Tebboune modifie la Constitution pour verrouiller le pouvoir

Cette semaine, le président Abdelmadjid Tebboune a engagé une révision technique de la Constitution algérienne, présentée par les autorités comme un renforcement de la démocratie. Selon l’Algérie Presse Service (APS), ces amendements visent à « consolider les mécanismes de gouvernance » et à « approfondir la pratique démocratique ». Pourtant, les détails révélés par des sources parlementaires et des juristes soulèvent des interrogations sur les véritables intentions du pouvoir.

Un processus accéléré sans débat public

Parmi les changements les plus discutés figure la suppression de la limite du nombre de mandats présidentiels pour les « pères fondateurs » de la République. Une disposition qui, selon des analystes politiques, pourrait permettre à Tebboune de briguer un troisième mandat en 2029, malgré l’article 88 de la Constitution actuelle qui limite le président à deux mandats consécutifs. Le juriste et constitutionnaliste Ahmed Betatache a déclaré à El Watan : « Cette exception est dangereuse. Elle crée un précédent qui affaiblit l’équilibre des pouvoirs et ouvre la porte à une personnalisation du régime. »

Des ajustements techniques ou un verrouillage institutionnel ?

Autre point sensible : la nomination des membres du Conseil constitutionnel. Actuellement, le président nomme trois des neuf membres, tandis que les autres sont désignés par le Parlement et le Conseil d’État. Les amendements proposés donneraient à Tebboune le pouvoir de nommer cinq membres, dont le président du Conseil. Pour le politologue Rachid Tlemçani, interrogé par Algerie Patriotique, « cette concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif est un recul démocratique. Le Conseil constitutionnel risque de devenir un simple organe de validation des décisions présidentielles. »

Réactions contrastées de la classe politique

À l’inverse, le FLN et le Rassemblement national démocratique (RND), partis alliés au pouvoir, ont salué ces amendements. Le secrétaire général du FLN, Abderrachid Boukerzaza, a déclaré à l’APS que ces changements « renforcent la stabilité de l’État et répondent aux aspirations du peuple ». Une position partagée par le RND, dont le chef, Tayeb Zitouni, a évoqué « une avancée nécessaire pour moderniser nos institutions ».

Un contexte régional et international tendu

Sur le plan international, la Russie a récemment réaffirmé son soutien à l’Algérie, comme l’a souligné Algerie Patriotique le 24 mars 2026. Dans un message adressé à Tebboune, le président russe Vladimir Poutine a salué « la stabilité et la souveraineté » de l’Algérie, un soutien interprété par certains observateurs comme une caution géopolitique aux réformes en cours. Pour le chercheur en relations internationales Hasni Abidi, « Moscou voit dans l’Algérie un partenaire clé en Afrique du Nord, et ces amendements ne devraient pas altérer cette relation ».

Quelles conséquences pour l’Algérie ?

Du côté de la société civile, les réactions sont prudentes. L’avocate et militante des droits humains Zoubida Assoul a déclaré à Liberté : « Ces amendements ne sont pas une surprise. Ils s’inscrivent dans une logique de recentralisation du pouvoir qui dure depuis des années. La question est de savoir si la rue algérienne acceptera cette nouvelle donne. » Une interrogation qui rappelle que, malgré les apparences, la stabilité politique en Algérie reste fragile.

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