Laeticia Sellah défie les fromagers au Mondial 2025

Cette semaine, l’Algérie a marqué un tournant dans l’histoire de sa gastronomie en envoyant sa première représentante au Championnat mondial du fromage. Laeticia Sellah, fromagère basée à Tizi Ouzou, a porté les couleurs du pays face à 300 concurrents venus de 25 nations. D’après Maghreb Émergent, qui a suivi son parcours, Sellah a présenté trois variétés de fromages locaux : le klila de Kabylie, un fromage frais affiné au thym, et une version modernisée du jben aux herbes méditerranéennes. Son stand, décoré aux motifs berbères, a attiré l’attention des jurys internationaux, dont celui du guide Gault & Millau.

Un savoir-faire algérien méconnu

Le ministère du Tourisme et de l’Artisanat a soutenu son projet à hauteur de 5 millions de dinars, couvrant les frais de transport et d’hébergement à Lyon, où se tenait la compétition. « C’est la première fois qu’un produit algérien est exposé dans un tel événement. Cela prouve que notre artisanat peut rivaliser avec les standards européens », déclare Kamel Chorfi, directeur de l’artisanat au ministère, cité par l’APS.

Des défis logistiques et culturels

Autre défi : le transport. Les fromages, sensibles aux variations de température, ont voyagé dans des caisses isothermes spécialement conçues pour l’occasion. « Un seul écart de température aurait pu altérer leur qualité. Nous avons dû négocier avec Air Algérie pour un vol direct et un espace réfrigéré », précise son associé, Rachid Benali.

Un impact économique local

À Tizi Ouzou, les autorités locales voient dans ce succès une opportunité pour développer l’agrotourisme. « Nous envisageons de créer une route des fromages, avec des visites d’ateliers et des dégustations », annonce le wali de la wilaya, Mohamed Bouderbali. Un projet soutenu par la Chambre de commerce et d’industrie de Tizi Ouzou, qui a déjà identifié cinq autres fromagers prêts à se lancer dans l’export.

Une reconnaissance internationale

Cette visibilité a attiré l’attention de distributeurs étrangers. Une enseigne française spécialisée dans les produits méditerranéens a contacté Sellah pour une collaboration. « Ils veulent importer 500 kilos par mois. C’est énorme pour nous », confie-t-elle. Une opportunité qui pourrait ouvrir la voie à d’autres exportations, notamment vers le Moyen-Orient, où la demande en produits halal est forte.

Vers une filière fromagère structurée

Plusieurs initiatives émergent pour accompagner les artisans. L’Institut technique des élevages (ITELV) a lancé un programme de formation en fromagerie traditionnelle, tandis que la Banque de développement local (BDL) propose des prêts à taux zéro pour l’achat de matériel. « L’objectif est de passer d’une production artisanale à une production semi-industrielle, sans perdre l’authenticité des recettes », explique un responsable de l’ITELV.

Un modèle pour les jeunes entrepreneurs

Son histoire a aussi mis en lumière le rôle des femmes dans l’artisanat alimentaire. Selon une étude de l’Office national des statistiques (ONS), 60 % des micro-entreprises agroalimentaires sont dirigées par des femmes, mais elles peinent à accéder aux financements. « Les banques hésitent à prêter à des projets considérés comme ‘risqués’. Le succès de Sellah pourrait changer la donne », analyse Samia Zennadi, économiste à l’Université d’Alger.

Prochaines étapes

Son atelier, autrefois discret, est désormais une étape incontournable pour les amateurs de gastronomie. « Les gens viennent de toute la région pour goûter nos fromages. Certains font même le déplacement depuis Alger », raconte son frère, qui gère la partie commerciale. Une reconnaissance qui dépasse les frontières : récemment, un chef étoilé marocain a commandé 20 kilos de klila pour son restaurant à Casablanca.

En attendant, les autorités algériennes semblent avoir pris conscience du potentiel de ce secteur. Le ministère du Commerce a annoncé la création d’un label « Fromage d’Algérie » d’ici la fin de l’année, une première étape vers une reconnaissance officielle des produits locaux. Une avancée qui pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère pour la gastronomie algérienne.

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