Djazagro 2024 réunit 650 exposants à Alger

Cette semaine, le Palais des Expositions d’Alger accueille la 26e édition du Salon international de l’agroalimentaire Djazagro. Selon la Radio algérienne, 650 exposants venus de 30 pays participent à l’événement, qui se tient du 22 au 25 avril. Le secteur agroalimentaire algérien, en pleine restructuration, trouve dans cette manifestation une vitrine pour ses produits et une plateforme pour attirer des investissements étrangers.

Parmi les exposants, 400 entreprises algériennes occupent près de 60 % de la surface d’exposition. Les filières phares du pays, comme les dattes, l’huile d’olive, les produits laitiers et les boissons, sont particulièrement mises en avant. La Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) a indiqué que plusieurs contrats de partenariat et d’exportation seront signés durant le salon, notamment avec des pays africains et européens. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a souligné lors de l’inauguration que Djazagro « renforce la position de l’Algérie comme hub agroalimentaire en Afrique du Nord ».

Un secteur en quête de diversification

L’Algérie importe encore près de 70 % de ses besoins en produits alimentaires, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS) pour 2023. Djazagro vise donc à réduire cette dépendance en encourageant la production locale. Plusieurs start-up algériennes spécialisées dans l’agro-technologie et la transformation des produits agricoles sont présentes cette année. Parmi elles, AgriTech Algérie, qui propose des solutions de traçabilité pour les dattes, et BioNutria, spécialisée dans les compléments alimentaires à base de plantes locales.

Les autorités misent aussi sur l’export. Le directeur général de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX), Mohamed Benmeradi, a annoncé que des accords commerciaux seront finalisés avec des distributeurs en France, en Italie et en Turquie. « L’objectif est d’atteindre 1 milliard de dollars d’exportations agroalimentaires d’ici 2026 », a-t-il déclaré à la presse. Les dattes algériennes, déjà exportées vers plus de 80 pays, représentent à elles seules 40 % des recettes d’exportation du secteur.

Les défis logistiques et réglementaires

Malgré ces avancées, le secteur agroalimentaire algérien fait face à des obstacles structurels. Les professionnels pointent du doigt les lenteurs administratives et les difficultés d’accès au financement. Un exposant du secteur laitier, sous couvert d’anonymat, a confié à El Watan que « les délais pour obtenir des autorisations d’exportation peuvent dépasser six mois, ce qui décourage les investisseurs ». Par ailleurs, les infrastructures de stockage et de transport restent insuffisantes, notamment pour les produits périssables.

Le gouvernement a récemment lancé des réformes pour simplifier les procédures. En mars 2024, le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a signé un décret visant à accélérer les démarches pour les entreprises agroalimentaires. Ce texte prévoit notamment la création de guichets uniques pour les exportateurs et l’allègement des contrôles sanitaires pour les produits certifiés. Cependant, son application sur le terrain tarde, selon plusieurs acteurs du secteur.

L’international en ligne de mire

Djazagro attire également des délégations étrangères, avec une forte présence des pays africains. Le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont envoyé des missions commerciales pour explorer les opportunités d’importation de produits algériens. Le Maroc, concurrent direct de l’Algérie sur plusieurs segments comme les agrumes et les conserves, est aussi présent, mais les échanges restent limités en raison des tensions diplomatiques entre les deux pays.

Du côté européen, l’Espagne et l’Italie, principaux fournisseurs de l’Algérie en machines agricoles et en technologies de transformation, profitent du salon pour promouvoir leurs équipements. La délégation espagnole, menée par l’Institut du commerce extérieur (ICEX), a organisé une conférence sur les « opportunités d’investissement en Algérie dans l’agro-industrie ». Plusieurs contrats de fourniture de lignes de production automatisées ont été signés avec des entreprises algériennes, comme la Société des laiteries modernes (SOLAM) et la Compagnie des dattes de Biskra (CDB).

Une vitrine pour les produits locaux

Djazagro met aussi en lumière des initiatives locales innovantes. À Tlemcen, la coopérative El Baraka produit des confitures et des sirops à base de figues de Barbarie, une culture en expansion dans la région. « Nous avons commencé avec 5 hectares en 2020, aujourd’hui nous en cultivons 50 et exportons vers la France et le Canada », explique son directeur, Karim Bouzidi. Autre exemple : la start-up Algérienne des protéines végétales (APV), basée à Sétif, qui transforme les légumineuses en substituts de viande pour le marché local et africain.

Le salon réserve une place importante aux produits bio, un segment en croissance. L’Algérie compte aujourd’hui plus de 10 000 hectares de terres cultivées en agriculture biologique, selon le ministère de l’Agriculture. Les oléiculteurs de Kabylie et les apiculteurs des Aurès exposent des huiles d’olive et des miels certifiés bio, très prisés sur les marchés européens. « La demande pour les produits algériens bio augmente de 20 % par an », affirme un exportateur présent à Djazagro.

Perspectives et attentes

Pour les organisateurs, Djazagro 2024 doit marquer un tournant dans la stratégie de développement du secteur agroalimentaire. Le président de la Fédération algérienne des industries agroalimentaires (FAIA), Abdelkader Bouazghi, a insisté sur la nécessité de « passer d’une logique de substitution aux importations à une logique d’exportation ». Il a appelé à renforcer les partenariats public-privé pour moderniser les infrastructures et former les agriculteurs aux nouvelles techniques.

Les prochains mois seront décisifs. Le gouvernement doit finaliser le plan « Horizon 2026 » pour l’agroalimentaire, qui prévoit des incitations fiscales pour les entreprises exportatrices et des subventions pour la recherche et développement. En parallèle, ALGEX prépare une campagne de promotion des produits algériens à l’étranger, avec des participations ciblées à des salons comme Anuga en Allemagne et SIAL à Paris.

Djazagro ferme ses portes ce jeudi, mais les enjeux qu’il soulève restent d’actualité. Entre ambitions exportatrices et défis structurels, le secteur agroalimentaire algérien cherche sa voie vers une croissance durable. Les 650 exposants repartiront avec des contrats en poche, mais aussi avec la certitude que le chemin vers la souveraineté alimentaire passe par l’innovation et la compétitivité.

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