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**LE GRAND ÉCART : QUAND L’ALGÉRIE JOUE SUR TOUS LES TABLEAUX SANS EN MAÎTRISER AUCUN**
L’Algérie contemporaine se présente comme un pays en équilibre précaire, tiraillé entre des dynamiques contradictoires qui s’entrechoquent sans jamais se résoudre. D’un côté, une volonté affichée de modernisation économique – via les hydrocarbures, les infrastructures et la transition numérique – de l’autre, une crispation autoritaire qui étouffe les libertés et fragilise la cohésion sociale. Ces dix dernières actualités, loin d’être des faits isolés, dessinent les contours d’un système où les avancées technocratiques coexistent avec des reculs démocratiques, où les projets pharaoniques masquent des vulnérabilités structurelles, et où la souveraineté proclamée se heurte aux réalités géopolitiques et climatiques.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent. L’Algérie semble naviguer à vue, répondant aux urgences sans vision stratégique globale. Pourtant, en creusant, on découvre des fils rouges : la dépendance aux ressources naturelles, la centralisation du pouvoir, la tentation du contrôle social par l’infrastructure, et une méfiance viscérale envers toute forme d’autonomie citoyenne. Ces tensions ne sont pas nouvelles, mais elles atteignent aujourd’hui un point de rupture.
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**LES HYDROCARBURES, OU L’ILLUSION D’UNE SOUVERAINETÉ ÉTERNELLE**
L’Algérie mise plus que jamais sur ses réserves d’hydrocarbures pour financer sa transition économique. Le lancement du projet stratégique de Gara Djebilet, présenté comme une révolution minière, s’accompagne d’une ligne ferroviaire censée désenclaver le Sud et valoriser les ressources. Pourtant, cette dépendance aux matières premières rappelle les erreurs du passé : une économie rentière, vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux, et incapable de diversifier ses sources de revenus.
TotalEnergies et Exxon Mobil, deux géants occidentaux, reviennent en force sur le marché algérien. Le discours officiel vante une « souveraineté énergétique durable », mais la réalité est plus nuancée. Ces partenariats, s’ils apportent des capitaux et des technologies, renforcent aussi la dépendance envers des acteurs étrangers. L’Algérie joue un double jeu : elle cherche à attirer les investissements tout en maintenant un contrôle strict sur ses ressources. Mais jusqu’à quand cette équation tiendra-t-elle, surtout dans un contexte de transition énergétique mondiale qui marginalise progressivement les énergies fossiles ?
La contradiction est flagrante : l’Algérie mise sur le gaz et le pétrole pour financer sa modernisation, alors même que le monde se détourne de ces énergies. Gara Djebilet pourrait bien devenir un symbole – celui d’un pays qui mise sur le passé pour construire l’avenir.
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**LA 5G ET LES INFRASTRUCTURES : LE RÊVE TECHNOLOGIQUE AU SERVICE DU CONTRÔLE SOCIAL**
L’annonce de l’arrivée de la 5G en Algérie, portée par Djezzy, est présentée comme un « pas de géant » pour le réseau national. Pourtant, derrière cette avancée technologique se cache une réalité plus sombre : celle d’un État qui utilise les infrastructures comme outils de surveillance et de contrôle.
La 5G n’est pas qu’une question de débit internet. Elle est aussi un enjeu de souveraineté numérique. En Algérie, où les réseaux sociaux sont régulièrement bloqués et où les journalistes sont emprisonnés, cette technologie pourrait renforcer les capacités de censure et de traçage. Le lancement du nouveau site web de SETRAM pour le tramway d’Alger, présenté comme une amélioration de l’expérience client, s’inscrit dans la même logique : une modernisation de façade, où la transparence et l’efficacité servent aussi à mieux encadrer les déplacements et les comportements des citoyens.
Le métro d’Alger, dont les horaires sont prolongés, illustre cette ambivalence. D’un côté, une amélioration concrète pour les usagers ; de l’autre, une extension du contrôle urbain. Les infrastructures ne sont jamais neutres : elles reflètent les priorités politiques. En Algérie, elles servent avant tout à consolider le pouvoir central, quitte à étouffer les dynamiques locales.
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**L’EAU, OU LA GUERRE DES RESSOURCES QUI VIENT**
L’Algérie, la Tunisie et la Libye viennent de signer un accord pour une « exploitation équitable » des eaux souterraines du Sahara. Une avancée diplomatique, certes, mais qui masque une réalité alarmante : la crise hydrique est déjà là.
Les barrages algériens affichent des taux de remplissage inquiétants, malgré une légère amélioration. En Tunisie, les réserves ne dépassent pas 30,9%, et au Maroc, le barrage Al Massira atteint des niveaux de sécheresse inédits. L’Algérie se veut rassurante, affirmant que la saison estivale ne posera pas de problème d’alimentation en eau potable. Mais ces déclarations peinent à masquer l’urgence.
