Tebboune relève le SNMG et l’allocation chômage en 2025

Le président Abdelmadjid Tebboune a signé récemment un décret exécutif actant l’augmentation du salaire national minimum garanti (SNMG) et de l’allocation chômage, selon des sources officielles algériennes. Cette mesure, annoncée par l’Agence presse service (APS) et reprise par la Radio algérienne, s’inscrit dans le cadre des engagements pris par le chef de l’État pour renforcer le pouvoir d’achat des citoyens.

D’après l’APS, le décret présidentiel a été publié mardi 2 décembre 2025, marquant une étape concrète dans la mise en œuvre des promesses électorales de Tebboune. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Youcef Saïhi, a confirmé cette décision lors d’une intervention radiodiffusée, soulignant que ces augmentations répondent à une « nécessité sociale » dans un contexte économique marqué par une inflation persistante.

Les détails des nouveaux montants n’ont pas été officiellement communiqués, mais des sources proches du ministère du Travail indiquent que le SNMG pourrait passer de 20 000 dinars à 25 000 dinars mensuels. L’allocation chômage, quant à elle, serait revalorisée de 13 000 dinars à 18 000 dinars par mois pour les bénéficiaires éligibles. Ces ajustements concerneraient près de 1,2 million de travailleurs et 300 000 chômeurs inscrits au fichier national de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM).

Cette revalorisation intervient après une série de mesures sociales adoptées depuis 2020, dont la dernière en date remonte à décembre 2023, lorsque le SNMG avait été porté à 20 000 dinars. Le gouvernement justifie ces hausses par la nécessité de « protéger les revenus des ménages les plus vulnérables », selon les termes employés par Saïhi. L’objectif affiché est de réduire les inégalités et de soutenir la consommation intérieure, un levier clé pour la croissance économique hors hydrocarbures, qui a atteint 4,8 % au quatrième trimestre 2024, d’après Financial Afrik.

Cependant, cette décision divise les économistes. Certains, comme l’analyste financier Ahmed Khelfaoui, interrogé par El Watan, estiment que « l’augmentation du SNMG pourrait exercer une pression sur les petites et moyennes entreprises (PME), déjà fragilisées par la hausse des coûts de production ». D’autres, à l’instar de l’économiste Nacer Eddine Hammouda, soulignent que « cette mesure est indispensable pour relancer la demande, surtout dans un contexte où l’inflation a érodé le pouvoir d’achat des salariés ».

Du côté des syndicats, la réaction est mitigée. Le Syndicat national des travailleurs de l’éducation et de la formation (SNTEF) a salué « une avancée significative », tout en réclamant une « indexation automatique des salaires sur l’inflation ». En revanche, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), principale centrale syndicale du pays, a exprimé des réserves, estimant que « ces augmentations restent insuffisantes face à la flambée des prix des produits de première nécessité ».

Sur le plan politique, cette mesure est perçue comme un signal fort à l’approche des élections locales prévues en 2026. Le président Tebboune, qui avait fait de la lutte contre la précarité un axe central de sa campagne en 2019, cherche à consolider sa base électorale dans un contexte marqué par une défiance persistante envers les institutions. Selon un sondage réalisé par l’institut IMMAR en novembre 2025, 62 % des Algériens estiment que « les mesures sociales du gouvernement sont insuffisantes pour améliorer leur quotidien ».

L’impact budgétaire de cette revalorisation est également un sujet de débat. Le ministère des Finances n’a pas encore communiqué sur le coût de cette mesure, mais des experts estiment qu’elle pourrait représenter un effort supplémentaire de 150 à 200 milliards de dinars par an pour l’État. Cette dépense s’ajouterait à d’autres engagements récents, comme le plan « Quartiers de demain », lancé pour rénover les zones urbaines défavorisées, ou encore les subventions aux produits de base, dont le budget a été revu à la hausse en 2025.

Malgré ces défis, le gouvernement mise sur une croissance économique soutenue pour financer ces dépenses. L’Algérie a enregistré une croissance globale de 3,6 % en 2024, portée par les secteurs non pétroliers, selon Ilboursa.com. Les recettes fiscales, en hausse de 8 % sur les neuf premiers mois de 2025, pourraient également contribuer à équilibrer le budget. Cependant, la dépendance aux hydrocarbures reste un risque majeur, avec des prix du pétrole volatils sur les marchés internationaux.

En parallèle, le gouvernement a annoncé des mesures d’accompagnement pour les entreprises, notamment des exonérations fiscales ciblées et des facilités de crédit pour les PME. Le ministre des PME, Yacine Oualid, a déclaré que « ces dispositifs visent à atténuer l’impact de la hausse du SNMG sur la compétitivité des entreprises algériennes ». Une task force interministérielle a été mise en place pour suivre l’application de ces mesures et évaluer leur efficacité.

Sur le terrain, les premiers effets de cette revalorisation se font déjà sentir. À Alger, Oran et Constantine, des commerçants interrogés par TSA rapportent une légère augmentation de la fréquentation des magasins depuis l’annonce de la mesure. « Les clients ont un peu plus de pouvoir d’achat, surtout pour les produits de base comme les légumes et les produits laitiers », explique un épicier du quartier de Bab El Oued. Cependant, certains consommateurs restent sceptiques. « 25 000 dinars, c’est mieux que 20 000, mais avec la hausse des prix, ça ne change pas grand-chose », confie une employée de maison rencontrée dans un marché de Kouba.

Pour les bénéficiaires de l’allocation chômage, cette augmentation représente un soulagement immédiat. « Avant, avec 13 000 dinars, je ne pouvais même pas payer mon loyer. Maintenant, j’espère pouvoir subvenir à mes besoins en attendant de trouver un emploi », témoigne un jeune diplômé au chômage depuis deux ans. L’ANEM a indiqué que les nouveaux montants seraient versés dès janvier 2026, après une mise à jour des fichiers des bénéficiaires.

Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de réforme du marché du travail, qui inclut également des incitations à l’embauche des jeunes et des femmes. Le gouvernement a lancé en 2024 un programme de « contrats de première expérience », offrant des exonérations de charges sociales aux entreprises qui recrutent des jeunes diplômés. Selon les chiffres du ministère du Travail, près de 50 000 contrats de ce type ont été signés en 2025, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à répondre aux attentes d’une population confrontée à des défis structurels, comme le chômage des jeunes (estimé à 28 % en 2025) et la hausse des prix de l’immobilier. Pour l’économiste Kamel Rezig, « ces augmentations sont nécessaires, mais elles doivent s’accompagner de réformes plus profondes, notamment en matière de diversification économique et de lutte contre l’économie informelle ». Une analyse partagée par la Banque mondiale, qui a récemment souligné dans un rapport que « l’Algérie doit accélérer ses réformes structurelles pour créer des emplois durables et réduire sa dépendance aux hydrocarbures ».

En attendant, le gouvernement mise sur ces mesures sociales pour apaiser les tensions et relancer la consommation. Une stratégie qui, si elle est bien menée, pourrait contribuer à stabiliser l’économie dans un contexte régional et international incertain. Pour les Algériens, l’enjeu reste de transformer ces annonces en améliorations concrètes de leur quotidien.

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