La question des archives et des biens culturels entre l’Algérie et la France a resurgi avec force ces derniers jours, portée par une intervention médiatique de Ségolène Royal. L’ancienne ministre française et ex-candidate à la présidence a déclaré, dans des entretiens accordés à Afrik et La Patrie News, que « la France doit restituer les biens culturels et les archives » à l’Algérie. Ces propos, tenus fin janvier 2026, ont ravivé un dossier épineux, au cœur des tensions mémorielles entre les deux pays depuis des décennies.
Royal, qui a occupé le poste d’ambassadrice de France au Maroc entre 2022 et 2024, a souligné que cette restitution s’inscrivait dans une « démarche de vérité et de réconciliation ». Elle a notamment évoqué les archives de la période coloniale, conservées en France, ainsi que des objets culturels algériens détenus par des musées français. Selon elle, ces documents et artefacts « appartiennent au peuple algérien » et leur retour serait un geste politique fort pour apaiser les relations bilatérales.
Un dossier qui traîne depuis l’indépendance
Du côté algérien, les autorités ont régulièrement exigé le retour de ces documents. En 2020, le président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré que « la France doit assumer ses responsabilités historiques » et avait demandé la restitution des archives « sans condition ». Le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit a également multiplié les appels en ce sens, soulignant que ces documents sont essentiels pour écrire l’histoire nationale.
Les biens culturels, un autre point de friction
Ségolène Royal a insisté sur l’urgence de passer à l’action. « Il ne s’agit pas seulement de gestes symboliques, mais d’une reconnaissance concrète des droits de l’Algérie », a-t-elle déclaré. Elle a également évoqué la possibilité d’un « mécanisme bilatéral » pour accélérer les restitutions, sans donner plus de détails.
Réactions en Algérie et en France
En France, les réactions sont partagées. Certains responsables politiques, comme le député LFI Thomas Portes, ont salué les propos de Royal, estimant qu’ils allaient dans le sens d’une « réparation historique ». À l’inverse, des voix de droite et d’extrême droite ont critiqué une « repentance inutile ». Le député RN Julien Odoul a ainsi déclaré sur CNews que « la France n’a pas à s’excuser pour son histoire ».
Un enjeu au-delà de la mémoire
Pour la France, ce dossier est tout aussi sensible. Une restitution massive pourrait créer un précédent pour d’autres anciennes colonies, comme le Maroc ou la Tunisie, qui pourraient à leur tour réclamer des archives ou des biens culturels. Par ailleurs, certains documents pourraient révéler des aspects peu glorieux de la colonisation, alimentant les débats internes sur l’héritage colonial français.
Vers une avancée concrète ?
Une chose est sûre : ce dossier ne disparaîtra pas de sitôt. Tant que les archives et les biens culturels algériens resteront en France, la question mémorielle continuera de peser sur les relations entre Alger et Paris. Comme le résumait récemment l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, dans The Conversation : « La mémoire n’est pas un sujet secondaire. Elle est au cœur des relations franco-algériennes, et tant qu’elle ne sera pas apaisée, les tensions persisteront. »