Revue de presse : Recherche médicale Algérie, Startups Algérie, Histoire Algérie…

**L’Algérie en mouvement : un pays à l’épreuve de ses propres contradictions**

L’Algérie de 2024-2026 se présente comme un laboratoire des tensions modernes : un État pétrolier confronté à l’urgence climatique, une jeunesse entrepreneuse mais entravée par des structures économiques rigides, une mémoire historique qui oscille entre célébration et instrumentalisation, et une diplomatie qui cherche à s’affranchir des anciennes tutelles sans toujours y parvenir. Les actualités récentes dessinent une carte où se superposent héritages coloniaux, dépendance aux hydrocarbures, et velléités de rupture. Mais cette carte est-elle lisible ? Ou n’est-elle qu’un palimpseste où chaque couche efface partiellement la précédente, sans jamais la faire disparaître tout à fait ?

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unifié. L’Algérie avance par saccades, comme un moteur dont les cylindres ne s’enclencheraient pas tous en même temps. D’un côté, des signaux d’ouverture : start-up à la London Tech Week, coopératives agricoles modernisées, bourse en voie de libéralisation. De l’autre, des blocages structurels : une économie encore dépendante à 90% des hydrocarbures, un chômage des jeunes qui frôle les 30%, et une relation avec la France qui reste prisonnière d’un passé non soldé. Entre ces deux pôles, une question se pose : l’Algérie est-elle en train de négocier une transition, ou simplement de gérer une crise permanente ?

**Le pétrole, toujours : l’éternel retour de la malédiction rentière**

Sonatrach a publié son rapport annuel 2024, et les chiffres sont sans appel : malgré les discours sur la diversification, les hydrocarbures représentent toujours l’essentiel des recettes d’exportation. Le Niger, voisin et partenaire, affiche même un record de production (20,3 millions de barils en 2024), rappelant que la région reste un eldorado pour les majors pétrolières. Pourtant, cette manne est à double tranchant.

D’abord, parce qu’elle masque les faiblesses du reste de l’économie. Les recettes pétrolières financent les importations de denrées alimentaires (dont les dattes, pourtant produit phare de l’agriculture algérienne), les subventions énergétiques, et une partie des grands projets d’infrastructure (comme le tramway d’Alger, dont les interruptions de service révèlent les limites d’une gestion centralisée). Ensuite, parce qu’elle entretient une illusion : celle d’une prospérité durable. Or, le monde se détourne des énergies fossiles. L’Allemagne signe un accord sur la numérisation avec Alger, mais aussi avec le Maroc et la Tunisie, comme si elle cherchait à sécuriser des alternatives énergétiques et technologiques en Afrique du Nord. L’Algérie, elle, tarde à investir massivement dans les énergies renouvelables, malgré son potentiel solaire.

La contradiction est flagrante : alors que le pays mise sur les start-up et l’IA (avec des mises en garde comme celles de John Hopfield sur les risques de l’intelligence artificielle), son modèle économique reste ancré dans le XXe siècle. La rente pétrolière n’est pas seulement une source de revenus ; elle est une culture politique. Elle permet d’acheter la paix sociale (via les subventions), mais elle étouffe l’innovation. Comment concilier une économie de la connaissance et une économie de la rente ? C’est la question qui hante les couloirs du ministère des Finances, alors que le PLF 2026 prévoit une régularisation fiscale et une modernisation administrative… sans toucher aux fondamentaux du système.

**La jeunesse, entre précarité et entrepreneuriat : le grand écart algérien**

Kaymu devient le n°1 du e-commerce en Algérie, des start-up algériennes s’exportent à Londres, et Neira Dali Chaouch prône l’entrepreneuriat féminin. À première vue, une success story. Mais derrière ces succès ponctuels se cache une réalité plus sombre : le chômage des jeunes reste endémique, et les opportunités sont concentrées dans quelques niches (tech, agroalimentaire, services).

Le paradoxe est saisissant. L’Algérie dispose d’un capital humain jeune et éduqué, d’une diaspora dynamique, et d’un marché intérieur de 45 millions d’habitants. Pourtant, le taux de chômage des 15-24 ans dépasse les 28%, et les emplois créés sont souvent précaires. Pourquoi ? Parce que le système économique algérien est conçu pour absorber la main-d’œuvre dans le secteur public (où les salaires sont stables mais les perspectives limitées) ou dans l’informel (où la précarité règne). Les start-up, elles, restent des exceptions.

Pire : l’État encourage l’entrepreneuriat, mais sans en assumer les risques. Les incubateurs se multiplient, les discours sur l’innovation se généralisent, mais les financements publics restent timides, et les banques algériennes, frileuses, préfèrent prêter aux grandes entreprises qu’aux PME. Résultat : les jeunes entrepreneurs algériens doivent souvent compter sur des fonds étrangers (via des plateformes comme Kaymu, racheté par le groupe sud-africain Naspers) ou sur l’épargne familiale.

Cette schizophrénie révèle une faille profonde : l’Algérie veut moderniser son économie, mais sans toucher à ses structures de pouvoir. Les hydrocarbures financent les subventions qui maintiennent la paix sociale, mais elles étouffent aussi les secteurs productifs. Les start-up sont célébrées, mais leur succès dépend souvent de leur capacité à contourner les lourdeurs administratives. Quant aux femmes entrepreneures, elles doivent composer avec un environnement encore marqué par le patriarcat, malgré les discours officiels sur l’égalité.

