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**L’Algérie face à son miroir : souveraineté ou schizophrénie systémique ?**
L’Algérie contemporaine se présente comme un pays en tension permanente entre deux récits. D’un côté, une rhétorique souveraine, martelée par le président Tebboune, qui insiste sur des « solutions africaines » et une « doctrine algérienne » intransigeante face aux ingérences extérieures. De l’autre, une réalité faite de dépendances économiques, de vulnérabilités climatiques et de contradictions internes qui minent cette prétention à l’autonomie. Les dix domaines d’actualité récents dessinent une carte où se superposent ambitions géopolitiques, urgences sociales et inerties bureaucratiques. Derrière les discours, une question persiste : l’Algérie est-elle en train de construire une résilience durable, ou se contente-t-elle de gérer des crises en cascade, sans vision transformatrice ?
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**L’eau et la poudre : quand le climat dicte la politique**
La sécheresse qui frappe le Maghreb n’épargne pas l’Algérie, mais c’est dans le contraste avec ses voisins que se révèle sa vulnérabilité. Les barrages tunisiens et marocains affichent des taux de remplissage alarmants (30,9 % pour la Tunisie, des niveaux « inédits » pour Al Massira), tandis que l’Algérie se félicite d’une « alimentation stable en eau potable » pour l’été. Pourtant, cette apparente résilience cache une réalité plus sombre : le pays dépend encore massivement des nappes phréatiques surexploitées et des transferts d’eau coûteux, comme celui du barrage de Taksebt vers Alger.
Le paradoxe est saisissant. L’Algérie, qui se pose en leader africain sur les questions climatiques, reste prisonnière d’un modèle de gestion de l’eau hérité de l’ère coloniale – centralisé, technocratique et peu adapté aux aléas du réchauffement. Pire, cette crise hydrique se double d’une crise énergétique : les barrages, autrefois sources d’électricité, voient leur production chuter, forçant le pays à importer davantage de gaz pour ses centrales thermiques. La souveraineté énergétique, fierté nationale, se fissure sous les coups de boutoir du climat.
Et c’est là que le bât blesse : comment concilier une diplomatie africaine ambitieuse (Tebboune multiplie les appels à des « solutions endogènes ») avec une dépendance accrue aux technologies étrangères ? Le Maroc, lui, mise sur des partenariats avec Israël pour ses drones et ses usines de dessalement, tandis que l’Algérie, malgré ses réserves de gaz, peine à financer des infrastructures durables. La sécheresse n’est pas qu’une question technique – elle est politique. Elle révèle l’incapacité du système à penser une transition écologique qui ne soit pas un simple slogan.
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**La souveraineté en trompe-l’œil : armée, investissements et dépendances invisibles**
L’Algérie aime se présenter comme une puissance militaire autonome, mais les récentes acquisitions marocaines de drones israéliens (Wing Loong II et drones kamikazes) ont fait l’effet d’un électrochoc. Le royaume chérifien, longtemps considéré comme un rival secondaire, accélère sa modernisation avec l’appui de Tel-Aviv, tandis que l’Algérie, malgré son budget militaire colossal (10 % du PIB), reste dépendante de la Russie pour ses équipements. Le contraste est cruel : le Maroc mise sur l’innovation et les partenariats occidentaux, l’Algérie sur une doctrine de dissuasion héritée de la Guerre froide.
Cette vulnérabilité militaire se double d’une fragilité économique. Les investissements étrangers en Algérie restent dominés par la France, malgré une baisse de l’emploi local. Les États-Unis, eux, réduisent leurs engagements industriels en 2024, tandis que le Maroc s’impose comme « puissance d’investissement stable » selon le WTIIA. L’Algérie, elle, peine à attirer des capitaux hors des hydrocarbures – et pour cause : son code des investissements, révisé en 2022, reste perçu comme trop restrictif par les multinationales.
Le gouvernement algérien répond à ces défis par une rhétorique de souveraineté économique, mais les faits sont têtus. Le pays importe massivement des produits alimentaires (30 % de ses besoins en blé viennent de l’étranger) et ses réserves de change, gonflées par les hydrocarbures, fondent à vue d’œil. La « diversification économique », promise depuis des décennies, se heurte à une bureaucratie sclérosée et à un secteur privé anémié. Résultat : l’Algérie reste un géant aux pieds d’argile, capable de tenir tête à la France sur le dossier du Sahara occidental, mais incapable de produire ses propres médicaments ou ses propres puces électroniques.
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**Santé et éducation : le miroir brisé de la jeunesse algérienne**
La grève des étudiants en médecine est un symptôme parmi d’autres d’un système de santé à l’agonie. Le ministère de la Santé a annoncé une réduction du nombre d’admis en médecine dès 2025, sous prétexte de « rationaliser les ressources ». Pourtant, le pays manque cruellement de praticiens, surtout dans les zones rurales. Les hôpitaux algériens, autrefois fierté du système socialiste, sont aujourd’hui sous-équipés, sous-financés et minés par la corruption.
