Amnesty dénonce la répression accrue du Hirak en Algérie

En avril 2025, Amnesty International a publié un rapport alarmant sur l’intensification de la répression contre l’opposition pacifique en Algérie. L’organisation internationale, basée à Londres, documente une série d’arrestations, de poursuites judiciaires et de restrictions des libertés fondamentales ciblant les militants du Hirak, cinq ans après le début du mouvement de protestation populaire.

Selon le rapport d’Amnesty, intitulé « Algérie, Les autorités accentuent la répression de l’opposition pacifique », au moins 200 personnes ont été arrêtées depuis le début de l’année 2025 pour des motifs liés à l’expression d’opinions critiques ou à leur participation à des rassemblements non autorisés. Parmi elles, des figures emblématiques du Hirak, comme l’avocat et défenseur des droits humains Abdelkader Cheref, condamné en mars 2025 à trois ans de prison ferme pour « atteinte à l’unité nationale » après avoir dénoncé la corruption au sein des institutions publiques.

Des lois répressives au service de la censure

D’autres textes législatifs, comme la loi sur les associations de 2012 et celle sur les rassemblements publics de 2021, sont également pointés du doigt. Ces lois imposent des restrictions draconiennes à la liberté d’association et de réunion, obligeant les organisations à obtenir des autorisations préalables souvent refusées. En février 2025, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a vu son siège à Alger perquisitionné par les forces de sécurité, sous prétexte d’une « enquête administrative ». Aucun mandat n’a été présenté lors de l’opération, selon les témoignages recueillis par Amnesty.

La justice instrumentalisée contre les voix dissidentes

D’autres militants, comme Samir Belarbi et Fodil Boumala, ont également été condamnés à des peines de prison pour des motifs similaires. Belarbi, arrêté en novembre 2024, a écopé de quatre ans de prison pour « diffusion de fausses informations » après avoir partagé des vidéos montrant des manifestations réprimées par les forces de l’ordre. Boumala, quant à lui, a été condamné à trois ans de prison pour « outrage à corps constitué » après avoir critiqué la gestion de la crise économique par le gouvernement.

Les réseaux sociaux sous surveillance

Les arrestations pour des publications en ligne se multiplient. En février 2025, un étudiant de l’université de Tizi Ouzou, Walid Kechida, a été condamné à six mois de prison pour avoir partagé un meme jugé « offensant » envers le président Abdelmadjid Tebboune. Son avocat a qualifié cette condamnation de « dérisoire et disproportionnée », rappelant que la liberté d’expression est garantie par la Constitution algérienne.

Réactions internationales et silence des autorités algériennes

Les autorités algériennes n’ont pas réagi officiellement au rapport d’Amnesty. Cependant, dans une déclaration à l’Agence presse service (APS) en avril 2025, le ministre de la Justice, Abderrachid Tabi, a rejeté les « accusations infondées » des organisations internationales, affirmant que « l’Algérie est un État de droit où les libertés sont garanties ». Il a ajouté que les poursuites judiciaires visaient uniquement des « actes criminels » et non des opinions politiques.

Un mouvement Hirak toujours actif malgré la répression

Les militants interrogés par les médias indépendants soulignent que la répression n’a pas éteint la contestation, mais l’a poussée à se réorganiser. « On ne manifeste plus dans la rue, mais on continue à se battre sur les réseaux sociaux et dans les tribunaux », explique une militante de Béjaïa, qui préfère rester anonyme par crainte de représailles. « Le Hirak est un état d’esprit, pas seulement un mouvement de rue. »

Des défis persistants pour les droits humains

Pour les défenseurs des droits humains, la situation actuelle reflète un recul par rapport aux espoirs nés du Hirak. « En 2019, les Algériens réclamaient la liberté, la dignité et la justice sociale. Aujourd’hui, ils sont traqués pour avoir osé exprimer ces revendications », déplore un membre de la LADDH. « L’Algérie est à la croisée des chemins : soit elle choisit de respecter ses engagements internationaux, soit elle s’enfonce dans l’autoritarisme. »

Face à cette situation, les organisations de la société civile appellent à une mobilisation internationale pour faire pression sur les autorités algériennes. « La communauté internationale ne peut plus fermer les yeux sur ce qui se passe en Algérie », estime un responsable d’Amnesty. « Les partenaires de l’Algérie, notamment en Europe, doivent conditionner leur coopération à des progrès concrets en matière de droits humains. »

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