Alger criminalise la colonisation française par une loi historique

Cette semaine, le Parlement algérien a adopté une loi qualifiant la colonisation française de crime contre l’humanité, une décision qui marque un tournant dans les relations entre Alger et Paris. Le texte, voté à une large majorité par l’Assemblée populaire nationale (APN) et le Conseil de la nation, prévoit des sanctions pénales contre toute personne, y compris des ressortissants français, qui minimiserait ou nierait les crimes commis pendant la période coloniale (1830-1962). Selon l’Agence presse service (APS), cette loi s’inscrit dans une volonté de « réparer les préjudices historiques » et de « consolider la mémoire nationale ».

Une réponse aux tensions diplomatiques récurrentes

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réagi en qualifiant la loi de « souveraine et légitime », soulignant que l’Algérie « ne tolérera plus aucune remise en cause de son histoire ». Dans une déclaration à la télévision nationale, il a précisé que cette législation s’appliquerait également aux chercheurs et historiens étrangers travaillant sur la période coloniale, qui devront désormais obtenir une autorisation préalable des autorités algériennes.

Des sanctions pénales sans précédent

Le président Abdelmadjid Tebboune a défendu cette initiative lors d’un discours à la nation, affirmant que « la mémoire n’est pas négociable ». Il a rappelé que l’Algérie avait déjà exigé des excuses officielles de la France pour les crimes coloniaux, une demande restée sans réponse concrète. « Nous ne cherchons pas la confrontation, mais nous ne permettrons plus que notre histoire soit falsifiée », a-t-il déclaré.

Réactions internationales et enjeux mémoriels

Du côté algérien, les associations de victimes de la colonisation ont salué cette loi. Le Collectif des familles de disparus (CFD) a qualifié cette décision de « victoire pour la justice ». Son président, Nacereddine Mekhfi, a déclaré à El Khabar que « cette loi est un premier pas vers la reconnaissance des souffrances endurées par des millions d’Algériens ». Cependant, certains juristes s’interrogent sur la faisabilité de son application, notamment pour les ressortissants français résidant hors d’Algérie.

Un impact sur les échanges économiques et culturels

Sur le plan culturel, la loi pourrait également affecter les programmes d’échanges universitaires et les coproductions cinématographiques. Le Festival du film francophone d’Angoulême, qui avait prévu une rétrospective sur le cinéma algérien en 2026, a déjà reporté son projet, selon Télérama. « Nous attendons des clarifications sur les implications de cette loi avant de poursuivre nos collaborations », a indiqué un organisateur du festival.

Vers une escalade ou une désescalade ?

Pour l’historien algérien Daho Djerbal, interrogé par El Moudjahid, cette loi s’inscrit dans une « stratégie de réappropriation de la mémoire nationale ». Il estime cependant que « la véritable réconciliation passera par des actes concrets, comme la restitution des archives et des restes mortuaires des résistants algériens conservés en France ». Du côté français, le gouvernement n’a pas encore indiqué s’il comptait répondre à cette initiative par des mesures similaires ou par un dialogue.

Une chose est sûre : cette loi relance le débat sur la responsabilité historique de la France en Algérie, un sujet qui divise encore les deux côtés de la Méditerranée.

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