Revue de presse : Hydrocarbures Algérie, Archéologie Algérie, Bourse Alger…

**L’Algérie à la croisée des temps : entre rente pétrolière et réveil des possibles**

L’Algérie contemporaine est un pays de paradoxes, où se superposent les strates d’un passé glorifié, d’un présent sous perfusion des hydrocarbures, et d’un futur incertain, mais traversé par des forces vives qui refusent de se laisser enfermer. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte où se mêlent dépendance économique, réveil culturel, tensions géopolitiques et aspirations démocratiques. Derrière la façade d’un État rentier, une société en ébullition cherche ses propres voies, entre héritage révolutionnaire et modernité contrainte. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard : chaque domaine, chaque événement, semble répondre à une logique systémique, où le pétrole, la mémoire et la jeunesse jouent les rôles principaux dans une pièce dont le dernier acte reste à écrire.

**1. L’éternel retour du pétrole : la malédiction des ressources et ses nouveaux visages**

L’OPEP+ augmente sa production malgré les tensions au Moyen-Orient, tandis que la France subit une hausse des prix du carburant liée aux soubresauts géopolitiques. Pour l’Algérie, cette actualité n’est pas qu’une donnée économique : c’est le rappel d’une dépendance structurelle, vieille de soixante ans, qui façonne le pays bien au-delà des simples recettes budgétaires. Les hydrocarbures ne sont pas seulement une source de revenus ; ils sont le socle d’un système politique où l’État, distributeur de rente, maintient un équilibre précaire entre stabilité sociale et clientélisme.

Pourtant, cette rente est aujourd’hui menacée. Les fluctuations des cours, la transition énergétique mondiale et les velléités d’indépendance des Émirats arabes unis – qui quittent l’OPEP+ – signalent un basculement. L’Algérie, dont le budget dépend à plus de 90 % des exportations d’hydrocarbures, se retrouve prise dans un étau : soit elle accélère sa diversification économique, soit elle risque l’effondrement à moyen terme. Or, les autres actualités révèlent une Algérie qui, malgré tout, tente de se réinventer.

La Bourse d’Alger, avec ses nouvelles règles de transparence et ses IPO annoncées, pourrait être un signe de cette diversification. Mais pour l’instant, elle reste un marché étriqué, dominé par des entreprises publiques peu enclines à la concurrence. Abdelhakim Berrah, président de la COSOB, parle d’ »alimenter le marché » – une métaphore qui en dit long : la Bourse algérienne est encore un ventre à nourrir, pas un écosystème dynamique. Le lien avec les hydrocarbures est évident : sans une économie diversifiée, les capitaux privés restent timides, et l’État continue de jouer les pompiers, distribuant les dividendes du pétrole pour éviter l’explosion sociale.

**2. Mémoire et résistance : l’archéologie, le cinéma et la littérature comme armes politiques**

Si l’économie algérienne est encore prisonnière de son passé pétrolier, la culture, elle, se tourne résolument vers l’avenir – ou du moins, vers une réappropriation du passé. La campagne de volontariat pour le patrimoine mondial 2024, les découvertes archéologiques à Casablanca (même si c’est au Maroc, le symbole est fort), et les débats autour du cinéma algérien entre 1973 et 1980 révèlent une société en quête de sens.

Le cinéma algérien, en particulier, est un miroir des luttes contemporaines. De La Bataille d’Alger (1966) à La Bataille de Jérusalem (un clin d’œil aux conflits actuels au Proche-Orient), le 7e art algérien reste un outil de résistance. Les réalisateurs d’aujourd’hui, comme ceux des années 1970, utilisent l’image pour contester, questionner, et surtout, pour rappeler que la révolution n’est jamais terminée. Le théâtre algérien de cette époque, décrit comme une « décennie d’innovation et de mémoire », était un espace de liberté dans un pays déjà verrouillé par le parti unique. Aujourd’hui, alors que l’Algérie célèbre son patrimoine tout en censurant certains débats, la culture reste un champ de bataille.

La littérature algérienne, elle aussi, porte cette double fonction : mémoire et subversion. Houaria, qui évoque les voix de la décennie noire, et les prises de position de Wassyla Tamzali sur Gaza, montrent que les écrivains algériens refusent l’amnésie. Tamzali, figure historique du féminisme algérien, lie explicitement la lutte des femmes à celle des Palestiniens, rappelant que les combats pour la justice sont indissociables. Cette interconnexion des luttes est un fil rouge : l’Algérie, qui a connu la colonisation, la guerre civile et l’autoritarisme, sait que la liberté se gagne sur tous les fronts.

**3. Les femmes, grandes absentes (et grandes résistantes) du récit algérien**

Le contraste est saisissant. Alors qu’en France, la ménopause devient un enjeu de santé publique et que les entreprises commencent à briser le tabou, en Algérie, le sujet reste largement ignoré. Pourtant, les femmes algériennes sont au cœur des transformations sociales, même si le système politique et économique les maintient dans l’ombre.

