Revue de presse : Cinéma algérien, Artisanat algérien, Équipe nationale Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité en tension**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’oscillation permanente entre deux dynamiques : d’un côté, une Algérie qui se réapproprie son récit (cinéma, artisanat, culture) et tente de le projeter à l’international ; de l’autre, une Algérie en proie aux blocages structurels (chômage des jeunes, droits humains, dépendance économique) et aux ingérences extérieures. Entre ces deux pôles, le pouvoir politique semble chercher un équilibre précaire, jouant à la fois la carte de la souveraineté affichée et celle des compromis géostratégiques.

**LE CINÉMA, MIROIR DES TRAUMAS ET DES RÉSISTANCES**

Cette démarche n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation culturelle, où l’Algérie, après des décennies de silence imposé ou de récits officiels monolithiques, ose enfin regarder ses démons en face. Le film sur Fanon, psychiatre révolutionnaire ayant soigné les traumatisés de la guerre d’indépendance à Blida, est symptomatique : il rappelle que la décolonisation n’est pas seulement un processus politique, mais aussi une thérapie collective. Pourtant, cette effervescence artistique se heurte à un paradoxe : alors que le cinéma algérien rayonne à l’étranger, les salles locales peinent à exister, étouffées par un manque de financements et une censure larvée.

**ARTISANAT ET TOURISME : L’ALGÉRIE VENDUE À L’EXPORT, MAIS PAS À ELLE-MÊME**

Les 47 000 touristes ayant visité le Sahara en 2024-2025, bien que représentant une progression, restent une goutte d’eau comparés aux millions de visiteurs au Maroc ou en Tunisie. Le tourisme mémoriel en Kabylie, vanté comme une alternative, se heurte à un problème de fond : comment vendre l’histoire d’une région – la Kabylie, justement – dont les revendications identitaires sont systématiquement réprimées ? L’Algérie veut attirer les touristes, mais refuse de leur offrir une image cohérente de son propre récit national.

La mort de Bachir Yelles, doyen des plasticiens algériens, rappelle cruellement ce décalage. Figure majeure de l’art moderne algérien, il a passé sa vie à chercher un équilibre entre héritage traditionnel et avant-garde, sans jamais bénéficier d’un soutien institutionnel à la hauteur de son talent. Son œuvre, comme celle de tant d’autres, reste plus visible à Paris ou à New York qu’à Alger.

**LE FOOTBALL, THÉÂTRE DES AMBIVALENCES NATIONALES**

Le football algérien, historiquement un vecteur d’unité nationale (on se souvient de la victoire en Coupe d’Afrique 2019, célébrée comme une revanche symbolique), est aujourd’hui un champ de bataille géopolitique. Les rumeurs de coup de théâtre avant le Mondial 2026 – probablement liées à des pressions pour une qualification automatique en tant que pays hôte potentiel – montrent comment le sport est instrumentalisé par le pouvoir. Dans le même temps, la réception triomphale des joueurs de la RD Congo à Kinshasa rappelle à l’Algérie que son hégémonie sportive en Afrique n’est plus une évidence.

**GÉOPOLITIQUE : L’ALGÉRIE ENTRE SOUVERAINETÉ AFFICHÉE ET COMPROMIS OBLIGÉS**

Cette realpolitik algérienne se double d’une posture de puissance régionale. L’accusation selon laquelle l’Algérie serait une « zone de repli des organisations terroristes avec l’Iran » (une affirmation difficile à vérifier, mais révélatrice des tensions au Sahel) montre comment le pays est perçu : à la fois comme un acteur stabilisateur et comme un État susceptible d’être instrumentalisé par des puissances extérieures. Dans ce jeu d’échecs, l’Algérie tente de se positionner comme un médiateur en Libye, tout en évitant de froisser ses alliés traditionnels (Russie, Chine) et ses nouveaux partenaires (Qatar, Indonésie).

**JEUNESSE ET EMPLOI : LE GRAND PARADOXE ALGÉRIEN**

Le classement d’Allianz Trade plaçant l’Algérie parmi les pays à « risque élevé » pour les investisseurs étrangers est un camouflet. Pourtant, le pays dispose d’atouts majeurs : une main-d’œuvre qualifiée, des ressources naturelles abondantes, une position géostratégique. Le problème n’est pas une question de moyens, mais de gouvernance. Les jeunes Algériens, qui ont été les fers de lance du Hirak en 2019, sont aujourd’hui soit contraints à l’exil, soit réduits à des emplois précaires dans le secteur informel.

**URBANISME ET DROITS HUMAINS : LES DEUX VISAGES DE LA MODERNISATION**

Cette schizophrénie se retrouve dans le domaine des droits humains. Alors que le Maroc est critiqué pour sa loi « excessive » sur le droit de grève, l’Algérie, elle, maintient un arsenal répressif contre toute forme de contestation. Le mouvement syndical, comme le montre la mobilisation du STTP (Syndicat des travailleurs des transports), est systématiquement muselé. Pourtant, la jeunesse algérienne, connectée et informée, n’a plus les mêmes craintes que ses aînés. Le Hirak a prouvé que la rue pouvait faire reculer le pouvoir ; aujourd’hui, la question est de savoir si cette énergie pourra se structurer en une force politique durable.

**INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS : L’ALGÉRIE, TERRE DE CONVOITISES ET DE DÉFIS**

Le cas du Qatar, qui va « faire pousser du blé en Algérie », est emblématique. D’un côté, c’est une opportunité pour réduire la dépendance alimentaire du pays ; de l’autre, cela rappelle les accords inégaux de l’époque coloniale, où les terres algériennes étaient exploitées pour nourrir la métropole. L’Algérie a besoin de capitaux, mais à quel prix ? La question de la souveraineté économique reste entière.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : VERS UNE ALGÉRIE À DEUX VITESSES ?**

Laisser un commentaire