Revue de presse : Armée algérienne, Entrepreneuriat Algérie, Eau Algérie…

**Le spectre de la guerre et l’économie des nerfs**

Cette pression militaire n’est pas sans conséquences intérieures. Elle légitime, chez les élites algériennes, un discours de l’urgence qui justifie à la fois le renforcement de l’appareil sécuritaire et le report des réformes structurelles. Pourtant, cette logique de la forteresse assiégée entre en contradiction avec les ambitions affichées de diversification économique. Comment promouvoir l’entrepreneuriat et l’innovation quand l’État, obsédé par la menace extérieure, privilégie les dépenses militaires au détriment des infrastructures civiles ? Le Salon national du jeune entrepreneur à Mascara, aussi louable soit-il, ressemble à une vitrine sans fondations : les start-ups agroalimentaires, si prometteuses soient-elles, butent sur des obstacles bureaucratiques et financiers que l’État ne semble pas pressé de lever. La modernisation de l’Algérie ne se décrète pas ; elle se construit. Or, aujourd’hui, elle est prise en étau entre la peur du voisin et l’inertie du système.

**L’eau, ou l’illusion de la souveraineté partagée**

Cette dépendance hydrique est un miroir grossissant des contradictions algériennes. D’un côté, l’État mise sur des mégaprojets comme la Grande Rivière artificielle en Libye (un chantier pharaonique qui pompe les nappes fossiles) pour affirmer sa puissance. De l’autre, il peine à moderniser ses réseaux de distribution, où les pertes en eau atteignent parfois 40 %. La gestion de l’eau, comme celle des hydrocarbures, reste prisonnière d’une logique extractiviste : on puise, on vend, on gaspille, sans plan de préservation à long terme. Pourtant, l’eau est le nouveau pétrole. Et si l’Algérie ne change pas de paradigme, elle risque de se retrouver, dans quelques décennies, avec des réserves d’or noir intactes… mais un territoire assoiffé.

**Justice et diplomatie : le théâtre des ombres**

Cette dualité n’est pas nouvelle. Elle rappelle les années 1990, quand l’Algérie oscillait entre la répression interne et une diplomatie tiers-mondiste. Mais aujourd’hui, elle prend une dimension nouvelle à l’ère des réseaux sociaux et de la transparence forcée. Le vote algérien à l’ONU sur la résolution concernant Gaza, perçu comme un alignement sur le plan Trump, a provoqué une onde de choc. Comment l’Algérie, qui se pose en championne de la cause palestinienne, peut-elle voter une résolution qui légitime, de facto, l’occupation israélienne ? La réponse est cynique : la realpolitik. L’Algérie a besoin du soutien américain pour contrer l’influence marocaine, et elle est prête à des compromis idéologiques pour y parvenir.

Cette diplomatie à géométrie variable révèle une vérité cruelle : l’Algérie n’a plus de doctrine claire, seulement des tactiques. Elle défend la Palestine quand cela sert ses intérêts, et la sacrifie quand cela les dessert. Cette absence de ligne directrice affaiblit sa crédibilité sur la scène internationale et alimente le scepticisme de sa jeunesse, qui voit dans ces revirements la preuve d’un système corrompu et opportuniste.

**L’économie algérienne : entre rente et révolution silencieuse**

Pourtant, des signes de changement émergent. Le contrôle accru des devises, prévu par la loi de finances 2026, est une tentative de lutter contre la fuite des capitaux et le marché noir. Mais cette mesure, si elle est mal appliquée, risque de décourager les investisseurs étrangers et de renforcer la défiance des entrepreneurs locaux. L’Algérie a besoin de liquidités, mais elle a aussi besoin de confiance. Or, la confiance ne se décrète pas : elle se construit par la transparence, la stabilité juridique et la fin des passe-droits.

La jeunesse, elle, ne reste pas passive. Le trophée remis au centre de loisirs scientifiques Salah-Boubnider est un symbole : l’Algérie mise sur ses jeunes pour innover, mais elle ne leur donne pas les moyens de le faire. Les carrières militantes des descendants d’immigrés, étudiées dans les travaux sur l’engagement transnational, montrent que la diaspora algérienne est un réservoir de compétences et de réseaux. Pourtant, ces talents sont souvent ignorés, voire suspectés, par un État qui craint les influences extérieures. L’Algérie nouvelle, dont parle le ministre Hamlaoui, ne pourra se construire sans une société civile forte. Mais comment une société civile peut-elle être « responsable et efficace » quand elle est constamment surveillée, encadrée, et parfois réprimée ?

**La recherche scientifique : le chaînon manquant**

Mais pour cela, il faudrait une volonté politique. Or, l’Algérie préfère investir dans des symboles (comme le satellite Alcomsat-1) plutôt que dans des écosystèmes de recherche durables. La recherche scientifique nécessite de la patience, des financements stables et une liberté académique – trois choses qui manquent cruellement en Algérie. Sans une révolution culturelle, le pays restera condamné à importer des technologies qu’il pourrait inventer.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

Trois scénarios se dessinent :

1. Le scénario de l’immobilisme renforcé : L’Algérie continue à gérer les crises au jour le jour, sans réformes structurelles. La rente pétrolière permet de maintenir un semblant de stabilité, mais les tensions sociales s’accumulent. La jeunesse, frustrée, se tourne vers l’émigration ou la contestation. La pression militaire marocaine et les ingérences étrangères (Turquie, Russie, États-Unis) fragilisent la souveraineté du pays. À terme, l’Algérie risque de devenir un État failli, miné par les divisions internes et les conflits régionaux.

2. Le scénario de la rupture autoritaire : Face aux menaces extérieures et intérieures, l’État algérien se durcit. Les libertés sont encore plus restreintes, la répression s’intensifie, et la diplomatie devient purement réactive. Ce scénario, inspiré du modèle égyptien, permet de maintenir l’ordre à court terme, mais il étouffe toute possibilité de développement endogène. L’Algérie se transforme en un État policier, dépendant de ses alliés (Russie, Chine) pour sa survie.

3. Le scénario de la renaissance : L’Algérie prend conscience que sa survie passe par une refonte profonde de son modèle. Elle investit massivement dans l’éducation, la recherche et les infrastructures. Elle diversifie son économie en misant sur les énergies renouvelables, l’agroalimentaire et les technologies vertes. Elle renforce sa coopération régionale (notamment avec la Tunisie et la Libye) pour sécuriser ses ressources et stabiliser le Sahara. Ce scénario suppose un leadership visionnaire, capable de transcender les clivages politiques et de mobiliser la société civile. Il est le plus difficile à mettre en œuvre, mais c’est le seul qui offre une issue durable.

Lequel de ces scénarios l’emportera ? Tout dépendra de la capacité de l’Algérie à surmonter ses contradictions. Peut-elle concilier souveraineté et ouverture ? Sécurité et libertés ? Rente et innovation ? Le temps presse. Les hydrocarbures ne dureront pas éternellement, et les menaces régionales ne feront que s’aggraver. L’Algérie a les moyens de se réinventer, mais elle doit d’abord accepter de se regarder en face. Son avenir ne se jouera pas seulement sur

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