L’Algérie se prépare officiellement au lancement de la 5G, mais des données récentes suggèrent que les opérateurs télécoms ont déjà commencé à déployer le réseau bien avant l’annonce officielle. Selon les cartes de couverture publiées par Ookla, spécialiste de l’analyse des réseaux internet, des zones urbaines comme Alger, Oran et Constantine affichent des signaux 5G depuis plusieurs semaines. Cette révélation, rapportée par Tunisie Haut Débit en septembre 2025, interroge sur l’état d’avancement réel du projet et les retards dans sa communication institutionnelle.
Des tests discrets avant l’heure
Aucune déclaration officielle n’a confirmé ces tests. Le ministère des Postes et des Télécommunications, dirigé par Brahim Boumzar, n’a pas réagi à ces informations. Pourtant, en juin 2025, le Premier ministre Nadir Larbaoui avait annoncé que la 5G serait « lancée avant la fin de l’année », sans préciser de date. Les opérateurs, eux, restent discrets : Djezzy, filiale de l’émirati Etisalat, a seulement évoqué des « préparatifs en cours » lors d’une conférence de presse en juillet.
Un retard dans la réglementation
Ce retard s’explique en partie par des débats internes sur la souveraineté numérique. Des voix au sein du ministère de la Défense, comme celle du général Saïd Chengriha, ont exprimé des réserves sur la sécurité des réseaux 5G, craignant des risques d’espionnage via les équipements étrangers. La Chine, via Huawei, et l’Europe, avec Ericsson, se disputent le marché algérien, mais aucune décision n’a été prise sur les fournisseurs autorisés.
Impact économique et social
Cependant, le coût du déploiement inquiète. Selon une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT), citée par Algerie Eco, l’Algérie devra investir entre 2 et 3 milliards de dollars pour couvrir 60 % du territoire d’ici 2030. Les opérateurs, déjà endettés, pourraient reporter ces investissements sans garanties de rentabilité. Djezzy, par exemple, a enregistré une baisse de 12 % de ses revenus en 2024, selon son rapport annuel.
Réactions des consommateurs
Les associations de consommateurs, comme l’Organisation nationale de défense des consommateurs (ONDC), réclament une « transparence totale » sur les tarifs et la couverture. « Les Algériens ne doivent pas payer pour une technologie qu’ils ne peuvent pas utiliser », déclare son président, Mustapha Zebdi, dans une interview à El Watan en août 2025.
Prochaines étapes
Enfin, la question du financement reste en suspens. Le Fonds national d’investissement (FNI), dirigé par Abdelhakim Berrah, pourrait participer au financement, mais aucune annonce n’a été faite. Sans plan clair, les opérateurs hésitent à engager des dépenses.
La 5G en Algérie semble donc plus proche qu’annoncée, mais son déploiement se heurte à des défis techniques, réglementaires et financiers. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si le pays parviendra à rattraper son retard sur ses voisins maghrébins.