Bruxelles mise sur le solaire algérien pour l’UE

L’Algérie pourrait devenir un fournisseur clé d’énergie solaire pour l’Union européenne (UE), selon une récente analyse publiée par Les Echos. Le journal économique français souligne qu’une portion du territoire algérien, exploitée pour l’énergie photovoltaïque, suffirait à couvrir l’intégralité des besoins électriques de l’UE. Cette perspective s’inscrit dans le cadre des efforts européens pour diversifier leurs sources d’approvisionnement énergétique, notamment après la réduction des importations de gaz russe.

Le potentiel solaire de l’Algérie est déjà reconnu. Avec un ensoleillement moyen de 2 500 à 3 000 heures par an et des zones désertiques étendues, le pays dispose d’atouts naturels pour développer des projets d’énergie renouvelable à grande échelle. Selon Les Echos, une surface de 10 000 km² – soit environ 0,4 % du territoire algérien – pourrait produire suffisamment d’électricité pour répondre à la demande européenne. Cette estimation repose sur des technologies photovoltaïques actuelles, avec un rendement moyen de 20 %.

La Sonelgaz, entreprise publique algérienne chargée de la production et de la distribution d’électricité, a déjà lancé plusieurs projets dans ce domaine. Parmi eux, la centrale solaire de Hassi R’Mel, d’une capacité de 150 mégawatts (MW), et celle de Ouargla, en cours de développement, qui devrait atteindre 1 000 MW. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du programme national des énergies renouvelables, qui vise à produire 15 000 MW d’électricité solaire d’ici 2035.

L’UE, de son côté, cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et à accélérer sa transition énergétique. Le plan REPowerEU, adopté en 2022, prévoit d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 45 % d’ici 2030. Dans ce contexte, l’Algérie pourrait jouer un rôle stratégique en exportant de l’électricité verte vers l’Europe via des interconnexions électriques. Un projet de câble sous-marin reliant l’Algérie à l’Italie, baptisé Elmed, est d’ailleurs en discussion. Ce dernier permettrait de transporter jusqu’à 1 000 MW d’électricité entre les deux rives de la Méditerranée.

Cependant, des défis subsistent. Le développement de l’énergie solaire en Algérie nécessite des investissements massifs dans les infrastructures de transport et de stockage de l’électricité. Selon un rapport de la Banque mondiale cité par L’Expression, le pays doit moderniser son réseau électrique pour éviter les pertes d’énergie et garantir une distribution stable. Par ailleurs, la coopération avec des partenaires internationaux, comme l’Inde, pourrait accélérer le transfert de technologies et de savoir-faire. En novembre 2025, New Delhi a exprimé son intérêt pour le sous-sol algérien, notamment dans les domaines des énergies renouvelables et des mines.

Sur le plan géopolitique, cette dynamique pourrait redessiner les équilibres énergétiques en Méditerranée. L’Algérie, qui a longtemps été un fournisseur majeur de gaz pour l’Europe, cherche à diversifier ses exportations en misant sur les énergies propres. Cette stratégie pourrait lui permettre de conserver son influence dans un marché en mutation, alors que des projets concurrents, comme le gazoduc Maroc-Nigeria, gagnent en visibilité.

Les autorités algériennes semblent conscientes de l’opportunité. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a récemment déclaré que l’Algérie était prête à devenir un hub énergétique régional, en combinant ses ressources en gaz naturel et son potentiel solaire. « Notre objectif est de positionner l’Algérie comme un acteur incontournable dans la transition énergétique mondiale », a-t-il affirmé lors d’un forum organisé à Alger en 2025.

Pour concrétiser cette ambition, des partenariats publics-privés pourraient être encouragés. Des entreprises européennes, comme l’allemande Siemens Energy ou l’espagnole Iberdrola, ont déjà manifesté leur intérêt pour des projets en Algérie. Ces collaborations permettraient de financer des infrastructures et de former une main-d’œuvre locale qualifiée.

Enfin, l’Algérie devra surmonter des obstacles internes, tels que la bureaucratie et les lenteurs administratives, qui freinent parfois les investissements étrangers. Selon des sources proches du secteur, les procédures d’obtention des permis pour les projets énergétiques peuvent prendre plusieurs années, ce qui décourage certains investisseurs. Une simplification des démarches serait donc nécessaire pour attirer davantage de capitaux.

En conclusion, l’Algérie dispose d’un potentiel solaire exceptionnel qui pourrait répondre aux besoins croissants de l’UE en énergie verte. Si les défis logistiques et administratifs sont surmontés, le pays pourrait devenir un pilier de la transition énergétique européenne, tout en diversifiant son économie. Les prochains mois seront décisifs pour voir si ces projets se concrétisent.

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