La sécheresse qui frappe le Maroc depuis plusieurs années met en lumière des défis structurels que l’Algérie partage en partie, notamment en matière de gestion des ressources hydriques. Selon Hespress Français – Actualités du Maroc, le royaume chérifien subit une pression croissante sur ses réserves d’eau, exacerbée par des précipitations irrégulières et une surexploitation des nappes phréatiques. Ces tensions rappellent les vulnérabilités du système hydraulique algérien, où les barrages affichent des taux de remplissage préoccupants et où les agriculteurs peinent à accéder à une eau suffisante pour leurs cultures.
Au Maroc, les autorités ont multiplié les mesures d’urgence pour atténuer les effets de la pénurie. Le gouvernement a instauré des restrictions d’usage dans plusieurs villes, comme Casablanca et Marrakech, où l’eau potable est rationnée. Les agriculteurs, qui consomment près de 80 % des ressources disponibles, sont particulièrement touchés. Les cultures intensives, comme les agrumes ou les pastèques, subissent des pertes importantes, poussant certains exploitants à abandonner leurs terres. Cette situation reflète celle de l’Algérie, où les régions agricoles du nord, comme la Mitidja ou la plaine de la Soummam, voient leurs rendements diminuer en raison des sécheresses récurrentes.
Les solutions mises en œuvre au Maroc pourraient inspirer des pistes pour l’Algérie. Le royaume a accéléré la construction de stations de dessalement d’eau de mer, avec des projets comme celui d’Agadir, qui vise à produire 275 000 m³ d’eau par jour d’ici 2026. En Algérie, des initiatives similaires existent, comme la station de Fouka, près d’Alger, mais leur déploiement reste lent face à l’urgence climatique. Par ailleurs, le Maroc mise sur la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation, une pratique encore marginale en Algérie, où moins de 10 % des eaux épurées sont réemployées.
Les défis techniques et financiers freinent cependant ces avancées. Au Maroc, les coûts élevés des infrastructures hydrauliques et la dépendance aux énergies fossiles pour le dessalement posent question. L’Algérie, confrontée à des contraintes budgétaires similaires, doit aussi composer avec une gestion fragmentée des ressources, où les conflits entre secteurs agricole, industriel et domestique compliquent la planification. La coordination entre les wilayas et les institutions comme l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) ou l’Office national de l’irrigation et du drainage (ONID) reste un enjeu clé.
La crise marocaine révèle aussi l’importance de la sensibilisation des populations. Les campagnes de communication sur les économies d’eau, bien que présentes, peinent à modifier les comportements. En Algérie, où les fuites dans les réseaux de distribution entraînent des pertes estimées à 30 % de l’eau potable, la mobilisation citoyenne et les investissements dans les infrastructures vieillissantes sont tout aussi cruciaux. Les deux pays pourraient mutualiser leurs expériences, notamment dans le cadre de la coopération maghrébine, pour développer des solutions durables.
Enfin, la question agricole illustre les limites des modèles actuels. Au Maroc, la culture de la pastèque, très gourmande en eau, est pointée du doigt pour son impact sur les réserves. En Algérie, des filières comme la tomate ou les agrumes, souvent exportées, soulèvent les mêmes interrogations. Une réorientation vers des cultures moins consommatrices, comme l’olivier ou les céréales résistantes à la sécheresse, pourrait être envisagée, à condition d’accompagner les agriculteurs dans cette transition.
La situation marocaine sert d’avertissement pour l’Algérie. Si les deux pays partagent des défis communs, leurs réponses détermineront leur résilience face à un climat de plus en plus imprévisible. Les leçons tirées des échecs et des succès du voisin pourraient éclairer les choix algériens, à condition d’agir sans délai.