Les rues du quartier Saint-Michel à Montréal, connu sous le nom de Petit Maghreb, s’animent chaque soir de Ramadan avec des effluves de pâtisseries algériennes et des échanges en darija. Selon La Voix du Maghreb, cette année encore, la communauté algérienne de la métropole canadienne a transformé le mois sacré en une vitrine vivante de sa culture culinaire, malgré les défis logistiques et la distance géographique.
Un quartier transformé en foyer algérien
Les restaurants algériens du quartier, tels que Café Mauresque et Chez Fatima, adaptent leurs menus pour l’occasion. Les traditionnelles chorba et rechta côtoient des plats revisités, comme des makrouds fourrés au Nutella ou des kalb el louz glacés, une innovation qui séduit autant les jeunes que les aînés. « Ramadan, c’est l’occasion de montrer que notre cuisine n’est pas figée. On peut innover tout en gardant l’âme des recettes de nos grands-mères », confie Leïla Amrani, cheffe au Café Mauresque.
Les pâtisseries, ambassadrices d’une identité
Les pâtisseries algériennes, souvent méconnues au Canada, gagnent en visibilité grâce à des initiatives comme le Festival des Saveurs du Maghreb, qui a lieu chaque année en juin. En 2024, le festival avait mis à l’honneur les desserts de Ramadan, attirant plus de 5 000 visiteurs. « Les Québécois découvrent que notre gastronomie va bien au-delà du couscous. Les makrouds de Constantine ou les kalb el louz de Batna les surprennent à chaque fois », souligne Farid Mekki, organisateur de l’événement.
Défis et enjeux pour la diaspora
Un autre enjeu est la préservation des traditions dans un contexte multiculturel. Les jeunes Algériens nés au Canada ou arrivés très jeunes peinent parfois à maîtriser les techniques de préparation des plats ancestraux. Des ateliers culinaires, comme ceux organisés par l’Association des femmes algériennes de Montréal, tentent de combler ce fossé. « On apprend aux adolescentes à faire la tamina ou à travailler la pâte des griwech. C’est une façon de garder le lien avec l’Algérie », explique Yamina Larbi, présidente de l’association.
Un pont entre deux rives
Cette dynamique reflète une réalité plus large : la diaspora algérienne, estimée à plus de 10 000 personnes à Montréal, joue un rôle croissant dans la promotion de la culture algérienne à l’étranger. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, avec des comptes comme Algériens de Montréal ou Cuisine d’Algérie qui partagent des recettes et des témoignages. « Chaque like, chaque partage, c’est une petite victoire pour notre patrimoine. Ramadan devient une vitrine mondiale », analyse Amine Belkacem, créateur du compte Cuisine d’Algérie.
L’Algérie à l’heure de la mondialisation culinaire
Des entrepreneurs algériens commencent à saisir cette opportunité. Des marques comme Dattes de l’Oued ou Thé de Blida misent sur des partenariats avec des distributeurs canadiens pour élargir leur clientèle. « Ramadan est une période clé. Si on arrive à fidéliser les clients pendant ces semaines, on peut espérer une croissance durable », explique Mourad Benameur, fondateur de Dattes de l’Oued.
À Montréal, le Petit Maghreb prouve que la cuisine algérienne peut séduire au-delà des frontières, à condition de surmonter les défis logistiques et de capitaliser sur son authenticité. Pour la communauté, chaque Ramadan est une occasion de rappeler que l’Algérie, malgré la distance, reste présente dans les assiettes, les conversations et les cœurs.