La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, lancée en grande pompe, cache mal les ratés de la prévention. Le papillomavirus, responsable de cancers du col de l’utérus, fait l’objet d’une campagne « semée d’embûches » – manque de sensibilisation, réticences culturelles, logistique défaillante. Pendant ce temps, les cliniques privées, réservées à une élite, prospèrent, creusant les inégalités.
Le lien avec l’éducation est direct. Les étudiants en médecine en grève dénoncent un système où les concours sont truqués, les stages inexistants et les salaires de misère. Comment former une nouvelle génération de soignants quand l’université algérienne, sous-financée, produit des diplômés sans débouchés ? Le pays exporte ses cerveaux (des milliers de médecins algériens travaillent en France ou au Canada), mais ne parvient pas à retenir ses talents.
Cette fuite des compétences est d’autant plus dramatique qu’elle touche tous les secteurs. Les ingénieurs quittent le pays, les chercheurs publient à l’étranger, et les entreprises algériennes peinent à recruter des cadres compétents. Le gouvernement répond par des mesures cosmétiques – comme la « nationalisation » des postes de direction dans les entreprises publiques – mais sans s’attaquer au cœur du problème : un système éducatif qui ne forme plus pour l’innovation, mais pour la soumission.
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**Élections et travaux publics : la démocratie des chantiers**
Les élections en Algérie sont un théâtre bien rodé. « Les caravanes électorales passent, le pouvoir reste le même », résume un titre laconique. Le taux de participation, toujours mystérieux, est présenté comme un plébiscite par le régime, mais personne n’est dupe. En Guinée, l’opposition a appelé au boycott du référendum – sans succès. En Algérie, le scénario est similaire : une opposition divisée, une société civile muselée, et un pouvoir qui mise sur l’apathie plutôt que sur l’adhésion.
Pourtant, dans ce désert démocratique, les travaux publics font office de vitrine. La ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, promise depuis des années, voit enfin « son lancement imminent ». Les aéroports d’Oran et Tlemcen sont modernisés, le réseau routier est en cours de rénovation. Ces chantiers, souvent pharaoniques, servent de substitut à une véritable participation citoyenne. « Djellaoui insiste sur la préparation anticipée des projets », lit-on – comme si l’efficacité technique pouvait remplacer la légitimité politique.
Mais ces infrastructures, aussi nécessaires soient-elles, posent une question cruciale : à qui profitent-elles ? Les lignes ferroviaires relient les grandes villes, mais laissent de côté les zones rurales. Les aéroports modernes accueillent une élite voyageuse, tandis que les Algériens ordinaires peinent à se payer un billet d’avion. Les routes, enfin, sont souvent construites par des entreprises chinoises ou turques, avec des matériaux importés, dans une logique de dépendance accrue.
L’Algérie construit des cathédrales de béton, mais oublie de bâtir une société. Les élections sont des simulacres, les hôpitaux s’effondrent, et les jeunes fuient. Pourtant, le régime persiste à croire que le développement se mesure en kilomètres de voies ferrées ou en mètres cubes de béton. C’est une illusion dangereuse : sans justice sociale, sans liberté d’expression, sans redistribution des richesses, ces infrastructures ne seront que des tombeaux de l’espoir.
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**Histoire et mémoire : l’Algérie face à ses fantômes**
L’Algérie célèbre Yennayer, le Nouvel An amazigh, avec faste, et inscrit de nouvelles traditions au patrimoine de l’UNESCO. Pourtant, l’accès aux archives de la guerre d’indépendance reste un parcours du combattant. « Toujours des obstacles », titre un article – comme si le pays, incapable de regarder son passé en face, préférait se réfugier dans des célébrations folkloriques.
Cette schizophrénie mémorielle est révélatrice. L’Algérie officielle célèbre ses héros (Boudiaf, Ben Bella, Boumediene), mais refuse d’affronter les zones d’ombre – la répression des berbéristes dans les années 1980, les massacres des années 1990, la corruption endémique. Les archives, verrouillées, sont le symbole d’un pays qui craint sa propre histoire.
Pourtant, la mémoire est un enjeu crucial. Comment construire une identité nationale unifiée quand une partie de la population (les Kabyles, les Mozabites) se sent exclue du récit officiel ? Comment tourner la page du colonialisme quand les blessures restent ouvertes, des deux côtés de la Méditerranée ? L’Algérie, qui exige des excuses de la France, est incapable de faire son propre travail de vérité.
Cette incapacité à affronter le passé pèse sur le présent. Les jeunes Algériens, nés après la guerre, sont en quête de sens. Ils se tournent vers l’islam politique, les réseaux sociaux ou l’exil, faute de trouver dans l’histoire officielle une réponse à leurs interrogations. Le Hirak, en 2019, a montré que la jeunesse algérienne n’accepte plus les mensonges d’État. Mais le régime, lui, persiste à croire que la mémoire est une affaire de décrets, et non de débats.
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**2030 : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2025 est un pays de contrastes violents. D’un côté, une rhétorique souveraine, une armée puissante (sur le papier), des infrastructures en construction. De