La collection « Poèmes du monde », publiée récemment, offre un nouvel éclairage sur la diversité poétique à travers les continents. Selon En attendant Nadeau, cette anthologie dirigée par Habib Tengour, poète et anthropologue algérien, met en lumière des textes méconnus ou oubliés, tout en interrogeant les liens entre tradition et modernité. L’entretien accordé par Tengour révèle une démarche à la fois littéraire et politique, ancrée dans une réflexion sur la place de l’Algérie dans le paysage culturel mondial.
Une anthologie au carrefour des langues
Le poète insiste sur le rôle des traducteurs, souvent invisibilisés, dans la transmission de ces œuvres. « Une traduction n’est jamais neutre, elle est un acte de création à part entière », explique-t-il. Cette approche rejoint les débats actuels en Algérie sur la valorisation des langues nationales, notamment le tamazight, dont la reconnaissance officielle en 2002 a ouvert de nouvelles perspectives pour les écrivains et les chercheurs.
La poésie comme résistance et mémoire
La collection « Poèmes du monde » inclut d’ailleurs des textes de poètes algériens contemporains, comme Samira Negrouche ou Amin Khan, qui explorent les thèmes de l’exil, de l’identité et de la mémoire collective. Tengour souligne que ces voix, souvent marginalisées dans les circuits éditoriaux traditionnels, trouvent dans cette anthologie une visibilité nouvelle. « Il ne s’agit pas seulement de publier des poèmes, mais de créer des ponts entre les générations et les cultures », précise-t-il.
L’Algérie, un laboratoire littéraire
La collection « Poèmes du monde » s’inscrit dans cette logique en proposant une cartographie des influences poétiques à travers le temps et l’espace. Tengour évoque notamment l’importance des manuscrits anciens, comme ceux de la bibliothèque d’Al-Qarawiyyin à Fès, qui ont inspiré des générations de poètes. « Ces textes ne sont pas des reliques, mais des sources vivantes qui continuent de nourrir la création contemporaine », affirme-t-il.
Défis et enjeux pour la littérature algérienne
Par ailleurs, la question de la langue reste centrale. Bien que le français et l’arabe littéraire dominent la scène littéraire algérienne, le tamazight et les dialectes arabes gagnent en visibilité. Tengour voit dans cette diversité une richesse, mais aussi un défi pour les institutions culturelles, qui peinent parfois à accompagner ces évolutions. « La littérature algérienne doit refléter la complexité de notre société, sans se laisser enfermer dans des catégories rigides », estime-t-il.
Un projet ancré dans le présent
Cette démarche rejoint les initiatives récentes en Algérie, comme le festival « Poésie en mouvement » à Alger ou les résidences d’écrivains dans les wilayas. Tengour voit dans ces projets une opportunité de revitaliser le lien entre la littérature et la société. « La poésie peut être un outil de transformation sociale, à condition qu’elle soit partagée », conclut-il.
En attendant Nadeau met en lumière un travail qui dépasse le cadre strictement littéraire pour interroger les enjeux culturels et politiques de l’Algérie contemporaine. À travers cette collection, Habib Tengour rappelle que la poésie, loin d’être un art du passé, reste un langage vivant, capable de porter les espoirs et les contradictions d’une société en mouvement.