La championne olympique algérienne Imane Khelif a annoncé récemment son retrait de la boxe professionnelle, mettant fin à une carrière marquée par des performances historiques et des controverses virulentes. Cette décision intervient quelques semaines après les Jeux Olympiques de Paris 2024, où elle avait remporté la médaille d’or dans la catégorie des moins de 66 kg, devenant la première Algérienne à décrocher un titre olympique en boxe. Selon des déclarations relayées par La Dépêche, Khelif aurait « tout arrêté », épuisée par les attaques répétées sur son genre et son éligibilité à concourir dans la catégorie féminine.
La polémique avait éclaté dès son premier combat à Paris, lorsque sa rivale italienne Angela Carini avait abandonné après 46 secondes, invoquant une douleur insupportable. Les réseaux sociaux et certains médias internationaux avaient alors relayé des accusations infondées selon lesquelles Khelif serait un homme ou une athlète intersexuée, malgré les certifications officielles du Comité International Olympique (CIO) et de la Fédération Internationale de Boxe (IBA) confirmant son droit de concourir. Le CIO avait d’ailleurs réagi fermement, qualifiant ces attaques de « campagne de haine » et rappelant que Khelif répondait à tous les critères médicaux et réglementaires en vigueur.
En Algérie, la réaction a été unanime. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait félicité Khelif dès son titre olympique, la qualifiant de « fierté nationale » et annonçant une prime exceptionnelle de 100 millions de dinars (environ 700 000 euros), comme l’avait révélé La Gazette du Fennec. Le ministère de la Jeunesse et des Sports avait également salué son parcours, soulignant son rôle de modèle pour les jeunes Algériennes. Pourtant, malgré ce soutien institutionnel, Khelif a été la cible d’une campagne de harcèlement en ligne, avec des messages insultants et des menaces, poussant même certaines personnalités politiques algériennes à demander une protection renforcée pour l’athlète.
Un parcours sportif hors norme
Née le 2 mai 1999 à Tiaret, Imane Khelif a commencé la boxe à l’âge de 12 ans dans un club local, avant de rejoindre l’équipe nationale junior en 2016. Son ascension a été fulgurante : médaille d’or aux Championnats d’Afrique 2019, puis aux Jeux Africains de Rabat la même année. En 2022, elle remporte le titre mondial à Istanbul, devenant la première Algérienne championne du monde de boxe. Son style agressif et sa puissance physique, souvent comparés à ceux des boxeurs masculins, ont fait d’elle une figure incontournable de la discipline, mais ont aussi alimenté les débats sur les différences biologiques entre athlètes.
Lors des Jeux de Paris, Khelif a dominé ses adversaires avec une facilité déconcertante. En quart de finale, elle a battu la Marocaine Oumaïma Belahbib par KO technique en moins d’une minute, puis a écrasé la Thaïlandaise Janjaem Suwannapheng en demi-finale. En finale, elle a surclassé la Chinoise Yang Liu, remportant le titre avec un score sans appel de 5-0. Pourtant, ces performances n’ont pas suffi à faire taire les critiques, certaines voix allant jusqu’à remettre en cause la légitimité de sa médaille.
Les répercussions d’une polémique toxique
La controverse autour de Khelif a révélé les tensions persistantes autour des questions de genre dans le sport. Le CIO a rappelé que les critères d’éligibilité pour les athlètes féminines reposent sur des tests hormonaux et des évaluations médicales strictes, et que Khelif avait été autorisée à concourir après avoir passé ces examens. Pourtant, certains médias et personnalités politiques, notamment en Europe, ont continué à semer le doute, allant jusqu’à accuser l’Algérie de « tricher » pour remporter des médailles.
En Algérie, cette polémique a suscité une vague de solidarité. Des milliers d’internautes ont exprimé leur soutien à Khelif sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #ImaneKhelifNotreFierté, tandis que des artistes et intellectuels ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « racisme sportif ». Le chanteur Soolking a dédié une chanson à l’athlète, et l’écrivain Kamel Daoud a publié une tribune dans Le Point pour défendre « le droit de Khelif à exister sans être réduite à son corps ou à son genre ».
Un avenir incertain pour la boxe algérienne
Le retrait de Khelif laisse un vide dans la boxe algérienne, qui avait retrouvé une visibilité internationale grâce à ses performances. La Fédération Algérienne de Boxe (FAB) a annoncé qu’elle soutiendrait l’athlète dans ses projets futurs, sans préciser si elle envisageait une reconversion dans le coaching ou les médias. Interrogé par TSA, le président de la FAB, Mohamed Hattab, a déclaré que « l’Algérie perd une championne, mais gagne une icône qui a marqué l’histoire du sport national ».
Pourtant, cette affaire pose des questions plus larges sur la place des athlètes algériennes dans les sports de combat, où les préjugés sur la féminité et la performance restent tenaces. D’autres boxeuses algériennes, comme Hadjila Khelif (aucune parenté avec Imane) ou Ichrak Chaib, pourraient profiter de cette médiatisation pour briser les tabous, mais elles devront aussi faire face aux mêmes défis. La FAB a récemment lancé un programme de détection de jeunes talents féminins, avec l’objectif de former la prochaine génération de championnes.
Le sport algérien face à ses contradictions
L’histoire d’Imane Khelif met en lumière les contradictions du sport algérien, où les succès internationaux côtoient des réalités locales souvent difficiles. Si l’Algérie a produit des athlètes de classe mondiale dans des disciplines comme le judo (Tahar Belkacem), l’athlétisme (Djamel Sedjati) ou la gymnastique (Kaylia Nemour), les infrastructures et les moyens alloués aux sportifs restent insuffisants. La plupart des clubs de boxe, par exemple, manquent de matériel et d’entraîneurs qualifiés, et les athlètes doivent souvent s’exiler en Europe ou en Asie pour progresser.
Le cas de Khelif montre aussi comment le sport peut devenir un terrain de bataille politique et culturel. En Algérie, où le débat sur les droits des femmes et des minorités reste sensible, son parcours a été à la fois célébré et instrumentalisé. Certains y voient un symbole de l’émancipation féminine, tandis que d’autres, plus conservateurs, ont critiqué son choix de pratiquer un sport « masculin ». Pourtant, comme l’a rappelé la sociologue Fatma Oussedik dans une interview à El Watan, « le sport n’a pas de genre, il a des règles. Et Imane Khelif a respecté ces règles ».
Son retrait laisse donc un goût amer. D’un côté, l’Algérie perd une championne qui aurait pu inspirer des milliers de jeunes filles à se lancer dans la boxe. De l’autre, elle gagne une figure qui a forcé le pays à réfléchir sur des questions de genre, de performance et de justice sportive. Reste à savoir si cette polémique servira de leçon pour les prochaines générations d’athlètes algériennes, ou si elle ne sera qu’un épisode de plus dans l’histoire mouvementée du sport national.