L’ancien Premier ministre Abdelaziz Belkhadem a récemment relancé le débat sur la limitation des mandats présidentiels en Algérie, une question qui divise la classe politique depuis des années. Dans une déclaration rapportée par Jeune Afrique, Belkhadem a appelé à une révision constitutionnelle pour encadrer davantage le nombre de mandats successifs, évoquant la nécessité de « renouveler les élites » et d’éviter une concentration excessive du pouvoir.
Cette prise de position intervient dans un contexte où l’Algérie a déjà connu plusieurs modifications de sa Constitution, notamment en 2020, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune a fait adopter une réforme limitant le mandat présidentiel à deux quinquennats, consécutifs ou non. Cette mesure, présentée comme un gage de démocratie, avait été saluée par une partie de la société civile, mais critiquée par d’autres pour son caractère tardif et son application immédiate, permettant à Tebboune de briguer un second mandat en 2024.
Un débat récurrent dans la vie politique algérienne
Belkhadem, qui a lui-même occupé des fonctions politiques de premier plan sous Bouteflika, notamment en tant que Premier ministre et secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), semble aujourd’hui se positionner en faveur d’une réforme plus stricte. Selon Jeune Afrique, il aurait déclaré que « la limitation des mandats est une garantie contre l’usure du pouvoir et un moyen de préserver la stabilité du pays ». Une position qui contraste avec son passé politique, marqué par un soutien indéfectible à Bouteflika pendant des années.
Les réactions politiques et sociales
D’autres acteurs politiques, notamment au sein du FLN, ont adopté une position plus prudente. Le parti, qui reste un pilier du système politique algérien, n’a pas encore réagi officiellement à la déclaration de Belkhadem. Certains de ses membres, proches de l’actuel pouvoir, ont toutefois laissé entendre que cette question était « dépassée » depuis la réforme constitutionnelle de 2020.
Du côté de la société civile, les avis sont également partagés. Des associations comme le Collectif pour la défense des droits de l’homme (CNDH) ont appelé à une réflexion plus large sur la réforme des institutions, tandis que d’autres voix, comme celle de l’avocat et militant des droits de l’homme Mustapha Bouchachi, ont souligné que « la limitation des mandats ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une véritable séparation des pouvoirs et d’un contrôle indépendant de la justice ».
Les enjeux constitutionnels et juridiques
Pour Belkhadem, la solution passerait par une nouvelle révision constitutionnelle, cette fois-ci pour inscrire une limitation stricte et intangible des mandats. Une telle réforme nécessiterait cependant une large majorité au Parlement, où le parti présidentiel, le Front de libération nationale (FLN), et ses alliés détiennent une majorité confortable. Sans un consensus politique fort, cette proposition pourrait rester lettre morte.
Un débat qui dépasse la question des mandats
Le Hirak, bien que moins visible ces derniers mois, reste une force latente dans le paysage politique algérien. Ses revendications initiales, qui incluaient une refonte totale du système, n’ont pas été pleinement satisfaites. Dans ce contexte, la proposition de Belkhadem pourrait être perçue comme une tentative de répondre à ces attentes, mais aussi comme une manœuvre politique pour repositionner le FLN dans le débat national.
Les prochaines étapes
Si une réforme constitutionnelle devait être envisagée, elle nécessiterait un processus long et complexe, impliquant des consultations avec les différents acteurs politiques, juridiques et sociaux du pays. Dans un contexte marqué par des tensions économiques et sociales, notamment en raison de la baisse des revenus pétroliers, le pouvoir algérien pourrait hésiter à engager une telle réforme, de peur de déstabiliser davantage le pays.
Pour l’instant, le débat reste ouvert, et les prochains mois diront si la proposition de Belkhadem trouvera un écho au sein des institutions algériennes. Une chose est sûre : la question de la limitation des mandats présidentiels continuera de hanter la vie politique algérienne tant que des solutions durables ne seront pas trouvées.