramways pour cacher la forêt des inégalités**

L’inauguration du tramway de Mostaganem par le ministre des Transports, Aïssa Beldjoud, est un symbole fort. Comme ceux d’Oran, Sétif ou Constantine, ces projets répondent à une demande sociale : désenclaver les périphéries, réduire la congestion, offrir une alternative à la voiture. Mais ils révèlent aussi les limites d’une modernisation à deux vitesses :

Une urbanisation sélective : Les tramways desservent surtout les centres-villes et les quartiers aisés, laissant de côté les bidonvilles et les zones rurales. À Batna, où 54 000 comprimés de prégabaline ont été saisis, on mesure l’urgence sociale qui, elle, ne bénéficie pas des mêmes investissements.
Un modèle économique fragile : Ces infrastructures sont financées par la rente pétrolière, donc vulnérables aux fluctuations des prix. Que se passera-t-il quand les caisses de l’État seront vides ? L’Algérie reproduit ici le schéma des pays du Golfe : des métropoles futuristes, mais une économie réelle en retard.

Fils rouges :
– Le tramway est aussi un outil de contrôle social. En connectant les villes, l’État renforce son emprise sur les territoires, tout en offrant une vitrine de modernité aux investisseurs étrangers (comme le groupe SLB, qui inaugure un incubateur à Ouargla).
– Mais cette modernisation ne s’accompagne pas d’une démocratisation de l’espace public. Les débats sur la presse (voir plus bas) montrent que l’Algérie reste un pays où l’information circule mal, et où les mobilisations citoyennes sont étouffées.

**3. La presse et le cinéma : quand la mémoire devient une prison**

Deux actualités résument à elles seules les contradictions de la scène culturelle algérienne :

Boualem Sansal, cible des eurodéputés français : L’écrivain, critique virulent du régime et de l’islam politique, est accusé par la France insoumise de « racisme anti-arabe ». Derrière cette polémique se cache une réalité plus profonde : en Algérie, la liberté d’expression reste un champ de mines. Les médias indépendants (comme El Watan ou TSA) sont harcelés, les journalistes emprisonnés, et les voix dissidentes (comme celle de Sansal) diabolisées.
Le cinéma algérien, entre militantisme et survie : Le CCFD souligne la difficulté de faire vivre un « cinéma d’auteur » dans un pays où les salles ferment et où les financements publics sont rares. Pourtant, l’Algérie a un héritage cinématographique glorieux (La Bataille d’Alger, Chronique des années de braise), mais aujourd’hui, les réalisateurs doivent se battre pour exister. Le théâtre des années 1970-1980, évoqué dans un article, était un espace de liberté ; aujourd’hui, il est marginalisé.

Fils rouges :
La mémoire comme arme politique : La Grande Mosquée d’Alger, présentée comme un symbole de l’identité nationale, est aussi un outil de légitimation du pouvoir. De même, le cinéma algérien est souvent instrumentalisé pour célébrer la résistance (comme dans La Bataille de Jérusalem), mais rarement pour questionner le présent.
L’exil des talents : Sansal vit en France, comme beaucoup d’artistes et d’intellectuels algériens. Le pays perd ainsi ses forces vives, tandis que ceux qui restent doivent composer avec la censure ou l’autocensure.

**4. Culture et éducation : la jeunesse, variable d’ajustement d’un système en crise**

Le Festival international de la bande dessinée d’Alger, dirigé par Salim Brahimi, est un exemple frappant de cette schizophrénie culturelle. D’un côté, un public jeune et enthousiaste, avide de créativité ; de l’autre, un système éducatif en déliquescence, incapable de former ces mêmes jeunes.

La BD, miroir des aspirations : Le succès du festival montre que la jeunesse algérienne cherche des espaces d’expression. Mais ces initiatives restent marginales, faute de soutien institutionnel. La culture est perçue comme un loisir, pas comme un levier de développement.
L’éducation, talon d’Achille : Les débats sur le LMD (Licence-Master-Doctorat) en Tunisie (évoqués dans la rubrique géopolitique) résonnent en Algérie. Le système éducatif algérien est à la dérive : programmes obsolètes, enseignants sous-payés, taux d’échec record. Hassani Cherif, figure de l’éducation, appelle à une réforme « globale et structurelle », mais les résistances sont fortes.

Fils rouges :
La jeunesse, grande oubliée : L’Algérie a une démographie jeune (40 % de la population a moins de 25 ans), mais elle ne lui offre ni emplois, ni perspectives. Les festivals et les incubateurs (comme celui de Ouargla) sont des soupapes, pas des solutions.
Le paradoxe culturel : Le pays célèbre son histoire (la mosquée d’Alger, les sites antiques), mais néglige sa jeunesse. Résultat : une fuite des cerveaux massive, et une société vieillissante, incapable de se renouveler.

**5. Géopolitique maghrébine : l’Algérie, puissance régionale en quête de leadership**

L’Algérie joue un rôle clé dans les équilibres maghrébins, mais son influence est minée par des tensions internes et des rivalités externes :

Avec la Tunisie : Les contentieux (eau, frontières, migrants) s’accumulent, malgré les discours sur l’unité maghrébine. La Tunisie, en crise économique, regarde de plus en plus vers l’Europe, au grand dam d’Alger.
Avec le Sénégal : Les tensions entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko (évoquées dans la presse) montrent que l’Algérie tente de s’imposer comme médiateur en Afrique, mais son image est brouillée par son soutien à des régimes controversés (comme au Mali).
Avec l’Europe : L’Italie de Meloni, citée dans les actualités, est un partenaire clé pour l’Algérie, notamment sur le gaz. Mais cette relation est déséquilibrée : l’Europe a besoin de l’Algérie pour sa transition énergétique, mais elle lui impose ses règles (migrations, droits de l’homme).

Fils rouges :
Une diplomatie schizophrène : L’Algérie se présente comme le champion de la souveraineté africaine, mais elle dépend économiquement de l’Europe et militarement de la Russie. Son discours anti-impérialiste sonne creux quand on voit sa collaboration avec Total ou Siemens.
– **Le Maghreb,

Laisser un commentaire