Revue de presse : Cinéma algérien, Football algérien, Métro Alger…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

Ces dynamiques ne sont pas propres à l’Algérie, mais elles y prennent une acuité particulière, comme si le pays était condamné à incarner, en accéléré, les dilemmes du Sud global : comment concilier souveraineté et interdépendance ? Comment moderniser sans aliéner ? Comment innover sans reproduire les schémas de domination qui ont façonné son histoire ?

**Le cinéma, ultime rempart contre l’amnésie d’État**

Pourtant, cette vitalité contraste avec l’absence criante de l’Algérie au Festival de Cannes 2026, alors que la Tunisie y renforce sa présence. Faut-il y voir un désintérêt des institutions algériennes pour la diplomatie culturelle ? Ou plutôt la conséquence d’un système de production verrouillé, où les cinéastes indépendants peinent à trouver des financements, contraints de se tourner vers des coproductions étrangères (françaises, allemandes) qui imposent leurs propres récits ? Le paradoxe est cruel : l’Algérie, qui a enfanté des cinéastes majeurs (Lakhdar Hamina, Merzak Allouache), semble aujourd’hui reléguée au rôle de figurant dans son propre récit.

Cette marginalisation culturelle n’est pas anodine. Elle reflète une stratégie de soft power défaillante, où l’Algérie, contrairement à ses voisins maghrébins, peine à convertir son héritage révolutionnaire en capital symbolique. Quand Guillermo del Toro lance un « Fuck the AI » à Cannes, il rappelle que la bataille pour l’imaginaire est aussi une bataille technologique. Or, l’Algérie, qui mise sur le numérique (cf. coopération algéro-coréenne), semble ignorer que l’innovation ne se réduit pas à des infrastructures, mais passe aussi par la capacité à produire des récits qui résistent à l’uniformisation algorithmique.

**Football et métro : deux visages de l’État-providence en crise**

Pourtant, les deux domaines révèlent les limites d’un État-providence à bout de souffle. D’un côté, la Ligue 1 algérienne se prépare à une réforme (trois montées/descentes) qui, en théorie, devrait dynamiser le championnat. Mais dans les faits, cette mesure risque d’aggraver les inégalités entre clubs riches (soutenus par des sponsors étatiques ou des oligarques) et petits clubs, condamnés à une survie précaire. Le football algérien, comme son homologue burkinabé, est pris dans une logique de court terme : on réforme pour donner l’illusion du changement, sans s’attaquer aux racines du mal – la corruption, le clientélisme, l’absence de gouvernance transparente.

De l’autre, le métro d’Alger, symbole de la modernité urbaine, est devenu un cas d’école des dysfonctionnements structurels. Les polémiques récurrentes autour de son exploitation (retards, pannes, surcoûts) ne sont pas de simples problèmes techniques : elles révèlent une incapacité chronique à gérer des infrastructures complexes. Le métro, comme l’aéroport d’Alger ou les autoroutes, est un monument à la gloire de l’État, mais un monument fragile, dont la maintenance est souvent confiée à des entreprises étrangères (chinoises, françaises) faute de compétences locales. Cette dépendance est d’autant plus humiliante que l’Algérie, pays pétrolier, a les moyens de former ses ingénieurs et de développer ses propres technologies. Mais le système préfère importer des solutions clés en main, plutôt que de risquer une autonomie qui menacerait les rentes de situation.

Ces deux exemples illustrent une crise de l’action publique : l’État algérien, héritier d’un modèle jacobin centralisateur, n’a pas su évoluer vers une gouvernance décentralisée et transparente. Résultat, il oscille entre méga-projets pharaoniques (métro, autoroutes, barrages) et négligence des services de base (éducation, santé, transports ruraux). Cette schizophrénie est d’autant plus dangereuse qu’elle alimente un ressentiment populaire qui, tôt ou tard, pourrait se retourner contre le régime.

**Innovation et numérique : l’Algérie entre dépendance et souveraineté**

Le cas du financement participatif est emblématique. Alors que la Tunisie lance une plateforme pour une centrale solaire, l’Algérie, pays du soleil, tarde à exploiter ce levier. Pourquoi ? Parce que le système bancaire algérien, verrouillé par des élites réticentes à toute innovation financière, préfère les prêts étatiques et les subventions opaques. Le financement participatif, en donnant du pouvoir aux citoyens, menace directement les rentes de situation qui structurent l’économie algérienne.

Cette méfiance envers les modèles collaboratifs se retrouve dans le domaine médical. L’Algérie passe à une « nouvelle étape » face aux défis sanitaires, mais cette transition reste top-down : elle est pilotée par des institutions (comme Novo Nordisk) et des experts (la Dr Boukrif), sans véritable implication des patients ou des chercheurs indépendants. Or, l’innovation médicale, pour être durable, doit s’appuyer sur des communautés de savoir – ce que permet, par exemple, la recherche clinique collaborative. Mais en Algérie, comme dans beaucoup de pays du Sud, la recherche est encore perçue comme un monopole d’État, ce qui étouffe la créativité.

Pourtant, des signaux faibles laissent entrevoir une possible rupture. La coopération algéro-coréenne dans le numérique pourrait, si elle est bien menée, permettre à l’Algérie de sauter des étapes technologiques (leapfrogging), comme l’a fait le Rwanda avec les drones médicaux. Mais cela suppose une volonté politique qui, pour l’instant, fait défaut. Le numérique algérien reste prisonnier d’une logique de contrôle (censure d’Internet, surveillance des réseaux sociaux) qui, en voulant protéger la stabilité du régime, étouffe l’innovation.

**Géopolitique maghrébine : l’Algérie, géant aux pieds d’argile**

Le premier obstacle est psychologique : l’Algérie, marquée par son histoire révolutionnaire, a du mal à accepter l’idée d’une interdépendance avec ses voisins. Elle préfère jouer les puissances solitaires, comme en témoigne son refus de rejoindre l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Pourtant, les défis actuels – changement climatique, migrations, terrorisme – exigent une coordination régionale. La Tunisie, avec ses projets de transition énergétique, montre la voie : elle mise sur des partenariats concrets (financement participatif, IA) pour renforcer sa résilience. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’une logique de souveraineté absolue, qui la condamne à l’isolement.

Le second obstacle est économique : l’Algérie dépend encore trop des hydrocarbures, ce qui la rend vulnérable aux fluctuations des marchés. Sa stratégie d’indépendance alimentaire, bien que louable, se heurte à des réalités agricoles difficiles (sécheresse, manque d’investissements). Pour réussir, elle devrait s’inspirer de modèles comme celui du Maroc, qui a su diversifier son économie (énergies renouvelables, automobile). Mais cela suppose une réforme en profondeur du secteur public, ce que le régime algérien, soucieux de préserver ses équilibres internes, n’est pas prêt à faire.

**Traditions et bourse : quand l’Algérie marchandise son identité**

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