L’usine algérienne de vaccins entre en phase décisive

L’Algérie franchit une étape clé dans son autonomie pharmaceutique avec l’avancement du projet d’usine nationale de production de vaccins. Selon L’Algérie Aujourd’hui, qui a révélé l’information fin décembre 2025, les travaux sur le site, situé dans la zone industrielle de Sidi Abdallah (wilaya d’Alger), ont atteint un stade critique. Le complexe, piloté par le groupe Saidal en partenariat avec des experts internationaux, devrait permettre au pays de produire localement des vaccins contre des maladies infectieuses, dont la grippe, la rage et, à terme, le Covid-19.

Un investissement stratégique
Le projet, lancé en 2021 sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, représente un investissement de plus de 50 milliards de dinars. Il s’inscrit dans la stratégie du ministère de l’Industrie pharmaceutique, dirigé par Lotfi Benbahmed, visant à réduire la dépendance aux importations de médicaments et de vaccins. En 2023, l’Algérie a dépensé près de 2 milliards de dollars pour importer des produits pharmaceutiques, selon les données de la Douane algérienne. L’usine de Sidi Abdallah devrait couvrir 60 % des besoins nationaux en vaccins d’ici 2027, selon les projections officielles.

Des partenariats techniques pour garantir la qualité
Pour assurer la conformité aux normes internationales, Saidal a signé des accords avec des laboratoires étrangers, dont le français Sanofi Pasteur et le chinois Sinovac. Ces partenariats incluent des transferts de technologie et la formation de techniciens algériens. « Nous travaillons avec des experts qui ont déjà supervisé des usines similaires en Afrique et au Moyen-Orient », a déclaré un responsable de Saidal sous couvert d’anonymat. Le site sera équipé de lignes de production automatisées, capables de produire jusqu’à 50 millions de doses par an.

Un enjeu de santé publique
L’Algérie a connu des tensions d’approvisionnement en vaccins lors de la pandémie de Covid-19, avec des retards dans les livraisons et des ruptures de stock. Le Dr Mohamed Yousfi, épidémiologiste au CHU Mustapha Pacha d’Alger, souligne l’importance du projet : « Avoir une production locale stable permettra de mieux gérer les campagnes de vaccination, notamment contre les maladies saisonnières comme la grippe. » Le ministère de la Santé, dirigé par Abdelhak Saihi, prévoit d’intégrer les vaccins produits localement dans le calendrier vaccinal national dès 2026.

Défis logistiques et réglementaires
Malgré l’optimisme des autorités, des obstacles persistent. La mise en conformité avec les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) nécessite des audits rigoureux, prévus pour le premier semestre 2026. Par ailleurs, la formation du personnel reste un défi : « Il faut former des centaines de techniciens et de pharmaciens industriels en un temps record », explique un cadre du secteur. Le gouvernement a lancé des programmes de formation en collaboration avec l’Institut national de la santé publique (INSP) et des universités algériennes.

Un modèle pour l’Afrique ?
Si le projet aboutit, l’Algérie pourrait devenir un hub régional de production de vaccins. Le Maroc et la Tunisie ont déjà manifesté leur intérêt pour des partenariats, selon des sources diplomatiques. Le ministre Benbahmed a évoqué lors d’une récente conférence de presse la possibilité d’exporter vers des pays africains, dans le cadre des accords de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). « Notre objectif n’est pas seulement de couvrir nos besoins, mais aussi de contribuer à la sécurité sanitaire du continent », a-t-il déclaré.

Prochaines étapes
Les tests de production devraient commencer en 2026, avec une première série de vaccins contre la grippe. Si les résultats sont concluants, la production à grande échelle démarrera en 2027. Le Premier ministre Nadir Larbaoui a récemment visité le site et insisté sur l’urgence de respecter les délais : « Ce projet est une priorité nationale. Nous ne pouvons pas nous permettre de retards. »

L’usine de Sidi Abdallah symbolise une ambition plus large : faire de l’Algérie un acteur majeur de l’industrie pharmaceutique en Afrique. Reste à voir si les promesses se concrétiseront dans les temps, alors que les attentes des citoyens et des professionnels de santé sont immenses.

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