Alger et Niamey redéfinissent la sécurité au Sahel

L’Algérie et le Niger ont engagé récemment une refonte profonde de leur coopération sécuritaire, marquant un tournant dans la gestion des crises au Sahel. Cette initiative, révélée par L’Algérie Aujourd’hui, intervient dans un contexte régional marqué par le retrait des forces occidentales et la montée en puissance des juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Alger et Niamey ont convenu d’un nouveau cadre opérationnel, axé sur le renseignement, la formation des forces armées nigériennes et le contrôle des frontières.

D’après des sources proches des négociations, citées par le média algérien, les deux pays ont acté la création d’un mécanisme conjoint de surveillance des flux transfrontaliers. Ce dispositif vise à contrer les mouvements des groupes armés, notamment ceux affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui exploitent les zones désertiques pour se déplacer entre le Mali, le Niger et la Libye. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a effectué une visite discrète à Niamey en février 2026, selon des informations confirmées par des responsables militaires des deux pays.

Une réponse aux dynamiques régionales changeantes

La coopération algéro-nigérienne s’inscrit dans une stratégie plus large d’Alger pour stabiliser le Sahel, alors que les alliances traditionnelles se recomposent. Le Mali, dirigé par la junte d’Assimi Goïta, a rompu ses accords militaires avec la France et s’est tourné vers la Russie, via le groupe Wagner. Le Burkina Faso, sous la direction d’Ibrahim Traoré, a suivi une trajectoire similaire. Dans ce paysage fragmenté, le Niger, dirigé par le général Abdourahamane Tchiani depuis le coup d’État de juillet 2023, cherche à diversifier ses partenariats pour éviter une dépendance exclusive envers Moscou.

Alger, qui partage une frontière de près de 1 000 kilomètres avec le Niger, a toujours privilégié une approche diplomatique et sécuritaire autonome, rejetant toute intervention étrangère sur son sol ou dans son voisinage immédiat. Cette position a été réaffirmée par le président Abdelmadjid Tebboune lors de son discours à la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies en 2023, où il avait souligné la nécessité d’une « solution africaine aux crises africaines ».

Formation et équipement au cœur du partenariat

Les discussions entre Alger et Niamey ont abouti à un accord prévoyant la formation de 500 soldats nigériens par des instructeurs algériens d’ici la fin de l’année. Ces stages, qui se dérouleront dans des centres spécialisés en Algérie, porteront sur la lutte antiterroriste, le déminage et la gestion des crises. Par ailleurs, l’Algérie fournira du matériel militaire, notamment des véhicules tout-terrain et des systèmes de communication sécurisés, selon des documents consultés par L’Algérie Aujourd’hui.

Cette assistance s’ajoute à une coopération déjà existante dans le domaine du renseignement. Les services algériens, réputés pour leur expertise dans la lutte contre les groupes jihadistes, partagent régulièrement des informations avec leurs homologues nigériens. Un officier supérieur de l’ANP, sous couvert d’anonymat, a indiqué que ces échanges avaient permis de déjouer plusieurs attaques dans la région de Tillabéri, frontalière avec le Mali et le Burkina Faso.

Un modèle alternatif à l’influence occidentale

Le renforcement des liens entre Alger et Niamey intervient alors que les États-Unis et la France réduisent leur présence militaire au Sahel. Washington a annoncé en 2024 le retrait de ses troupes du Niger, tandis que Paris a quitté le Mali et le Burkina Faso sous la pression des juntes au pouvoir. Dans ce vide stratégique, l’Algérie propose une alternative fondée sur la souveraineté des États et la non-ingérence, des principes qui résonnent auprès des régimes militaires de la région.

Cette approche a été saluée par plusieurs capitales africaines, dont Abuja et Accra, qui voient dans l’Algérie un acteur capable de jouer un rôle stabilisateur. Le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Mody, a déclaré lors d’une conférence de presse en février 2026 que « l’Algérie est un partenaire fiable, qui comprend les défis du Sahel et ne cherche pas à imposer ses vues ».

Les défis de la mise en œuvre

Malgré ces avancées, la coopération algéro-nigérienne doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier concerne les tensions persistantes entre le Niger et le Mali, qui accusent Niamey de soutenir des groupes armés hostiles à Bamako. Alger, qui entretient des relations tendues avec la junte malienne depuis le coup d’État de 2020, devra naviguer avec prudence pour éviter d’être perçue comme partie prenante dans ces rivalités.

Un autre défi réside dans la capacité des forces nigériennes à absorber l’aide algérienne. Les armées du Sahel souffrent de problèmes structurels, notamment un manque de coordination entre les différentes unités et une corruption endémique. Des experts en sécurité, interrogés par Mondafrique, estiment que l’efficacité de la coopération dépendra de la volonté politique des autorités nigériennes à réformer leurs institutions militaires.

Une vision à long terme pour le Sahel

Au-delà des aspects sécuritaires, Alger et Niamey ont également abordé des questions économiques et énergétiques. Le Niger, riche en uranium et en pétrole, cherche à diversifier ses partenaires pour exploiter ses ressources. L’Algérie, via la Sonatrach, a proposé son expertise dans le domaine des hydrocarbures, avec la possibilité de construire des infrastructures communes, comme un oléoduc reliant les deux pays.

Cette dimension économique pourrait renforcer la stabilité régionale en offrant des alternatives aux populations locales, souvent recrutées par les groupes armés en raison du manque d’opportunités. Le Premier ministre algérien, Nadir Larbaoui, a souligné lors d’une rencontre avec son homologue nigérien en janvier 2026 que « la sécurité et le développement sont indissociables ».

Un rôle croissant pour l’Algérie en Afrique

La refonte du partenariat algéro-nigérien s’inscrit dans une dynamique plus large où l’Algérie cherche à étendre son influence en Afrique subsaharienne. Alger a récemment renforcé ses liens avec le Tchad, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, tout en jouant un rôle actif dans la médiation des crises, comme au Mali ou en Libye. Cette stratégie, portée par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, vise à positionner l’Algérie comme un acteur incontournable dans la résolution des conflits africains.

Pour le Niger, ce partenariat offre une bouffée d’oxygène dans un contexte régional instable. Le pays, l’un des plus pauvres du monde, fait face à une insécurité croissante et à des pressions migratoires. En s’alliant avec l’Algérie, Niamey espère bénéficier d’un soutien logistique et politique pour stabiliser son territoire et relancer son économie.

Vers une nouvelle architecture sécuritaire ?

Les initiatives algéro-nigériennes pourraient inspirer d’autres pays du Sahel à repenser leurs alliances. Le Burkina Faso, qui a rompu avec la France et se rapproche de la Russie, a exprimé son intérêt pour une coopération renforcée avec Alger. De son côté, le Tchad, dirigé par Mahamat Idriss Déby, a multiplié les contacts avec les autorités algériennes pour renforcer la sécurité dans la région du Lac Tchad.

Si cette dynamique se confirme, elle pourrait conduire à l’émergence d’un nouveau format sécuritaire au Sahel, centré sur les solutions africaines et la coopération Sud-Sud. Pour l’Algérie, cela représenterait une opportunité de consolider son leadership régional, tout en répondant aux attentes de ses partenaires africains en matière de stabilité et de développement.

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