Le changement climatique frappe de plein fouet le Maghreb. Les sécheresses s’intensifient, les nappes phréatiques s’épuisent, et les tensions entre pays voisins risquent de s’exacerber. L’accord tripartite sur les eaux sahariennes est un premier pas, mais il ne résout pas le problème de fond : l’Algérie, comme ses voisins, n’a pas de plan B.
La dépendance aux eaux souterraines, tout comme celle aux hydrocarbures, est une bombe à retardement. Et si l’Algérie mise sur des projets comme Gara Djebilet pour relancer son économie, elle oublie que sans eau, aucune industrie ne peut fonctionner.
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**LES PME, VICTIMES COLLATÉRALES D’UN SYSTÈME RENTIER**
Les PME algériennes sont en crise. Les contrats d’apprentissage reculent, les aides publiques (pourtant colossales) ne parviennent pas à dynamiser le secteur, et les propositions des partis politiques pour les législatives 2024 restent floues.
Le problème est structurel : l’Algérie a bâti son économie sur la rente pétrolière, au détriment d’un tissu industriel et entrepreneurial solide. Les aides publiques, souvent mal ciblées, profitent davantage aux grandes entreprises qu’aux petites structures. Résultat : le chômage des jeunes reste endémique, et l’économie informelle prospère.
Les annonces sur Gara Djebilet ou la ligne ferroviaire vers Bechar sont spectaculaires, mais elles ne résoudront pas le problème des PME. Pire, elles risquent d’accaparer les ressources et l’attention, laissant les petites entreprises sur le carreau.
L’Algérie a besoin d’une révolution culturelle : passer d’une économie de rente à une économie de l’innovation. Mais pour cela, il faudrait libérer les énergies, encourager l’initiative privée et accepter une certaine dose de désordre créatif. Or, c’est précisément ce que le système actuel refuse.
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**LE PATRIMOINE, ENTRE CÉLÉBRATION ET INSTRUMENTALISATION**
L’Algérie met en avant son patrimoine avec fierté : Yennayer célébré à Tizi Ouzou, le Festival International de Street Painting, ou encore la participation au Salon international de l’Artisanat en Italie. Ces événements sont importants, car ils rappellent la richesse culturelle du pays.
Pourtant, cette mise en scène patrimoniale contraste avec la réalité du terrain. La répression des libertés culturelles est une constante : les artistes critiques sont censurés, les festivals indépendants étouffés, et les langues berbères, bien que reconnues, restent marginalisées dans l’espace public.
Le patrimoine algérien est ainsi instrumentalisé : il sert à projeter une image positive à l’international, tout en masquant les restrictions imposées aux créateurs locaux. On célèbre la culture, mais on musèle ceux qui la font vivre.
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**DROITS HUMAINS : L’ALGÉRIE DANS L’ENGRENAGE RÉPRESSIF**
Cinq ans après le Hirak, la répression se poursuit. Christophe Gleizes, journaliste français, est condamné dans un procès qui ressemble à une mise en scène géopolitique. Amnesty International dénonce une « répression de la dissidence » systématique, tandis qu’Article 19 appelle à protéger la liberté d’expression.
L’Algérie est engagée dans une dérive autoritaire qui rappelle les heures les plus sombres des années 1990. Les arrestations arbitraires, les procès expéditifs, les restrictions sur les médias : tout est fait pour étouffer toute velléité de contestation.
Pourtant, cette répression est contre-productive. Elle isole l’Algérie sur la scène internationale, décourage les investisseurs étrangers et alimente un mécontentement latent. Un pays qui emprisonne ses journalistes et muselle ses citoyens ne peut pas prétendre à la modernité.
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**
L’Algérie de 2024 est un pays schizophrène :
– D’un côté, une volonté de modernisation (5G, infrastructures, projets miniers) qui donne l’illusion d’un pays en marche.
– De l’autre, un système politique verrouillé, une économie dépendante des hydrocarbures, et une crise sociale et climatique qui s’aggrave.
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :
1. Le scénario de l’effondrement différé : L’Algérie continue sur sa lancée, misant sur les hydrocarbures et les grands projets, tout en réprimant les contestations. À moyen terme, la crise économique et sociale explose, conduisant à une instabilité chronique.
2. Le scénario de la rupture autoritaire : Le pouvoir se durcit encore, s’appuyant sur un nationalisme exacerbé et une alliance avec des partenaires non-occidentaux (Russie, Chine). La modernisation se fait au prix d’un contrôle social accru, et l’Algérie devient une dictature technocratique.
3. Le scénario de la renaissance démocratique : Sous la pression de la jeunesse et des classes moyennes, le régime engage des réformes profondes – libéralisation économique, ouverture politique, transition énergétique. Un pari risqué, mais le seul qui puisse éviter l’effondrement.
Aucun de ces scénarios n’est inéluctable. L’Algérie a encore les moyens d’éviter le pire. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique qui manque cruellement aujourd’hui.
La question n’est plus de savoir si l’Algérie va changer, mais comment. Et surtout, à quel prix.