L’Algérie accélère son recours aux eaux usées traitées pour irriguer les périmètres agricoles, une solution face à la raréfaction des ressources hydriques. Selon horizons.dz, cette alternative s’inscrit dans une stratégie nationale visant à optimiser l’utilisation des eaux non conventionnelles, notamment dans les régions souffrant de stress hydrique.
Une réponse à la pénurie d’eau
Le ministère des Ressources en eau et de la Sécurité hydrique a récemment mis en avant les stations d’épuration comme levier pour sécuriser l’irrigation. Les eaux usées, une fois traitées, représentent un potentiel sous-exploité : l’Algérie produit environ 1,2 milliard de mètres cubes d’eaux usées par an, mais seulement 30 % sont réutilisées, principalement pour l’arrosage des espaces verts. Le reste est rejeté dans la nature, souvent sans traitement adéquat, ou perdu dans des réseaux vétustes.
Les périmètres agricoles ciblés se concentrent dans les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, où les nappes phréatiques s’épuisent et les précipitations sont insuffisantes. À Ouargla, Adrar ou encore Biskra, des projets pilotes ont déjà été lancés pour évaluer l’efficacité de cette méthode. Les résultats préliminaires montrent une réduction de la pression sur les barrages et les forages, tout en maintenant des rendements agricoles stables.
Des défis techniques et sanitaires
La réutilisation des eaux usées épurées soulève cependant des questions techniques et sanitaires. Les normes algériennes imposent un traitement tertiaire – incluant filtration, désinfection et contrôle bactériologique – avant toute utilisation agricole. Or, selon des experts cités par horizons.dz, plusieurs stations d’épuration ne disposent pas encore des équipements nécessaires pour atteindre ce niveau de qualité. Le risque de contamination des sols et des cultures par des pathogènes ou des métaux lourds reste un sujet de préoccupation, notamment pour les cultures maraîchères consommées crues.
Pour y remédier, l’Office national de l’assainissement (ONA) a annoncé le renforcement des capacités de traitement dans une dizaine de wilayas d’ici 2027. Un investissement de 50 milliards de dinars a été alloué à la modernisation des infrastructures, avec l’appui de partenaires internationaux comme la Banque mondiale et l’Union européenne. Ces fonds serviront notamment à équiper les stations de systèmes de désinfection par ultraviolet et de membranes de filtration avancée.
Un modèle économique à consolider
L’adoption massive des eaux usées épurées dépend aussi de leur coût. Actuellement, le traitement d’un mètre cube d’eau usée revient en moyenne à 30 dinars, contre 15 dinars pour l’eau de barrage. Un écart qui freine les agriculteurs, déjà confrontés à la hausse des prix des intrants. Pour inciter à l’utilisation, le gouvernement envisage des subventions ciblées, comme des tarifs préférentiels pour les coopératives agricoles ou des aides à l’achat d’équipements d’irrigation goutte-à-goutte, plus adaptés aux eaux traitées.
Par ailleurs, la sensibilisation des acteurs locaux reste un enjeu clé. Dans certaines régions, les réticences culturelles persistent, les agriculteurs associant les eaux usées à des risques pour la santé. Des campagnes d’information, menées en collaboration avec les chambres d’agriculture, visent à démontrer la fiabilité des processus de traitement et les bénéfices environnementaux, comme la réduction de la pollution des oueds.
Une solution parmi d’autres
Si les eaux usées épurées offrent une alternative prometteuse, elles ne suffiront pas à elles seules à résoudre la crise hydrique algérienne. Le pays mise également sur le dessalement d’eau de mer, avec l’objectif de produire 2,5 millions de mètres cubes par jour d’ici 2030, et sur la réhabilitation des réseaux de distribution pour limiter les pertes, estimées à 30 % du volume transporté. La combinaison de ces approches pourrait permettre de couvrir jusqu’à 40 % des besoins agricoles d’ici 2035, selon les projections du ministère des Ressources en eau.
L’expérience algérienne s’inspire de modèles étrangers, comme celui d’Israël, où 85 % des eaux usées sont réutilisées pour l’irrigation. Toutefois, le succès de cette transition dépendra de la capacité à concilier innovation technologique, acceptation sociale et viabilité économique. Dans un contexte de changement climatique, où les sécheresses deviennent plus fréquentes, l’Algérie n’a d’autre choix que d’explorer toutes les pistes pour préserver son agriculture et sa sécurité alimentaire.