Le rapport parlementaire français sur la ménopause est révélateur : il montre comment un sujet longtemps considéré comme « privé » peut devenir un enjeu collectif. En Algérie, où les droits des femmes restent fragiles (malgré des avancées comme le code de la famille amendé en 2005), la ménopause est un non-sujet. Pourtant, les femmes algériennes sont en première ligne des mutations du pays : elles représentent 60 % des diplômés de l’enseignement supérieur, mais seulement 20 % de la main-d’œuvre formelle. Elles sont entrepreneuses dans l’informel, soignantes dans un système de santé sous-financé, et gardiennes de la mémoire familiale.

Le lien avec l’entrepreneuriat est ici crucial. Les actualités sur le financement de la logistique en Afrique ou les plateformes de paiement digital au Nigeria et au Maroc montrent que l’Algérie est en retard sur la révolution financière. Pourtant, les femmes algériennes, souvent exclues des circuits bancaires traditionnels, pourraient être les actrices majeures de cette transition. Mais pour cela, il faudrait que l’État cesse de les considérer comme des variables d’ajustement et commence à investir dans leur autonomie.

**4. Technologie et souveraineté : l’Algérie à l’ère du data center et des dépendances numériques**

L’inauguration du data center d’Algérie Télécom à Constantine est un symbole fort : après des décennies de retard technologique, l’Algérie tente de rattraper son retard. Pourtant, cette avancée cache une réalité plus sombre : le pays reste dépendant des infrastructures étrangères, notamment chinoises et européennes.

Le sommet des ministres africains des TIC, où la Tunisie brille par sa participation, rappelle que l’Algérie est en compétition avec ses voisins pour attirer les investissements technologiques. Mais là encore, la question des hydrocarbures revient en boomerang : sans une économie diversifiée, les data centers risquent de rester des coquilles vides, des vitrines sans contenu.

La taxe sur les produits sucrés, évoquée dans le PLF 2023, est un autre signe de cette dépendance. L’Algérie, comme beaucoup de pays du Sud, subit les conséquences d’un modèle économique importé, où les multinationales dictent les règles. La technologie pourrait être un levier de souveraineté, mais à condition de rompre avec la logique rentière.

**5. Défense et géopolitique : l’Algérie entre Russie, Afrique et héritage révolutionnaire**

La défense nationale algérienne est un autre miroir des contradictions du pays. Alors que le Mali et Madagascar renforcent leurs liens avec la Russie, l’Algérie, elle, maintient une posture ambiguë : alliée historique de Moscou pour ses équipements militaires, mais aussi partenaire stratégique de l’Europe pour la sécurité énergétique.

Les actualités sur la répartition budgétaire au Mali (priorité à la défense au détriment de la santé et de l’éducation) résonnent avec la situation algérienne. L’Algérie dépense des milliards en armement, mais son système de santé est exsangue, et son système éducatif en crise. Cette priorité donnée à la défense n’est pas seulement une question de sécurité : c’est aussi une façon de maintenir le contrôle interne, dans un pays où l’armée reste l’institution la plus puissante.

Pourtant, l’Algérie n’est pas le Mali. Son histoire révolutionnaire, son rôle dans les luttes anticoloniales et sa position géostratégique en font un acteur incontournable en Afrique. Mais cette influence est menacée par les dynamiques régionales : la montée des groupes jihadistes au Sahel, la concurrence turque et russe, et les tensions avec le Maroc.

**6. Santé et pharmacie : le symptôme d’un système à bout de souffle**

Le nouveau traitement contre l’arthrose et l’appel à légiférer sur la préparation des médicaments en hôpitaux révèlent une crise profonde du système de santé algérien. Le Kenya, avec sa stratégie de fabrication locale de produits de santé, montre la voie : l’autonomie pharmaceutique est un enjeu de souveraineté.

En Algérie, la dépendance aux importations de médicaments est un scandale silencieux. Les pénuries sont récurrentes, et les hôpitaux publics, sous-financés, peinent à soigner une population vieillissante. Pourtant, le pays a les moyens de développer une industrie pharmaceutique locale : il suffit de regarder le succès des laboratoires tunisiens ou marocains.

Mais là encore, la logique rentière bloque tout. Pourquoi investir dans la santé quand on peut importer des médicaments avec les revenus du pétrole ? La réponse est simple : parce que la rente s’épuise, et que la jeunesse algérienne, elle, ne veut plus attendre.

**Synthèse prospective : l’Algérie face à ses démons et à ses espoirs**

L’Algérie de 2024 est un pays en tension, où se confrontent deux forces : d’un côté, un système rentier qui résiste, soutenu par les hydrocarbures et l’armée ; de l’autre, une société en ébullition, portée par une jeunesse éduquée, des femmes en quête d’émancipation, des artistes et des entrepreneurs qui refusent l’immobilisme.

Les prochaines années seront décisives. Trois scénarios se dessinent :

1. Le scénario de la stagnation : l’Algérie continue de vivre sur sa rente pétrolière, en maintenant un équilibre précaire entre stabilité sociale et répression. Les réformes économiques restent cosmétiques, et le pays s’enfonce dans une dépendance accrue aux importations. La jeunesse, frustrée, émigre ou se radicalise.

2. Le scénario du sursaut autoritaire : face aux tensions sociales, l’État durcit sa

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