Abidjan, Côte d’Ivoire – Le centre AHOU a récemment appelé à l’application stricte de la loi sur le quota de 30 % de femmes dans les listes électorales en vue des législatives de 2025 en Côte d’Ivoire. Selon Agence Ivoirienne de Presse (AIP), cette demande s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays africains, dont l’Algérie, tentent de renforcer la participation féminine dans les instances politiques.
La loi ivoirienne, adoptée en 2019, impose un minimum de 30 % de candidates sur les listes électorales, mais son application reste inégale. Le centre AHOU, une organisation de la société civile ivoirienne, souligne que cette disposition légale n’a pas encore produit les effets escomptés. Lors d’une conférence de presse tenue fin décembre, ses responsables ont insisté sur la nécessité de sanctions contre les partis politiques qui ne respecteraient pas ce quota. « Les textes existent, mais leur mise en œuvre fait défaut. Sans mécanismes coercitifs, les engagements resteront lettre morte », a déclaré une porte-parole du centre, citée par l’AIP.
Cette situation en Côte d’Ivoire résonne avec les défis que rencontre l’Algérie en matière de représentation féminine. Bien que le pays ait adopté en 2012 une loi imposant un quota de 30 % de femmes dans les assemblées élues, les résultats restent contrastés. Aux législatives de 2021, les femmes ont représenté 26 % des députés, un chiffre en légère baisse par rapport aux élections de 2017 (27 %). Les partis politiques algériens, souvent critiqués pour leur manque de transparence dans la sélection des candidats, peinent à atteindre ce seuil, notamment dans les circonscriptions rurales où les traditions patriarcales persistent.
Des obstacles communs aux deux pays
Les enjeux dépassent la simple question des quotas. Une représentation équilibrée des genres dans les institutions permet une meilleure prise en compte des préoccupations des femmes, qui représentent plus de la moitié de la population. En Algérie, où les femmes jouent un rôle croissant dans l’économie et l’éducation, leur sous-représentation politique contraste avec leur influence sociale. Des études montrent que les assemblées avec une forte présence féminine adoptent davantage de lois favorables à l’égalité des sexes, comme celles sur la violence conjugale ou l’accès aux soins.
Quelles leçons pour l’Algérie ?
Enfin, la question des sanctions se pose avec acuité. En Côte d’Ivoire, certains partis ont déjà été menacés de rejet de leurs listes s’ils ne respectaient pas le quota. En Algérie, où les sanctions sont rarement appliquées, une telle mesure pourrait accélérer les progrès. Cependant, elle nécessiterait une volonté politique forte, ce qui fait souvent défaut.
Un modèle à adapter
Le centre AHOU a également souligné l’importance de la formation des femmes aux métiers de la politique. En Algérie, des initiatives comme les écoles de leadership féminin, soutenues par des organisations internationales, commencent à porter leurs fruits. Des figures comme Samia Zennadi, députée et membre du Conseil national des droits de l’homme, incarnent cette nouvelle génération de femmes politiques engagées.
Vers une dynamique régionale
Cependant, les quotas ne suffisent pas. Une véritable égalité passe par une transformation des structures politiques et sociales. En Côte d’Ivoire comme en Algérie, les femmes restent minoritaires dans les postes de décision au sein des partis, ce qui limite leur influence. La lutte pour une représentation équitable doit donc s’accompagner d’un travail de fond sur les mentalités et les pratiques institutionnelles.
En attendant les législatives ivoiriennes de 2025, le centre AHOU a annoncé qu’il publierait un rapport détaillé sur le respect des quotas par les partis. Une initiative qui pourrait servir de modèle pour des organisations algériennes comme le Collectif pour la promotion des droits des femmes, qui milite pour une application stricte de la loi de 2012. Dans les deux pays, la route vers la parité est encore longue, mais les mobilisations citoyennes et les pressions institutionnelles commencent à porter leurs fruits.