Récemment, une enquête publiée par Bladi.net révèle que le Maroc a dépensé près de 10 fois plus que l’Espagne en lobbying à Washington pour renforcer son influence auprès des décideurs américains. Cette stratégie, qui s’inscrit dans une dynamique de long terme, vise à consolider le soutien des États-Unis à la position marocaine sur le Sahara occidental, tout en marginalisant l’Algérie sur la scène internationale.
Selon le rapport, le royaume chérifien a investi massivement dans des cabinets de lobbying, des think tanks et des campagnes médiatiques pour façonner une image favorable auprès du Congrès et de l’administration américaine. Ces dépenses, estimées à plusieurs dizaines de millions de dollars, dépassent largement celles de pays comme l’Espagne, pourtant un partenaire historique des États-Unis en Europe. Cette offensive diplomatique et financière s’accompagne d’une coopération militaire et économique renforcée, comme en témoigne la visite récente de Christopher Landau, ancien ambassadeur américain au Mexique, et Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, rapportée par Le360.
Une alliance stratégique qui isole Alger
Les déclarations de Landau et Bourita mettent en lumière un partenariat multidimensionnel entre Rabat et Washington, couvrant des domaines aussi variés que la défense, l’économie et même l’exploration spatiale. Le Maroc, qui bénéficie depuis 2020 de la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental, cherche à ancrer cette position dans le paysage géopolitique international. Pour l’Algérie, cette alliance représente un défi majeur, d’autant que les États-Unis ont récemment réaffirmé leur soutien à une solution « autonome » sous souveraineté marocaine, une option rejetée par Alger.
La stratégie marocaine ne se limite pas à Washington. Rabat multiplie les accords avec des pays africains et européens, tout en cherchant à affaiblir le soutien à la cause sahraouie. En Afrique, le Maroc a réussi à convaincre plusieurs États de retirer leur reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), réduisant ainsi l’influence diplomatique de l’Algérie. En Europe, des pays comme l’Allemagne et l’Espagne ont ajusté leur position pour éviter de froisser Rabat, notamment sur les questions migratoires et énergétiques.
L’Algérie face à une diplomatie proactive
Face à cette offensive, l’Algérie a renforcé sa propre diplomatie, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Le président Abdelmadjid Tebboune a multiplié les visites officielles en Afrique subsaharienne, où l’Algérie cherche à consolider son rôle de partenaire économique et sécuritaire. Alger mise également sur son statut de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour défendre une solution politique conforme au droit international, basée sur l’autodétermination du peuple sahraoui.
Sur le plan économique, l’Algérie a accéléré ses projets d’intégration régionale, notamment avec la Tunisie et la Libye, pour contrer l’isolement imposé par le Maroc. Le gazoduc transsaharien, qui doit relier le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, est un exemple de cette stratégie visant à diversifier les partenariats et à réduire la dépendance aux routes commerciales contrôlées par Rabat.
Les limites de la guerre d’influence
Malgré les efforts marocains, plusieurs obstacles persistent. D’abord, la question du Sahara occidental reste un sujet de division au sein de la communauté internationale. Si les États-Unis soutiennent le plan d’autonomie marocain, d’autres pays, comme la Russie et plusieurs États africains, continuent de défendre le droit à l’autodétermination. Ensuite, les dépenses massives du Maroc en lobbying suscitent des critiques, notamment sur leur transparence. Aux États-Unis, des voix s’élèvent pour dénoncer l’influence excessive des lobbies étrangers sur la politique américaine.
Pour l’Algérie, l’enjeu est double : maintenir une position ferme sur le Sahara occidental tout en évitant une escalade militaire. Les tensions récurrentes à la frontière entre les deux pays, notamment après la rupture des relations diplomatiques en 2021, rappellent la fragilité de la situation. Selon RFI, cette rupture n’a pas eu d’impact significatif sur les échanges économiques, déjà quasi inexistants, mais elle a compliqué les efforts de coopération régionale.
Une rivalité qui dépasse le Sahara
La guerre d’influence entre Alger et Rabat ne se limite pas au Sahara occidental. Elle s’étend à d’autres dossiers, comme la compétition pour le leadership en Afrique du Nord ou la course aux partenariats énergétiques. Le Maroc mise sur son statut de hub économique et financier pour attirer les investissements, tandis que l’Algérie mise sur ses ressources gazières et son positionnement géostratégique.
Dans ce contexte, l’Algérie doit éviter de tomber dans le piège d’une surenchère coûteuse. Plutôt que de répondre aux dépenses marocaines en lobbying, Alger pourrait renforcer sa diplomatie publique en mettant en avant ses atouts économiques et son rôle stabilisateur dans la région. Une approche pragmatique, combinant fermeté sur les principes et ouverture aux partenariats, pourrait permettre à l’Algérie de contrer l’influence marocaine sans s’engager dans une course aux armements diplomatiques.
La bataille pour l’influence en Afrique et au-delà est loin d’être terminée. Pour l’Algérie, l’enjeu est de transformer cette rivalité en opportunité, en consolidant ses alliances et en diversifiant ses partenariats. La récente élection de l’Algérie au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, rapportée par Le Courrier du Vietnam, montre que le pays conserve une certaine crédibilité sur la scène internationale. Reste à savoir comment Alger utilisera cette position pour défendre ses intérêts face à un Maroc de plus en plus agressif sur le plan diplomatique.