**Mémoire et modernité : l’histoire comme champ de bataille**

L’actualité historique algérienne se résume à un titre : « Un saut qualitatif de la Révolution algérienne ». Formulation vague, mais révélatrice. Depuis 1962, l’histoire est en Algérie un enjeu politique majeur. Elle sert à légitimer le pouvoir, à unifier la nation, mais aussi à occulter les fractures.

Le problème, c’est que cette histoire officielle est de plus en plus contestée. Les jeunes générations, connectées et critiques, remettent en cause le récit héroïque de la guerre d’indépendance. Elles pointent les silences (sur les luttes internes au FLN, sur la répression des opposants après 1962, sur la corruption des élites) et les instrumentalisations (comme la récupération de la figure de Abdelhamid Ben Badis par le pouvoir actuel). Pourtant, l’État continue de promouvoir une histoire linéaire, où la Révolution est un bloc indépassable.

Cette tension entre mémoire et modernité se retrouve dans les relations avec la France. Aucun titre récent ne mentionne directement les contentieux historiques (restitution des archives, reconnaissance des crimes coloniaux, visas), mais leur ombre plane sur tous les accords bilatéraux. L’Allemagne, elle, signe un partenariat sur la numérisation, comme si elle cherchait à contourner les blocages franco-algériens. La France, de son côté, reste prisonnière de son passé : elle veut développer des relations économiques (notamment dans les énergies vertes), mais sans aborder les questions mémorielles.

L’Algérie est-elle condamnée à répéter les mêmes erreurs ? Pas nécessairement. Mais pour sortir de cette impasse, il faudrait une révolution culturelle : accepter que l’histoire soit un champ de débat, et non un dogme. Or, le pouvoir actuel semble plus enclin à instrumentaliser le passé qu’à le questionner.

**L’agriculture et les infrastructures : les oubliés de la diversification**

L’agriculture algérienne est un paradoxe à elle seule. Le pays dispose d’un potentiel énorme (dattes, céréales, élevage), mais il importe encore une grande partie de sa nourriture. Les dattes, produit phare, pourraient rapporter 1 milliard de dollars à l’export… si les coopératives agricoles étaient plus efficaces, et si les circuits de distribution étaient modernisés.

Le gouvernement a bien adopté un décret sur les coopératives, mais ces structures restent souvent inefficaces, faute de formation et de moyens. Quant au Salon international des dattes, il met en avant la diversité des variétés algériennes… sans toujours résoudre les problèmes de logistique et de commercialisation. Résultat : les dattes algériennes sont souvent vendues à bas prix, alors qu’elles pourraient être positionnées comme un produit haut de gamme.

Même constat pour les infrastructures. Le tramway d’Alger est un succès en termes de fréquentation, mais ses interruptions de service révèlent les limites d’une gestion centralisée et bureaucratique. La réouverture du chemin de wilaya CW-115 à Baraki est une bonne nouvelle pour les habitants, mais elle rappelle aussi que les infrastructures de base (routes, eau, électricité) restent un défi majeur, surtout en dehors des grandes villes.

Là encore, la contradiction est flagrante : l’Algérie a les moyens de développer son agriculture et ses infrastructures, mais elle peine à le faire de manière efficace. Pourquoi ? Parce que ces secteurs ne sont pas prioritaires pour les élites, qui préfèrent investir dans les hydrocarbures ou les grands projets urbains (comme le métro d’Alger). Pourtant, une agriculture moderne et des infrastructures performantes seraient des leviers majeurs pour réduire la dépendance aux importations et créer des emplois.

**La bourse d’Alger : libéralisation ou illusion ?**

L’ouverture du capital de la Banque de Développement Local (BDL) le 20 janvier est présentée comme une étape majeure de la libéralisation de l’économie algérienne. Kamel Mansouri, DG du Fonds National d’Investissement (FNI), affirme que les investissements s’alignent sur les priorités de l’État. Mais derrière ces annonces, se cache une réalité plus complexe.

D’abord, la bourse d’Alger reste marginale. Elle ne représente qu’une infime partie de l’économie algérienne, et les entreprises cotées sont souvent des filiales de groupes publics (comme Sonatrach ou Sonelgaz). Ensuite, la libéralisation est sélective : l’État garde le contrôle des secteurs stratégiques (énergie, télécoms, banques), tout en ouvrant timidement d’autres segments (comme les start-up ou les PME).

Cette approche hybride révèle une méfiance profonde envers le marché. L’Algérie veut attirer les investisseurs étrangers, mais sans perdre le contrôle de son économie. Résultat : les réformes sont lentes, et les investisseurs internationaux restent prudents. La rencontre sur la sécurité juridique, organisée récemment, montre que le pays cherche à rassurer, mais les obstacles sont nombreux (corruption, lourdeurs administratives, instabilité réglementaire).

La bourse d’Alger est-elle condamnée à rester un marché de niche ? Pas forcément. Mais pour qu’elle devienne un véritable levier de croissance, il faudrait une volonté politique forte, capable de rompre avec les logiques rentières. Or, rien n’indique que cette volonté existe.

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