L’Algérie mise sur ses régions désertiques pour diversifier ses exportations alimentaires, malgré des obstacles structurels persistants. Selon Maghreb Émergent, les wilayas du Sud, notamment Adrar, Tamanrasset et Ouargla, enregistrent une progression notable de leur production agricole, portée par des projets publics et des investissements privés. Ces initiatives visent à réduire la dépendance aux importations tout en exploitant le potentiel inexploité des terres arides.
Des résultats concrets malgré les contraintes climatiques
Cependant, les agriculteurs sahariens font face à des défis récurrents : salinisation des sols, pénurie d’eau et coûts logistiques élevés. Le directeur du Centre national de contrôle et de certification des produits agricoles (CNCC), Mohamed Benabderrahmane, souligne que « la surexploitation des nappes phréatiques menace la durabilité de la production ». Pour y remédier, des stations de dessalement d’eau saumâtre sont en cours de déploiement à Timimoun et In Salah, avec un financement de 200 millions de dinars algériens (environ 1,4 million d’euros) par le ministère de l’Agriculture.
Innovations et partenariats pour une agriculture résiliente
Par ailleurs, des partenariats public-privé dynamisent la filière. Le groupe Cevital a investi 1,5 milliard de dinars dans une unité de transformation de dattes à Ouargla, créant 300 emplois directs. Son PDG, Issad Rebrab, explique que « l’objectif est de valoriser les sous-produits des dattes, comme les noyaux transformés en biocarburants ou les fibres utilisées dans l’industrie textile ». Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie nationale de développement des zones arides, lancée en 2022.
Exportations : vers une diversification des marchés
Pour consolider cette tendance, l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX) a ouvert des bureaux en Arabie saoudite et en Côte d’Ivoire. Son directeur général, Abdelkader Hadjar, précise que « ces antennes facilitent l’accès aux marchés et réduisent les délais de certification sanitaire ». Un accord avec l’Union européenne, signé en avril 2025, simplifie également les procédures pour les exportateurs algériens, notamment pour les fruits et légumes frais.
Enjeux économiques et sociaux
Cependant, des critiques persistent sur la répartition des investissements. Des syndicats agricoles, comme le Syndicat national des agriculteurs algériens (SNAA), dénoncent le manque de soutien aux petits producteurs. Son secrétaire général, Ahmed Bouzid, affirme que « 80 % des aides bénéficient aux grands groupes, alors que les petits exploitants peinent à accéder aux crédits ». Cette disparité risque de creuser les inégalités dans un secteur déjà fragilisé.
Défis à relever pour pérenniser la croissance
Autre défi : la concurrence internationale. Les producteurs algériens doivent rivaliser avec des pays comme la Tunisie ou l’Égypte, qui bénéficient de coûts de production plus bas et d’accords commerciaux avantageux. « Nous devons améliorer notre compétitivité en réduisant les coûts logistiques et en renforçant la qualité », estime Fatima Zohra, experte en agroéconomie à l’Université d’Oran.
Malgré ces obstacles, l’agriculture saharienne algérienne montre des signes de vitalité. Les initiatives en cours, si elles sont accompagnées d’une meilleure gouvernance et d’un soutien accru aux petits producteurs, pourraient transformer le désert en un levier économique durable. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de ces mesures sur les exportations et l’emploi local.