Le groupe énergétique français Engie a récemment manifesté son intention de relancer les discussions autour d’un accord gazier avec l’Algérie, selon Leconomiste Maghrebin. Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la recherche de diversification des sources d’approvisionnement en gaz pour l’Europe, notamment après les tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, se positionne comme un partenaire stratégique pour Paris, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles russes.
Un accord en suspens depuis des années
L’Algérie, qui dispose des dixièmes réserves mondiales de gaz naturel, a vu ses exportations vers l’Europe augmenter depuis 2022, en réponse à la crise énergétique déclenchée par le conflit ukrainien. Les livraisons vers l’Italie et l’Espagne ont particulièrement progressé, faisant de ces deux pays les principaux bénéficiaires du gaz algérien. La France, quant à elle, reste un client historique, mais ses importations en provenance d’Algérie ont diminué ces dernières années au profit d’autres fournisseurs, comme la Norvège ou les États-Unis.
Des enjeux économiques et géopolitiques
Du côté français, l’enjeu est double. D’une part, Engie et les autorités françaises souhaitent sécuriser des approvisionnements stables à un prix compétitif, dans un marché marqué par la volatilité des cours. D’autre part, cette relance s’inscrit dans la stratégie européenne de réduction de la dépendance au gaz russe, qui représentait encore 40 % des importations de l’UE avant la guerre en Ukraine. L’Algérie, avec ses infrastructures existantes – comme le gazoduc Medgaz reliant directement l’Espagne – offre une alternative crédible et rapide à mettre en œuvre.
Les défis à surmonter
Un autre défi réside dans la capacité de l’Algérie à augmenter ses exportations sans compromettre sa sécurité énergétique interne. Le pays consomme près de la moitié de sa production de gaz pour répondre à la demande locale, notamment pour la production d’électricité. Avec une population en croissance et une industrie en développement, les besoins domestiques pourraient limiter les volumes disponibles pour l’exportation. Sonatrach a annoncé des investissements pour augmenter sa capacité de production, mais ces projets prendront plusieurs années avant de porter leurs fruits.
Enfin, la question des infrastructures reste cruciale. Bien que l’Algérie dispose de gazoducs vers l’Europe, leur capacité est limitée, et des projets comme le gazoduc Galsi, qui devait relier l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne, ont été abandonnés en raison de leur coût élevé. Engie pourrait être amené à participer au financement de nouvelles infrastructures ou à explorer des solutions alternatives, comme le gaz naturel liquéfié (GNL), pour contourner ces contraintes.
Une coopération au-delà du gaz
Par ailleurs, les deux parties pourraient explorer des collaborations dans l’hydrogène vert, un domaine en plein essor. L’Algérie dispose d’un potentiel solaire important, qui pourrait être exploité pour produire de l’hydrogène à bas coût. La France, qui a lancé sa stratégie nationale pour l’hydrogène en 2020, cherche des partenaires pour importer cette énergie propre à l’horizon 2030. Un accord gazier pourrait ainsi servir de tremplin pour une coopération plus large, intégrant les énergies renouvelables et les technologies vertes.
Un signal pour les relations bilatérales
Pour l’Algérie, cette relance est aussi l’occasion de montrer qu’elle reste un partenaire fiable pour l’Europe, malgré la concurrence croissante d’autres fournisseurs, comme les États-Unis, le Qatar ou l’Azerbaïdjan. Le pays mise sur sa proximité géographique et ses infrastructures existantes pour conserver sa part de marché, tout en diversifiant ses partenariats. La visite récente du ministre algérien de l’Énergie à Paris, où il a rencontré des responsables d’Engie et d’autres entreprises françaises, témoigne de cette volonté de renforcer la coopération énergétique.
En définitive, la relance des discussions entre Engie et Sonatrach pourrait marquer une nouvelle étape dans les relations énergétiques entre l’Algérie et la France. Si les défis sont nombreux, les opportunités le sont tout autant, tant pour l’économie algérienne que pour la sécurité énergétique européenne. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les deux parties parviendront à surmonter leurs divergences et à concrétiser un accord qui serve leurs intérêts mutuels.