Le ministère de la Santé algérien a annoncé récemment le déploiement imminent de la télémédecine et de la lecture à distance des examens médicaux. Cette initiative, révélée par L’Algérie Aujourd’hui, marque une étape clé dans la modernisation du système de santé national, confronté à des défis logistiques et à une demande croissante en soins spécialisés.
Un projet piloté par les CHU
Le système s’appuiera sur une plateforme sécurisée développée en collaboration avec des entreprises locales spécialisées en santé numérique, comme Algeria Health Tech et MedSoft. Ces sociétés, soutenues par l’Agence nationale de promotion de la recherche (ANPR), ont déjà travaillé sur des projets similaires, comme la digitalisation des dossiers médicaux dans les hôpitaux de Blida et Sétif.
Des défis techniques et humains
Ensuite, la formation du personnel médical représente un enjeu majeur. Des ateliers ont été organisés en 2025 dans les CHU pour familiariser les médecins avec les outils de téléconsultation. « Certains praticiens, surtout les plus âgés, sont réticents à adopter ces nouvelles méthodes », confie un chef de service au CHU Mustapha Pacha. Pour y remédier, le ministère prévoit des sessions de sensibilisation et des partenariats avec des universités étrangères, comme l’Université de Montréal, pour former des « médecins numériques ».
Un cadre légal en construction
Par ailleurs, la protection des données médicales est une préoccupation centrale. Le ministère de la Santé collabore avec l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pour sécuriser les échanges entre hôpitaux. « Les cyberattaques contre les établissements de santé ont augmenté en 2025, comme le montre la suspension temporaire des services en ligne de plusieurs ministères en avril dernier », rappelle un expert en cybersécurité. Des audits seront menés dès 2026 pour évaluer la robustesse des systèmes.
Des retombées attendues pour les patients
Le projet inclut aussi la création de « maisons de santé numériques » dans les zones rurales. Ces structures, équipées de matériel de base (stéthoscopes connectés, appareils de mesure à distance), permettront aux infirmiers de transmettre des données en temps réel à des médecins situés dans les grands hôpitaux. « C’est une révolution pour les diabétiques ou les hypertendus, qui auront un suivi régulier sans se déplacer », souligne un responsable de l’Office national des statistiques (ONS).
Un modèle pour l'Afrique ?
Des discussions sont en cours avec des pays africains, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, pour exporter ce modèle. « L’Algérie a l’avantage d’avoir une infrastructure hospitalière solide et une expertise en ingénierie médicale », note un consultant de la Banque africaine de développement (BAD). Le Fonds africain pour les startups innovantes, lancé en septembre 2025, pourrait financer des projets similaires sur le continent.
Prochaines étapes
En parallèle, une campagne de communication sera lancée pour informer les citoyens des nouveaux services. « Beaucoup de patients ignorent encore que la téléconsultation existe. Nous allons utiliser les médias publics et les réseaux sociaux pour les sensibiliser », indique un responsable de la communication du ministère.
Si les défis restent nombreux, la télémédecine pourrait bien devenir l’un des piliers de la réforme du système de santé algérien. À condition, bien sûr, que les promesses technologiques se traduisent par des améliorations concrètes pour les patients.