Cette semaine, Alger a ordonné à douze diplomates français de quitter le territoire national dans un délai de 48 heures, selon un reportage exclusif de l’agence Anadolu Ajansı. L’information, confirmée par plusieurs sources diplomatiques algériennes, marque une escalade sans précédent dans les relations entre l’Algérie et la France depuis la crise de 2021, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune avait rappelé son ambassadeur à Paris pour consultations.
Une mesure sans précédent depuis 2021
Le Quai d’Orsay n’a pas encore réagi officiellement, mais une source diplomatique française a confié à Le Monde que « cette mesure est disproportionnée et risque de compliquer davantage les relations bilatérales ». La France compte actuellement une cinquantaine de diplomates en Algérie, dont une partie pourrait être concernée par des restrictions similaires dans les prochains jours.
Les raisons d’une crise diplomatique
Ensuite, les tensions autour de la coopération sécuritaire et économique se sont aggravées. En mai 2025, la France avait annoncé la suspension partielle de ses livraisons d’armes à l’Algérie, officiellement pour des « raisons techniques ». Alger avait interprété cette décision comme une pression politique, d’autant que Paris avait parallèlement renforcé ses ventes d’armes au Maroc.
Enfin, la question des visas reste un sujet sensible. Depuis 2021, l’Algérie dénonce une « politique discriminatoire » de la France, qui a réduit de 50 % le nombre de visas accordés aux Algériens. En réponse, Alger avait gelé les accords de réadmission des migrants en situation irrégulière, une mesure toujours en vigueur.
Réactions et conséquences
Du côté français, les réactions sont partagées. Certains analystes, comme Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb, estiment que « cette expulsion est un signal fort envoyé par Alger pour rappeler à Paris que la relation ne peut plus être à sens unique ». D’autres, comme le député français Julien Aubert, appellent à une réponse ferme, évoquant « une provocation inacceptable ».
Vers une désescalade ?
Cependant, des canaux discrets pourraient être activés. Selon Jeune Afrique, des émissaires des deux pays se seraient rencontrés récemment à Tunis pour discuter d’une possible désescalade. Mais pour l’instant, aucune avancée concrète n’a été annoncée.
Cette crise intervient à un moment où l’Algérie cherche à diversifier ses partenariats, notamment avec l’Italie, l’Allemagne et la Russie. La visite du ministre des Affaires étrangères italien, Antonio Tajani, à Alger en mai 2025, ainsi que la signature d’un accord gazier avec l’Allemagne en juillet 2025, montrent que l’Algérie n’a pas l’intention de dépendre uniquement de la France.
Reste à savoir si Paris et Alger parviendront à trouver un terrain d’entente, ou si cette expulsion marquera le début d’une nouvelle ère de tensions durables.